Genre Portera Latr
Fourmis presque aveugles. Deux espèces suisses seulement. Nymphes en cocon d’après les auteurs (je n’ai encore jamais réussi à en trouver, pas plus que des larve’s). Ç et rj" à peine plus grands que les £>. Démarche lente. Corps dur, robuste. Vie cachée. Mœurs peu ou pas connues. On ne sait pas même de quoi ces fourmis se nourrissent; j’ai trouvé un myrmécophile, le Trichonyx Mœrkelii, chez la Portera contracta , mais jamais de pucerons. Les fourmilières de la P. contracta qui se trouvent dans toute l’Europe, sous les pierres et au pied des arbres, paraissent être composées d’un petit nombre d’individus seulement, et ceux-ci ont l’air peu liés entre eux. On les trouve pourtant en général dans un même endroit, sous plusieurs pierres voisines; mais ils ne se portent pas mutuellement, et ont l’air de s’inquiéter assez peu les uns des autres. On ne distingue pas nettement leurs nids qui doivent être constitués par des canaux souterrains très fins et très cachés; on ne trouve le plus souvent que des £> et des Ç aptères. Roger dit positivement que la P. punctatissima forme par contre des fourmilières distinctes de 30, 40 et 50 individus, et qu’elle sort souvent de son nid. Cette espèce qui, au nord de l’Europe, paraît ne se trouver que dans les serres, est autochtone en Italie et en Grèce (Roger), ainsi qu’en Suisse, comme nous allons le voir. La P. contracta de Meinert, trouvée par lui en Danemarc dans des serres, en fourmilières assez nombreuses, n’est autre chose que la P. punctatissima (c’est Roger qui l’a fait observer le premier). Roger trouva en outre à Rauden (Silésie), dans les mêmes serres que la P. punctatissima , un certain nombre d’individus isolés très curieux auxquels il donna le nom de Portera androgyna. Ces individus ont à peu près exactement la structure d’une $ de Portera , mais si l’on examine l’extrémité de leur abdomen, on y trouve les organes génitaux externes d’un tf. La description de Roger (Berl. ent. Zeitschr. 1859 p. 246) est fort incomplète ainsi que sa figure pour ce qui concerne ces organes, et renferme quelques erreurs. Il n’hésite pas à faire de ces individus la Ç d’une nouvelle espèce (P. androgyna ), considéi'ant l’armature génitale cf comme un caractère spécifique (il la trouve très petite), et rappelant l’opinion de Lespès qui dit que parmi les Ç des termites il y en a qui sont des cf" avortés. La P. androgyna n’avait pas été retrouvée dès lors, à ma connaissance du moins, lorsque le 16 août 1868 je découvris à Vaux près de Morges, dans un vieux mur situé à çôté d’une écurie et d’un tas de fumier, près de ma demeure, en pleine campagne, dans la propriété de mon père, propriété rurale qui ne renferme aucune serre chaude ni rien de semblable, une fourmilière considérable de Ponera punctatissima , la première et la seule que j’aie jamais trouvée; je pris d’abord ces fourmis pour des P. contracta. Une foule de Ç ailées (certainement plus d’une centaine) s’envolaient à ce moment, seules, sans être accompagnées d’aucun ni des $. Je commençai à défaire le mortier du mur; je ne pus découvrir aucune larve, ni aucune nymphe, ni aucun, cf, mais je trouvai dans les inter-
stices une grande quantité de $, et parmi elles un certain nombre de gros individus aptères, roussâtres, que je pris dès l’abord pour des intermédiaires entre la Ç et la Ç> analogues à ceux qu’on trouve chez le P. rufescens, la M. rubida etc. (voir aux Notices anatomiques: Appendice I, 1). Comme j’avais trouvé des formes analogues chez beaucoup de fourmis, comme je n’avais pas fait attention à la remarque de Roger qui dit avoir trouvé sa Portera androgyna dans les mêmes serres que la puuctatissim t , et comme je croyais avoir affaire à la P. contracta, je n’examinai pas ces individus ainsi que j’eusse dû le faire, je ne remarquai pas leur armature génitale qui est entièrement cachée sous le dernier segment abdominal, je négligeai d’en conserver dans l’alcool, et je les mis dans ma collection avec les Ç et les Ç punctatissima. M. Mayr à qui j’envoyai des exemplaires des trois sortes les détermina tous: „ Portera contracta u, car il n’avait probablement, comme moi, pas l’idée qu’on pût trouver une autre espèce en Suisse. C’est M. Emery, . à qui j’envoyai aussi plus tard cette espèce, qui me montra mon erreur et me
fit remarquer que j’avais affaire à la punctatissima, ce dont je pus m’assurer de la
manière la plus positive par la dissection. Je lui parlai ensuite dans une lettre de ces iudividus roussâtres que je lui avais envoyés avec la P. punctatissima, et qui s’étaient perdus à ce qu’il paraît pendant le transport, car il ne les avait pas reçus ; il me répondit en me demandant si ce ne serait peut-être pas la Ponera androgyna. Lorsque je me décidai enfin à les comparer à la description de Roger, je pus me convaincre de leur parfaite identité avec la Ponera androgyna, et je trouvai en même temps leur armature génitale (j. De ces faits il résulte que les Ponera punctatissima et androgyna Roger sont une seule et même espèce (à moins que Y androgyna ne soit parasite de l’autre, ce qui, vu sa conformation, est à peu près impossible). Mais qu’est cette P. androgyna? Quel rôle joue-t-elle dans la communauté? Il me paraît impossible que ce soit un avorté comme a l’air de le penser Roger, car il devrait alors lui rester quelque chose de l’organisation du cf dans la tête et dans le thorax, comme il reste à la ^ quelque chose de
l’organisation de la Ç; or ce n’est absolument pas le cas. Malheureusement j’avais négligé d’en conserver dans l’alcool; la fourmilière fut déjà introuvable en 1869, et je ne pus la redécouvrir dès lors; il me fut donc impossible de disséquer les organes génitaux internes; je ne pus pas même voir distinctement s’il y avait ou non un rudiment d’aiguillon. Cependant si l’on compare ces individus aux hermaphrodites que je décris dans les notices anatomiques ci-jointes (Appendice I, 2), on ne peut nier que c’est à cette catégorie qu’ils semblentd evoir appartenir quoique ils présentent divers caractères particuliers, différents de ceux de la P. punctatissima $>, et encore bien plus de ceux du vrai çf. D’autres caractères, et surtout l’article unique des palpes max. les relient intimement à la punctatissima Ç et Ç. Chez les fourmis, l’hermaphrodisme n’est point toujours bilatéral; il varie beaucoup, et il a parfois une grande tendance à être antéro-postérieur (la moitié antérieure d’une fourmi étant p. ex. Ç ou Ç>, tandis que sa moitié postérieure est çf). Si de plus on réfléchit au fait que dans la fourmilière observée par moi une foule de Ç
piinctatissima s’envolaient seules, sans çf, et que cliez V Anergates atratulus on a l’exemple de cf aptères, et de Ç ailées qui partent seules après avoir été fécondées dans le nid, on ne peut s’empêcher de penser que ces hermaphrodites pourraient bien jouer le rôle actif de cf vis-à-vis des Ç (peut-être aussi vis-à-vis des $). Pour les personnes qui croient à la transformation des espèces, cela doit être un hermaphrodite qui s’est fixé peu à peu en prenant une forme antéro-postérieure, parce que pour une cause ou pour une autre, il se trouvait ainsi être utile à la communauté. Il est vrai que le véritable, analogue à celui de la P. contracta , existe; il a été découvert à Portici, en septembre, par M. Emery qui seul l’a trouvé jusqu’ici et qui ne l’a pas encore décrit. M. Emery a eu l’obligeance, non seulement de me communiquer un de ses deux seuls exemplaires, mais encore de m’offrir spontanément la permission de le décrire ici, ce dont je ne saurais trop le remercier, d’autant plus qu’il se serait certainement beaucoup mieux tiré de cette description que moi *). Mais le fait que ce cf existe 11e prouve pas que l’hermaphrodite aptère 11e le remplace pas, dans certains cas du moins, avec avantage (ainsi pour la conservation des fourmilières; nous avons vu que les Ç qui sont à peu près aveugles n’accompaguent pas les Ç hors du nid à leur départ; comment font-elles pour se procurer des Ç fécondes, si la fécondation a lieu uniquement hors du nid?). Tout cela 11e sont que des hypothèses, mais elles servent au moins à montrer les points qu’il reste à éclaircir, savoir : 1 °) Y a-t-il des hermaphrodites ( P. androgyna) dans toutes les fourmilières de P. punctatissima, ou seulement dans quelques-unes? 2°) Ces hermaphrodites s’accouplent-ils avec les Ç ou avec les Ç, et donnent-ils ainsi des produits? 3°) Il faudrait disséquer ces hermaphrodites et analyser leurs organes génitaux internes; s’ils ont des organes cf complets, ma supposition risque bien d’être vraie ; sinon ils rentrent probablement simplement dans la catégorie des monstruosités.
Ouvrières.
Palpes maxillaires de deux articles dont le second se termine par un poil. Bord terminal des mandibules muni seulement de 3 ou 4 fortes dents devant (parfois aussi de quelques petites derrière celles-ci). Couleur brune, un peu luisante. Pubescence abondante; tête couverte d’une ponctuation serrée; celle du thorax et de l’abdomen est moins serrée. Mandibules, devant du chaperon, antennes, pattes et extrémité de l’abdomen d’un jaune rougeâtre. Dessous de la partie antérieure rétrécie du second
segment abdominal grossièrement rugueux. L. 2, 7 — 3, 3mm‘