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Les fous littéraires

o^-s»S»7J 1 y a une quarantaine d années , un (r'-êil^* académicien instruit et spirituel, un ^ \#\5>^ bibliophile des plus fervents, Charles ^(ij Nodier, publiait au sujet des écrivains

f aliénés ou excentriques, deux notices de

10 pages chaque, qui étaient jointes aux numéros 21 et 23 du Bulletin du bibliophile, fondé par le libraire Techencr et alors à son berceau (1).

(1) Cette publication, bien chère à tous les amis des livres, est encore pleine de vie.

Quelques années avant, Nodier, qui jouait volontiers avec le paradoxe, écrivait : « J'ose dire que s'il y « a encore un livre curieux à faire au monde en « bibliographie, c'est la bibliographie des fous, et s'il « y a une bibliothèque piquante, curieuse et instruc- « tive à composer, c'est celle de leurs ouvrages. »

Développant son idée, l'ingénieux académicien ajoutait :

« J'entends par un livre excentrique un livre qui « est fait hors de toutes les règles connues de la * composition et du style, et dont il est impossible « ou très difficile de deviner le but, quand il est « arrivé par hasard que l'auteur eût un but en « l'écrivant.

« Les livres excentriques dont je parlerai dans « ces pages dont le cadre est extrêmement circon- « scrit, ce sont ceux qui ont été composés par des « fous du droit commun qu'ont tous les hommes « d'écrire et d'imprimer, et il n'y a pas de généra- « tion littéraire qui n'en offre quelques exemples. « Leur collection formerait une bibliothèque spé- « ciale assez étendue que je ne recommande à per- " sonne, mais qui me parait susceptible de fournir « un chapitre amusant et curieux à l'histoire cri- « tique des productions de l'esprit.

« Il y aurait moyen de donner à un livre de ce

» genre un aspect satirique, en faisant rentrer dans « cette catégorie toutes les extravagances publiées

- avec une bonne foi naïve et sérieuse par les innom-

- brailles visionnaires en matière religieuse, scien- •• tifique ou politique dont nos siècles de lumière ont

- foisonné depuis Cardan et Swcndenborg, jusqu'à '• tel écrivain vivant dont je laisse le nom en blanc,

- pour ne point faire de jaloux, mais cette base » serait trop large, et le bibliographe risquerait de « s'égarer en la mesurant.

- La liste des fous, restreinte aux fous bien avé- « rés qui n'ont pas eu la gloire de faire secte, ne « sera jamais bien longue, parce que la plupart des « fous conservent du moins assez de raison pour ne

- pas écrire. »

Nodier se bornait d'ailleurs à esquisser trois ou quatre physionomies, mais d'autres écrivains ont cherché à aborder avec plus d'étendue le sujet qu'il indique.

Un érudit allemand, Adelung, a publié sous le titre de Geschichte der menschlichen Narrheit (Histoire de la folie humaine), un ouvrage en sept volumes in-12, que nous avons consulté avec profit. On y trouve d'amples détails au sujet de visionnaires allemands, mais Adelung étend ses recherches sur divers écrivains, tels que l'Arétin, lesquels ne

vin

doivent pas être rangés dans la catégorie des aliénés.

Un autre allemand, journaliste infatigable, poly graphe actif, bibliographe laborieux. E.-M. Oettinger, né à Breslau en 1809 (1), avait annoncé, sous le titre de Bedlam littéraire, un ouvrage qui aurait certainement offert un intérêt très-réel, mais qui n'a jamais paru, à notre connaissance du moins.

Un philologue belge, aussi instruit que judicieux, fixé depuis longtemps à Londres par d'importantes fonctions diplomatiques, M. Octave Delepierre, a dirigé vers les œuvres des aliénés quelques-unes de ces recherches, auxquelles ir se livre avec une ardeur éclairée et dont il consigne les heureux résultats dans des livres très justement appréciés (2). Nous avons sous les yeux le volume petit in-4° qu'il a publié sous le titre modeste d'Essais bibliographiques sur l'histoire littéraire des fous. Londres, 135 pages.

Nous y avons puisé de fort curieuses informations dont nous avons toujours eu le soin d'indiquer la source.

(1) Consulter à son égard le Dictionnaire des Contemporains, par Vapereau.

(2) Indiquons entre autres écrits si dignes de figurer dans la biblio thèque de tout amateur de l'histoire littéraire : Macaroneana, ou Mélanges de littérature macaronique. 1*52; Analyse des travaux ('.la Société des Philobiblion , Londres, 1862; Revue analytique des ouvrages écrits en contour. 186S, in-4°; de la Parodie, 1873, etc.

Signalons quelques écrits où se trouvent des détails qui rentrent dans le sujet qui nous occupe. Dans le livre des Cent et un (Paris, Ladvocat, 1832), t. V, p. 155-185, on trouve un article intitulé : Une visite à Çharenton, par M. Maurice Palluy, directeur de la Maison royale de santé. Il l'enferme des spécimens de lettres d'aliénés.

M. Delepierre indique un travail du docteur Britrham, inséré en 1848 dans Y American Journal of Insanity, et intitulé : Illustration ofinsanity furnished by the letters and writings of the insane. Nous regrettons de n'avoir pu le consulter.

Une lettre insérée dans Y Intermédiaire des chercheurs et des curieux, t. I (1864), p. 6, dit qu'il se publie dans la plupart des maisons de santé de la Grande-Bretagne, des brochures et des Revieics entièrement rédigées par des fous.

« Ces compositions forment aujourd'hui une véri- « table littérature dite des aliénés, littérature dont «je me suis beaucoup occupé. » (Voir l'article Mémoires.)

On consultera aussi avec profit la Psychologie morbide, par M. Moreau fde Tours), les Sketches in Bedlam, or Characteristicks of Insanity. London, 1823, in-8°, et d'autres ouvrages sur l'aliénation mentale qu'il serait trop long d'indiquer.

Un mot maintenant au sujet du livre que nous offrons au public.

De même que les Livres perdus et les Livres à clef, publiés en 1873, nous en avons pris les matériaux dans les notes innombrables que Quérard avait recueillies ; elles devaient former cette Encyclopédie du bibliothécaire, qui, conçue dans un plan trop vaste, ne verra jamais le jour.

Nous avons joint à ces notes quelques développements qu'elles réclamaient ; nous savons mieux que personne, tout ce qu'a d'imparfait l'ouvrage que nous livrons à l'impression, mais nous aimons à croire qu'il sera accueilli avec l'indulgence qu'ont rencontrée ses prédécesseurs. Nous savons qu'on pourrait y ajouter bien des noms d'aliénés plus ou moins fameux, mais les limites à déterminer en pareille matière sont bien difficiles.

A l'égard d'écrivains fort connus dont le cerveau était détraqué, nous avons été très sobres de détails ; à quoi bon redire ce qu'on trouve partout? Nous avons mieux aimé chercher à faire connaître des faits généralement ignorés.

Ajoutons que parmi les ouvrages que nous avons consultés avec profit, figurent Y Histoire des sectes religieuses, par le fameux évèque constitutionnel de Blois, H. Grégoire, Paris, 5 vol. in-8°, et la France

mystique, par M. Erdan, 1858, 2 vol. in-8°. Quelques amis des livres ont Mon voulu nous transmettre d'utiles informations ; adressons à cet égard, l'expression de notre reconnaissance à un avocat d'Alençon, littérateur distingué, M. L. do la Sicotière, aujourd'hui sénateur.

Nous nous sommes bornés à ce qui concerne la biographie et la bibliographie sans vouloir aborder les questions délicates de médecine légale que soulève la littérature des aliénés; citons seulement quelques lignes dignes d'attention :

« Les physiologistes commencent fort bien à se

- rendre compte de phénomènes qui, pendant long- « temps, ont été traités de jongleries, en signalant •<■ comme imposteurs tous ceux qui prétendent les

- avoir éprouvés ou les avoir vus. Non pas assuré-

- ment, que des charlatans ne puissent simuler des

- visions, mais les visions n'en sont pas moins pour « quelques uns des phénomènes spontanés, parfaite-

- ment naturels et dont les causes sont aujourd'hui « connues. * E. Noël, Lettre à M. Littré : la Philosophie positive, mai-juin 1870, p. 425.

WSÏÎ CHE (d') ou dachet.

WMbxWL Tableau historique des malheurs de la ti^âwM substitution. Voroux-Gireux (près Liège) . 1809, 5 vol. in-8°.

Cet ouvrage est devenu introuvable par suite de la saisie qu'opéra la police impériale ; sur 400 exemplaires qui avaient été tirés, trois furent envoyés à divers fonctionnaires, deux laissés par grâce à l'auteur ; tout le reste fut détruit.

Né à Namur en 1748, d'Aché embrassa à l'âge de vingl ans m vi° monastique; il entra dans l'abbaye de Floreffes; sa tète s'égara; il se persuada qu'il était le duc de Bourgogne, fils aîné du Dauphin, père de Louis XVI, et par conséquent légitime successeur de Louis XV ; son frère cadet n'était qu'un usurpateur; il raconte toute son histoire d'une

façon aussi prolixe que confuse, et il y joint le récit de son mariage avec sa nièce, fille de Louis XVI.

D'Aché réclamait le baptême tout autant que le trône de France ; il le demandait à toutes les personnes qu'il rencontrait.

Quérard a dit quelques mots de ce personnage dans ses Supercheries littéraires dévoilées, t. II. 834, édit. G. Brunet et P. Jannet. Il en est également question dans Y Essai de M. Delepierre, p. 123-128.

GREDA (Marie d' ), abbesse du couvent de l'Immaculée Conception d'Agréda.

Son nom de famille était Coronella. Née en 1602, morte le 24 mai 1665. La solitude du cloitre, une imagination exaltée agirent sur son cerveau; elle s'imagina que Dieu lui était apparu afin de lui ordonner d'écrire la vie de la Sainte Vierge; il en résulta un très long récit intitulé : La Mystique Cité de Dieu, miracle de Sa Toute puissance ; abîme de la grâce de Dieu. L'ouvrage eut du succès, et on réimprime encore, de nos jours, la traduction française, due à un récollct (le P. Crozet), de ce recueil de rêveries mystiques, que la Sorbonne censura en 1646 et que Bossuel désapprouva vivement (1).

Indiquons quelques éditionstrécentes :

I V"ir le Journal des Savants. 1696; Grégoire, Hist. des sectes religieuses, 1. 1. p. 363; Germond Delavigne, Etudes\swr l'Espagne, Marie d'Agréda et Philippe IV, dans la Revue de Paris, n" du 15 décembre

Nouveau mois de Marie d'après la vénérable Marie de Jésus cFAffréda, par l'abbé Ricard. Paris, 1868, in-32.

Vie mystique de la très-Sainte-Vierge Marie, ou abrégé de la Cité mastique... avec une notice, par l'abbé Boulleau, 5e édit. Paris, 1868, in-12.

T rie du glorieux patriarche Saint Joseph, extraite des révélations de la vénérable Ma rie de Jésus ettraduite de /'espagnol, par Aùgusta Cairon, 2e édit. Paris, 1870, in-18.

LBIZZI (Barthélémy), franciscain, mort en

Il faut bien ranger parmi les écrivains dont la tête n'était point parfaitement saine, l'auteur du célèbre traité : Liber conformitatum Sancti Fraricisci cum Christo; la première édition vit le jour à Milan en 1510; la seconde, mise au jour en 1513, offre le même texte; elles seules peuvent être recherchées, car elles renferment des détails qui ont été retranchés dans les impressions suivantes, leur absurdité ayant paru par trop forte (l).Les réformés saisirent avec, empressement l'occasion de se moquer d'un livre extravagant dont ils voulurent rendre responsable l'Eglise romaine; Conrad Badins fit paraître à Genève en 1556, YAlcoran des Cordeliers, « tant en latin qu'en françois, c'est-à-dire. Recueil des plus notables bourdes et blasphèmes de

(1) Bononise, 1500; ibid. 1620, et en abrégé, Colonke, 1623, in-8°.

ceux qui ont osé comparer Saint François à Jésus- Christ »; c'est une traduction, plusieurs fois réimprimée (1) de VAlcoranus Franciscanorum qui parut à Francfort en 1542 et dont on connait aussi diverses éditions.

M. J. Ch. Brunet fait observer [Manuel du Libraire, III, 1053) qu'un cordelier espagnol a fort renchéri sur Albizzi, lequel n'avait su trouver que quarante conformités entre Jésus-Christ et son saint patron, tandis que le Père Pierre de Al va en énumère quatre mille dans un in-folio publié à Madrid en 1651 : Naturœ prodigium et gratiœ portentum, hoc est Seraphici P. Francisez vitœ acta ad Christi Domini vitam et mortem régulât a et coaptata.

LEITLEUS, (Th.)

Polygamia triomphatrix . Lundini Icanorum, 1682, in-4°.

Le véritable nom de l'auteur de ce plaidoyer en faveur de la polygamie était Jean Lyser ; dévoué à l'idée qu'il avait embrassée, il parcourut une partie de l'Europe, mal accueilli partout. Le roi de Danemarck, Christian V, fit brûler le livre et fit signifier à l'auteur qu'il le ferait pendre s'il s'emparait de sa personne. Bayle {Œuvres diverses, II, 257) dit que

(1) Une autre édition, Amsterdam, 1734, 2 vol. in-12, est recherchée surtout à cause des 21 ligures qu'elle renferme et qui ont été gravées par Iîernard Picart.

L'entêtemeni de Lyser surprend d'autant plus qu'une seule femme l'aurait fort embarrassé.

Voir : Le Manuel du Libraire; la Bibliothèque curieuse de David Clément, t. I, 170-175, le Dict. des livres condamnés Ae Peignot, t. I. p. 273. L'ouvrage fut condamné au feu, il en avait paru une édition antérieure, et moins complète. Friburgi. 1676, in-8°; elle a neuf titres et autant de dédicaces à des rois différents.

L'illustre Leibnitz n'était pas défavorable à la polygamie (voir : Annales de philosophie chrétienne, mais 1858); Delamy, Reflections on the polygamy und the encouragements given to this practice in the Old Testament; Rantzow, Discussion sur la polygamie. Saint-Pétersbourg, 1774, in-12.

Nous connaissons deux auteurs anglais qui se sont prononcés en faveur de la thèse soutenue par Lyser; .Martin Madan, docteur en théologie cpui, dans un livre intitulé : Thelyphlora, employa, en 1780, trois gros volumes, à démontrer que la polygamie, autorisée; par la loi judaïque, ne pouvait être interdite aux chrétiens (1); sir Arthur Stephen Brookes dans ses Sketcfies of Spain and Moroceo.

Nous ne connaissons que de titre l'ouvrage de Garcia de Trasmiera : De polygamia et polyviria, libri III. Panhormi, 1638. Un littérateur français, réfugié à Berlin. Le G-uay de Premontval, fit

l Voir Nicholz, Anecdotes of lillerature ; l'ouvrage île Madan fut supprimé, et il n'en subsibtc plus, dit-on, qu'un très petit nombre d'exemplaires.

paraître en 1751, 2 volumes sur la monogamie qui firent quelque bruit et provoquèrent des réfutations.

Nous n'avons pas besoin de rappeler que de nos jours aux États-Unis, la polygamie fleurit avec éclat chez les Mormons; l'Asie et l'Afrique en offrent aussi de brillants exemples ; bornons-nous à citer Sait. [Voyage en Abyssinie. cité par Ritter, Afrique. I. 286) ; il dit avoir connu un Abyssinien qui comptait 40 femmes et qui avait plus de 100 enfants.

LLIX (Jules).

Homme politique excentrique, membre de la Commune de Paris en 1871, né à Fontenay (Vendée) en 1818. En juillet 1871, il a été transféré dans une maison de fous.

Le Catalogue général de la librairie française, 1806-1876, publié par M. Otto Lorcnz, indique trois brochures dont il est l'auteur :

Curation de l'aliénation mentale. Introduction. Paris, 1867, b. in-8°.

Curation de l'aliénation mentale. Lettre au Sénat. Paris, 1867, in-8°.

Socialisme pratique. La Commune sociale. Ordre du jour do Belleville. Paris, 1869, in-8°.

On remarquera ces études relatives à la folie de la pari d'un homme que l'aliénation devait complètemont atteindre.

LLUT (Jean).

Illuminé des Cévennes qui se réfugia à Londres et qui y lit paraître plusieurs écrits inspirés par un fanatisme en délire : Essai sur les lumières clescendant sur la terre; Plan de lajustice de Dieu, etc. Le Manuel du libraire en donne les titres, il renvoie au Dictionnaire des anonymes de Barbier, et à la Biographie universelle, supplément et seconde édition.

MXGOULEVENT, nom sons lequel était connu Nicolas Joubert, qui avait le titre de Prince des sots.

Il soutint en 1608 au sujet de ses prérogatives un procès que le Parlement de Paris jugea le jour même du Mardi-Gras comme étant une de ces causes grasses (1) dont la magistrature daignait alors s'occuper; le Manuel du libraire, à l'article « Prince des Sots y indique six pièces relatives à ce procès commencé en 1005 et qui n'est point sans intérêt pour l'histoire du théâtre à cette époque. (Voir Y Histoire du théâtre françois, par les frères Parfaict, t. III, p. 250; Dreux du Radier, Récréations histo-

1 Voir dans mie publication des pins intéressantes : Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux, (1" livraison, 1K7D), une notice fort curieuse de M. Th. Froment sur une cause grasse plaidée à Grenoble en 160'J; l'avocat général Es pilly prononça un discours très singulier que ce grave magistrat a pris soin de conserver.

riques, I. 40; de la Place. Choix des Mereures,

Le Manuel indique, t. I, 296, divers opuscules relatifs à Angoulevent ; un d'eux raconte « sa surprise et fustigation par l'archi-poète des Pois pillez » ; elle a été reproduite dans les Variétés historiques et littéraires, t. VIII, p. 81. Voir aussi t. VII, p. 37.

Ce nom avait d'ailleurs été porté par d'autres farceurs antérieurs à Angoulevent, car on le rencontre dans une facétie publiée en 1530.

Il existe un recueil de pièces fort peu décentes intitulé : Les Satyres hastardes et autres Œuvres folastres du cadet Angoulevent. Paris, A. Estoc, 1615, petit in-12, 2 et 164 feuillets. Ce sottisier, formé de morceaux empruntés à divers auteurs, fut mis sur le compte d'Angoulevent, afin d'allécher les acheteurs; les bibliophiles le recherchent avec empressement, il a été payé 151 francs, vente Nodier, en 1844, et 455 francs, H. de Ch. en 1863; il a eu les honneurs, qu'il ne méritait nullement, d'une réimpression publiée à Bruxelles en 1863, sous la rubrique de Quimpêr Corentin (in-18, 188 pages) à 106 exemplaires dont 2 sur peau vélin.

RISTIPPE (Jean-Justin).

L'homme, ode. Bordeaux (vers 1830), in-8°, 20 p. 8 fr.

On trouve au Catalogue du libraire Claudin, de Paris, 15 octobre 1863, n° 18882, un exemplaire de cet opuscule; chaque feuillet est teint au pinceau

d'une couleur différente, par L'auteur qui a apposé

en tel fcte uote singulière : « les exemplaires vélin

fin se trouvent dispersés; l'auteur a colorié celui-ci comme opuscule philosophique et ayant des additions de la main de l'auteur; on l'évalue jusqu'à 350, jusqu'à 500 francs, minimum 225. Il pourra encore en colorier un second, mais il n'aura pas d'autre volonté. .T. Mignon Degjllier. »

Cet excentrique se nommait Demonvelet; il s'avisa de changer son nom en celui de Degallier ; il explique poétiquement le motif de ce changement :

Tu quittes Demonvel ! Et pourquoi cette envie ?

Je chéris la patrie Et je veux prendre dès l'instant Degallier.

RNOLD '(iuTTFRIED).

Illuminé allemand qui se laissa emporter par l'exaltation d'un mysticisme exagéré; le clergé luthérien le censura vivement ; le catalogue Ouvaroff (nos 98-99) indique deux ouvrages : les Secrets de la Sophie ou sagesse divine exposés et révélés. Leipzig, 1700, in-8n XVI, 192 et 351 pages; Tableau fidèle du christianisme intérieur. Leipzig, 1733, XX. 168 et 16 fts.

Hrcilla.

C'est à M. Delepierre que nous devons la connaissance de ce personnage; il était professeur à l'uni-

versité de Salamanque vers le milieu du xvie siècle, lorsque son cerveau se dérangea.

« Son idée fixe était que les annales, telles que « nous les avons des Egyptiens, des Juifs, des « Grecs et des Romains, avaient été composées par '» des insensés et que les hommes avaient existé de « toute éternité. Dans l'espoir de ramener quelque « calme dans cet esprit malade, ses amis consen- - tirent à faire imprimer un livre intitulé : Divinas -■ Flores historiens et contenant un résumé de ces « rêveries. »

RSON, banquier à Nice.

Il se posa en apôtre d'une espèce de religion métempsyeosiste et humanitaire. Donnons une citation d'un de ses écrits :

- Je dépose les adieux que je fais aux humains « jusqu'à mon nouveau retour à la vie en ce monde,

- par voie naturelle et avec conscience de ce retour

- au plus tôt, si Dieu veut, jusqu'à la prochaine » reprise par voie surnaturelle, et dans ce dernier « cas, lors de mon actuelle vie sur cette même terre, •- et sous la même forme corporelle dont je me « trouve revêtu cette fois-ci, forme que je laisserai

- en dépôt sous la garde de la Providence dans * mon champ actuel comme un tombeau consola- « teur de mon âme léthargiquement endormie qui,

- retrouvant autour d'elle à son prochain réveil, et •• à la disposition de sa mémoire, tout ce qui déter-

-• minait ses actions dans sa présente vie, la rendra

- éminemment apte à servir entièrement l'humanité

- en continuant la mission céleste qui lui a été con- « fiée, et en commençant à faire une application

- manifeste des sublimes vérités salutaires que la

- l 'rovidence a permis à son mandataire de promul-

- guer en nos temps par une annonce qui, laissée

- par lui pendant que son soleil vital, plongé dans •• les ténèbres d'une nuit apparente, sera comme le '• flambeau qui a éclairé son apparition prophétique- « ment effective au milieu de nous. »

Il serait très inutile de donner un plus long spécimen de ces divagations.

Arson fut le protecteur du mathématicien illuminé Wronski (Voir ce nom), qui lui donna des notions au sujet de ïinfini et de Yabsolu ; mais au bout de quelque temps une rupture survint entre le maître et l'élève ; Wronski publia contre son disciple des pamphlets très violents (un d'eux est intitulé : Mémoire pour servir à la découverte d'un des plus grands fourbes qui aient jamais existé). Il l'assigna en payement d'une somme de 200,000 francs, prix auquel il estimait la science qu'il avait révélée, mais il perdit son procès.

SGILL (John), jurisconsulte irlandais.

Publia à Dublin, en 1098, un livre destiné à soutenir qu' « according to the covenant of eternal Life, revealed in the Scriptures » les hommes pouvaient,

sans passer par l'épreuve de la mort, entrer dans la vie éternelle. » Cette idée excentrique souleva des orages ; Asgill fut expulsé du Parlement irlandais dont il était membre, et où il n'avait siégé que quatre jours. Il passa en Angleterre, fut nommé membre de la Chambre des Communes, mais le rival qu'il avait battu remit sur le tapis l'affaire du malheureux livre qu'on avait oublié, et le pauvre Asgill fut derechef éconduit. Southey, dans la seconde partie du livre étrange intitulé : " the Doctor » (1834, 7 vol.), parle de cet étrange personnage ; voir aussi Allibone : Critical Dictionnary of english Literature, 1859, p. 71.

MTTARDI (Fr.), de Palerme.

Il est auteur d'un traité intitulé : Filosofia deW imortalita (Palerme, 1875, 92 pages), clans lequel il cherche à établir la possibilité de l'abolition de toute mort naturelle ou violente. Il établit son système sur des arguments métaphysiques qu'il développe avec le plus grand sérieux : « L'être, l'intelligence, l'activité, sont les trois éléments constitutifs de la durée ou de la vie ; l'intelligence finie qui contient en elle le rapport du multiple fini au multiple absolu, a le droit de développer à l'infini sa propre durée. « Partant de principes aussi clairs, l'autour arrive à établir que l'homme sera physiquement immortel quand il voudra. On pourrait demander comment la terre suffira à recevoir et à

nourrir tous les habitants qui s'entasseronl sur sa surface, lorsque la mort aura disparu. M. Attardi répond sans sourciller à cette objection; rien ne l'embarrasse. Son livre (que nous ne connaissons d'ailleurs que par la mention faite dans le Polybiblion, Revue bibliographique universelle) est un pur délire, mais il en vaut bien d'autres dont les auteurs, philosopbes profonds, ont acquis, l'esprit de parti aidant, une certaine renommée.

HULIS.

Instituteur, né à Crouttes (Orne), en 1826; il était en 1864, détenu dans l'hospice des aliénés de ce département, à ce que nous apprend Ylntermédiaire (I. 185) lequel ajoute : « Il a composé et « compose encore une prodigieuse quantité de vers " sur toutes sortes de sujets. Le commencement « des pièces est parfois passable, mais il tombe * bientôt dans les divagations, les incohérences, « les absurdités, tout en gardant une sorte de « rhythnie ou de prosodie. Il a également la manie « d'écrire en prose. »

Avertissement véritable et assuré au nom de Dieu, 1827, in-32.

Nous avons le regret de n'avoir jamais rencontré cet opuscule, certainement fort rare; il est l'œuvre d'un illuminé qui se dit le fils de l'homme et qui promet de ressusciter au bout de trois jours, après s'être fait jeter dans l'eau à Marseille, attacbé par

des chaînes de fer à une grosse pierre. Nodier possédait un exemplaire de ce livret sur papier de chine; il a été pavé 24 francs à la vente de 1829, n°66.

AADER (Franz ).

On a de ce personnage quelques ouvrages

lis. ^^iJfi i

liA^.^sa en allemand ; / Esjirit et la Vérité, ou la

Religion des élus. Strasbourg, 1816, in-8°, XVI,

224 pages. — Et son nombre est 666; Explication

sommaire de V Apocalypse, ch. XIII, 18. — L'Ange

volant à travers le ciel avec l'Evangile éternel.

Leipzig, 1817 (ces deux derniers écrits sont dirigés

contre la papauté).

ANDARRA (Gonzaêès).

Savetier à Lisbonne au xvi'm* siècle, se persuada qu'il était prophète, et l'Inquisition, qui n'entendait pas raillerie à cet égard, le jeta dans ses cachots, mais, cédant à un sentiment d'indulgence peu habituel, elle ne le brûla point; elle se contenta de le faire paraître en 1541 dans unauto-da-fé, revêtu du San-benito. Le pauvre fou se le tint pour dit, et renonça à annoncer l'avenir; il mourut en 1556.

ARREAU.

Un des apôtres du Saint-Simonisme; prit part à

toutes les excentricités que ces novateurs débitèrent après la révolution do juillet. On lui doit: Le Compagnonnage de le femme (en vers. Lyon, 1X33) et quelques autres écrits du même genre indiqués dans la Bibliographie Saint-Simonienne de M. Fournel ; ils sont évidemment l'œuvre d'un cerveau dérangé. Indiquons une autre excentricité du même genre: Les Compagnons de la femme au peuple et à tout le monde (par Auguste Colin, de Marseille). Dijon, juin 1833, in-32, 1G pages.

DàSTON (l'abbé .

Ce fut un personnage distingué, instruit, écrivain fécond. Né à Rouen en 1741, nommé évêque de Séez en 1813, il dut, quelques années plus tard, sous la Restauration, prendre sa retraite, à cause de ses idées libérales ; il mourut en 1825. Toute sa vie, il fut sujet aux hallucinations les plus étranges, hallucinations, visions, prévisions, etc , mais ce qui donne à ces phénomènes un intérêt tout spécial, c'est qu'ils sont rapportés par celai même qui les éprouvait. Easton a laissé sur sa vie quatre volumes de Mémoires inédits, fort intéressants; M. Canel en a fait usage dans sa curieuse Notice sur la vie et 1rs écrits de l'abbé Baslon, publiée en 1801 à Rouen.

Dès l'âge de sept ans Baston avait eu des visions qu'il a parfaitement rapportées dans ses Mémoires : » Pensez-en tout ce que vous voudrez, mais je dis '• la vérité ; j'ai vu, je m'en souviens comme si c'était

« hier ; j'ai encore sous les yeux l'effrayante appa- « rition. »

Il était averti des années à l'avance de ce qui devait lui arriver; « j'ai eu beaucoup de pressenti- « ments en ma vie ; tous ont été distincts, et aucun « ne m'a trompé. »

Parfois chez lui, on trouve le voyant ; au moment d'entrer dans une église qu'il n'a jamais vue, le souvenir lui revient subitement de tout l'intérieur de l'édifice et il reconnaît, en entrant, qu'il ne s'est pas trompé.

Nous avons donc quelque droit de placer, à certains égards, l'abbé Baston dans notre galerie ; les faits que nous signalons, nous les empruntons à une lettre de M. Eugène Noël, adressée à M. Littré : lu Philosophie positive, mai-juin 1870, p. 419-425.

EFFROYDE REIGNY.

Fécond et excentrique écrivain qui prit le nom de Cousin Jacques; né en 1757, mort en 1811. Il publia un journal, les Lunes, qui eut quelque succès.

Il écrivit beaucoup pour les petits théâtres ; une de ses pièces : Nicodème dans la lune, ov la Révolution pacifique, eut plus de 400 représentations. Un de ses écrits: la Constitution dans la li<>/<. 1793, présente des idées justes, mêlées à bien des folies. Oublié avant sa mort, le Cousin Jacques est devenu ce que deviendroni bien d'autres auteurs qui, de nos jours, font du bruit, la proie du néant.

Voir le très curieux ouvrage de M. Monselet, les Oubliés et les Dédaignés (1857, t. I, pp. 177-250).

EEK (Joachim).

Visionnaire allemand qui se posa en prophète et qui publia, avec son nom, à Amsterdam, en 1701, un vol. in-8° de 391, XXXIII p., dont le titre peut se traduire comme suit : In nomine sem, Excidium (h'ruwrti<t\ c'est-à-dire, avis véritable et sincère de V accomplissement des signes de V Ancien et du Nouveau Testament montrant que la colère de Dieu frapperai" Allemagne de Vépée, de la guerre, de la famine et de la peste.

ENGEL (Jean- Albert).

Théologien luthérien, né en 1687, mort en 1751 ; ses travaux sur le texte grec du Nouveau Testament, sur Cicéron, sont estimables, malheureusement sa tête s'exalta ; il s'avisa de prophétiser, de fixer la date de la fin du monde ; il consigna ses absurdités à cet égard dans divers ouvrages allemands ou latins. [Monitum de prœjudicio Jiermeneictico accurationem Apocalypsos explicationem . . .

Cyclus, sive de anno magno solis ad incre-

mentum doctrinœ propheticœ . 1745, in-8°. Les prédictions de Bengel s'étendent jusqu'à l'an 2000.

BeRBIGUIER (Ch.-Al. -Vincent).

Né à Carpentras en 1764, mort en 1851, dans l'hospice de sa ville natale, s'est placé dans la catégorie des fous littéraires, grâce à son livre intitulé : Farfadets, ou tous les démons ne sont pas de Vautremonde (Paris, 1821, 3 vol. in-8"). La dédicace est d'une originale fierté : « A tous les souverains, rois, empereurs, princes des quatre parties du monde. »

Nous lisons dans la Bio-bibliographie vauclusienne, de M. Barjavel. « Les phrénologistes attri- « buent ces trois volumes à l'action inévitable d'un « organe encéphalique placé aux parties supérieures « et latérales du front, et limitrophe de la vénéra- « tion, de Yimitation, de Yimagination ou idéalité, « de la gaité et de la causalité. Cet organe est « celui de la merveillosité. Berbiguier le possède « d'une manière assez prononcée ».

Le discours préliminaire (89 pages), est de François-Vincent Raspail ; la chanson qui termine le troisième volume, de J.-B. -Pascal Brunel, avocat. La forme littéraire de l'ouvrage est entièrement de ces deux écrivains. (R. Reboul. Anonymes, pseudonymes, et supercheries littéraires de la Provence. Marseille, 1879, p. 57).

M. Champfleury qui a consacré à Berbiguier un chapitre de son livre sur les Excentriques (p. 68), a reproduit d'après un témoin auriculaire quelques échantillons de la conversation de cet halluciné qui

ne parlait guère que par aphorismes. — Dieu est bon : les farfadets sont méchants. — La pie voleuse était un farfadet. — Les prêtres sont toujours en butte aux persécutions des farfadets. — Les farfadets (ceci devient grave) rendent les femmes enceintes à leur insu. — Les insectes connus sous le nom de puces, sont très souvent des farfadets.

Pour Berbiguier, tout se résume en farfadets. Un chat tombe du toit, farfadets. Le bois craque dans le feu, farfadets. La fumée sort de la cheminée, farfadets. Il enrichit la langue de mots nouveaux : farfaderiser, farfadérisme. Il fit prisonniers quelques-uns de ses ennemis qui se posaient sur ses vêtements en les piquant avec une épingle et il les enferma dans des bouteilles remplies d'eau infusée de tabac, de poivre et d'autres aromates. Il savait très bien que les farfadets prennent souvent la forme d'un chat, et comme Jean-Jacques Rousseau, il voulait réformer l'éducation.

Il se pourvut auprès du garde des sceaux pour avoir l'autorisation d'ajouter à son nom : de Terre Xeuve du Thym -, parce qu'il avait l'intention d'acquérir un petit terrain inculte où il planterait du thym, plante favorable aux conjurations.

ERXARDI (Gitjseppe).

Médecin italien, indiqué par M. Delepierre; il publia en 1529, à Florence, un traité de YAnatomie du langage qu'il avait écrit pendant sa détention

dans un hospice d'aliénés. <• Entre autres idées bizarres, il soutenait que toute la race des singes « jouissait de la faculté de la parole, mais qu'elle « était très jalouse de garder le secret de ce don. »

'EVERLAND (Adrien).

Cet Hollandais, auteur du fameux traité : État de Vhomme dans le péché originel (traduction libre du Peccatum originale. 1678), n'avait pas la tête bien saine; nous n'avons pas à redire ce que tous les Dictionnaires biographiques apprennent sur son compte.

Consulter Niceron, Mémoires, t. XIV et XX I). Clément. Bibl. curieuse, t. III. Adelung, t. I, pp. 20-41 ; d'Artigny, Mélanges, t. III ; le Chefd'œuvre d'un inconnu, édition de Leschevin, t. II, p. 459. Du Roure. Analecta Biblion, t. II, p. 436.

h' Année littéraire, 1755, t. IV, 139, signale un autre livre du même genre : Eclaircissement sur le péché originel, par le chevalier de C. Adelung, dit que Beverland a laissé un exemplaire accompagné d'additions nombreuses pour une édition nouvelle et que cet exemplaire faisait partie de la bibliothèque du comte de Bunau, achetée par l'Électeur de Saxe.

Agrippa et Fludd avaient, avant Beverland. émis des idées analogues aux siennes (1), et quel-

(1) Beyer, Memor.libr, rarior, 1734, p. 32, parlant de Fludd et de P.everland ajoute : - Anlonia Bourorignonia, eanidem in scriptis suis

ques rabbins n'en étaient pas éloignés (l).Voir Bartolocci, Biblioth. ràbbinica, III, 391 ; Bayle, art. Eve, La Monnoye dans le Menagiana, III, 449 ; une note do l'édition Varioruni, do Rabelais, t. VI, p. 360.

Un ouvrage fort savant et parfois étrange : Nimrod,aDiscourse on certain Passages of History and Fable (2), contient sur certaines idées des sectes gnostiques (notamment des Archontes) et des Musulmans, des détails curieux. D'après des auteurs arabes, le serpent avait quatre pattes, des ailes, et il était d'une beauté imcomparable. Ajoutons qu'on lui a donné un visage de femme : eligit, ut ait Beda, virgineum vultum. Vincent de Beauvais : Spéculum naturale, 1. LXX, c. 68. Quelques artistes ont reproduit cette idée.

Qu'il nous soit permis de placer ici quelques pasd'une lettre que nous adressait, au sujet des questions que soulève le livre de Beverland, un infatigable liseur.

Il y aurait bien des observations à faire, bien des idées à soulever au sujet do la forme que prit le ser-

- ingressa est viam ; ingenii tamen per tantum modo longe absurdiori

- in lucem edictit, scilicet asserendo Adainum loco pudendorum

- habuisse nasuin. ••

•-•st l'avis de Rabbi Zahira. Voir Nork, Braminen and Rabi nen. Meissen, 1836, in-8°, cité par Rosenbaum, Geschichle der Lustseuche, I, -K Dans le Mémoriald'un mondain par le comte de Lamberg), on lit ce que disait trop crûment lin improvisateur florentin. D'Herbelot [Biblioth. orientale, 1697, p. 277, cite des écrivains qui avancent que le serpent tentateur est relégué ;i Kounsh sur l'Euplirate. (2) London, 1826 ; 4 vol. in-8°. Attribué au révérend Herbert Algernon.

pent. Dos artistes lui ont donné, les uns le visage d'un jeune homme, les autres celui d'une jeune fille; il est représenté avec deux têtes dans un manuscrit italien, conservé à la Bibliothèque nationale de Paris ; une de ces têtes regarde Eve, l'autre Adam. M. Didron a reproduit cette étrange illustration : Annales archéologiques, t. I, p. 74. Cet archéologue a parlé aussi de l'arbre du bien et du mal : Manuel d'iconographie, p. 80. Une peinture du cimetière Saint-Maclou à Rouen, représente le serpent avec la tête et le buste d'une jeune femme. Voir Langlois, Danses macabres, t. I, pi. 5.

D'après les Cathares du moyen-âge, le mauvais principe plaça Adam et Eve dans son faux paradis, en leur défendant de manger le fruit de l'arbre de la science qui n'était autre chose que la concupiscence charnelle dont il provoqua lui-même l'éveil en provoquant Eve sous la forme d'un serpent, il parvint ainsi, par l'union des sexes, à propager le genre humain. Journal des Savants, 1852, p. 274, compterendu de l'ouvrage de Schmidt.

Dom Calmet, dans sa Dissertation sur le péché originel, expose les idées des rabbins.

M. Guiraud (Philosophie naturelle de l'histoire), avance que le fruit de l'arbre défendu prépara le péché originel ; la multiplication matérielle de l'espèce humaine en fut le résultat.

Hamza, le prophète des Druses, fait intervenir le paon dans la tentation d'Adam et d'Eve. Suivant quelques traditions musulmanes peu connues, Satan

se montra à Eve sous la forme d'un serpent, à Adam sous celle d'un paon, d'autres affirment qu'il apparut à Adam seul sous sa forme angélique (Silvestre de Sacy, Exposé de la religion des Druses, t. II, p. 151). Les Gnostiqucs ont débité bien des fables à cet égard; Caïn (et Abel aussi selon quelques-uns), (lovaient le jour au commerce d'Eve avec Satan ; Seth avait été le seul fils d'Adam. Pierre le Mangeur (Petrus Comestor) avance que le serpent marchait debout comme l'homme.

LAKE William), peintre, graveur et poète, né en 1757, mort en 1828.

11 avait un talent remarquable, de la vigueur dans l'invention, mais il se laissa aller à un illuminisme qui troubla sa raison ; il croyait voir et entendre des êtres surnaturels, des personnages célèbres ; il les reproduisait avec le crayon et les gravait ensuite. De là l'obscurité, l'étrangeté qui dominent dans la plupart de ses compositions, recherchées en Angleterre et fort peu répandues en France. Lowndes (Bibliographef 's Manual, p. 215), en indique une quinzaine, entre autres : Amérique, une prophétie. 1793. 18 planches; Europe, une prophétie. 1794. 17 planches; les Portes du Paradis, 16 planches; le Mariage du ciel et de V enfer. 1800; le Livre de Thiel. 1.789. N'oublions pas 7 planches, grand in-fol. pour illustrer Dante et 21 planches pour le livre de Job. Voir Cunningham Lives ofbri-

tish Artists, et la Nouvelle Biographie générale (Didot), t. VI, p. 178.

Citons quelques-unes des appréciations dont cet artiste a été l'objet :

« Je regarde Blake comme un des personnages « les plus extraordinaires de l'époque ; il reproduit « dans d'admirables aquarelles, des visions enfan- « tées par son cerveau et qu'il affirme avoir réelle- « ment vues » (Charles Lamb).

« La seule vision originale et neuve des Anges « dont parle l'Ecriture, est celle que nous donne « Blake, poète et peintre, un peu fou, dit-on, mais « sa folie ne serait-elle pas le télescope de la vérité, « une sorte de clairvoyance poétique qui rapproche « de lui, plus que de tout autre, le monde invisible ?» {Mss Jameson!.

LANNBECKIN (Agnès).

Religieuse autrichienne qui vivait à Vienne, à l'époque de l'empereur Albert Ier. Sa Vit a et ses Revelationes furent rédigées par un franciscain, son confesseur, et imprimées en 1731. in-8°, 456 pages (Vienne, P. C. Monath). Ce livre, rempli d'absurdités ridicules, fit scandale ; il fat supprimé, et il est devenu fort rare; il contient une seconde partie : Pothonis presbyteri liber de miraculis sanctœ Dei genitricis Mariœ. C'est un amas d'extravagances.

Une célébrité peu désirable s'est attachée au nom de Blannbeckin ; dès 1735, Adrianus Pontius consa-

crait à son livre une Epistola, publiée à F'rancfort; depuis, plusieurs bibliographes s'en sont occupés; voir Peignot, Dict. des livres condamnés, t. I, p. 36; les Procès-verbaux (en allemand) de ï Académie de Vienne, janvier 1849 ; le Bulletin du bibliophile, XIIL" série, p. 683 ; le Bibliophile, Londres, 1er janvier, 1863.

LUET D'ARBERES (Bernard).

Il s'agit ici d'un des plus célèbres des fous littéraires, bibliographiquenaent parlant; il s'intitulait : comte de Permission, chevalier des ligues des XIII cantons suisses. Il a eu l'avantage d'appeler l'attention de quelques écrivains d'élite qui s'en sont occupés avec un vif intérêt.

M. Delepierre lui a consacré en 1857, dans les Mémoires de la Société du Polybiblion, de Londres, une notice des plus curieuses.

M. Paul Lacroix, dont le zèle infatigable aborde tous les points de la science des livres, a fait de Bluet d'Arberes, l'objet d'une étude très réussie (Bulletin du bibliophile, 1858, p. 1070 et suiv. 1859, p. 450-467).

Charles Nodier a tracé une page que nous reproduisons, car elle est restée enfouie dans quelques notices jointes, il y a plus de 40 ans, au Bulletin dont il s'agit.

« Bluet d'Arberes avait un grand avantage sur « les fous de notre époque. Il était admirablement

naïf. Dès Y Institution et Recueil de toutes ses œuvres, il vous avertit « qu'il ne scayt ni lire ni escrire et qu'il n'y a jamais apprins. » Excellent Bluet d'Arberes qui se fait auteur sans savoir ni lire ni écrire et qui en prévient aimablement le public , comme d'une chose toute naturelle ! Homme digne de l'âge d'or et que tous les âges envieront à la première année du xvir siècle. On n'y fait plus tant de façons.

« Quand on a pour faire un volume de ses œuvres l'immense avantage de ne savoir ni lire ni écrire, on est presque un maître dans la pensée, mais Bluet d'Arberes n'eut pas l'esprit de profiter de son ignorance. Il est presque aussi nul et aussi stupide que s'il avait passé sa vie au collège. « Les biographes ont étrangement négligé Bluet d'Arberes ; car ces trois ou quatre volumes (et jamais on n'a pu en trouver un exemplaire complet) se vendent 500 et 600 francs, c'est-à-dire, trois ou quatre fois plus que Y Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, qui n'est pas un ouvrage plus sensé mais qui prouve plus de talent. Ce que l'on peut conclure de son indéfinissable fatras, c'est que le comte de Permission était né dans la dernière classe du peuple et qu'il avait commencé par être berger comme Sixte-Quint et Janseraj*- Duval. C'est en 1566 que le hameau d'Arberes, dans le pays de Gex, produisit, à sa gloire éternelle, ce grand homme sans lettres dont les élucuhrations représentent dans la bibliothèque d'un

- amateur la valeur commerciale des meilleures

- éditions de la Bible, d'Homère, d'Horace, de Pla- « ton, de Montaigne, de Molière et de La Fontaine.

- Infatué dès son enfance de visions apocalyptiques, « il passa d'abord pour inspiré parmi les pauvres • pasteurs du village, en attendant que l'adoles- •• cence l'eut remis à sa place naturelle et l'eut •■ réduit à n'être pour toute sa vie qu'un imbécile

- excentrique. Le récit, ingénu jusqu'au cynisme,

- qu'il nous a laissé des hallucinations de cet âge •• donne lieu de présumer que certains gentillàtres

- savoyards, fort embarrassés de leur oisiveté et de

- leur argent, s'en firent tour à tour une espèce de

- fou à titre d'office en le leurrant par le luxe des

- habits et par les tentations plus séduisantes encore « de l'amour physique, auquel il était fort enclin. »

M. Edouard Fournier, dans le très curieux recueil dont il a enrichi la Bibliothèque elzévirienne (que nous avons déjà citée à l'article Angoulevent) s'est occupé de Bluet d'Arberes, t. VIII, p. 81. Empruntons-lui quelques lignes.

« Un des plus étranges fous de ce temps-là, mais « fou aussi peu désintéressé que maitre Guillaume " et se faisant comme lui, un gagne-pain de sa folie. « Peut-être en venant à Paris, avait-il mission

- d'espion du duc de Savoie. Ses livrets extrava- « gants sont illustrés de figures plus bizarres que '• le texte même; ils n'intéressent que les biblio-

- philes, et tous, soit qu'ils les aient achetés à prix « d'or, soit qu'ils aient dû se contenter de les envier, « savent à quoi s'en tenir sur leur compte. »

Dès l'an 1764 De Bure s'était occupé de ces écrits, le Manuel du libraire en a fait l'objet d'une substantielle mention ; le recueil de ces extravagances se composait d'environ 180 livres, ou morceaux détachés (1); on n'en connait aucun exemplaire complet. Aux adjudications indiquées au Manuel, ajoutons celle de 135 francs pour un volume qui ne contenait que 34 livres, vente Le Roux de Lincy, en 1855.

En 1606 on imprima à Paris un opuscule de 24 pages, le Tombeau et Testament du feu comte de Permission ; il y est dit qu'il mourut de la peste. DuRoure (Analecta-biblion, II, 108', donne quelques citations de ce livret dont il n'y a rien à dire, tant il est pauvre d'esprit et même de singularité, si ce n'est qu'un bibliomane est tout fier de le rencontrer pour 50 francs.

Voir Flogel, Geschichte der burleshen, t. II, p. 528 ; Deperrej\ Biographie des hommes du département de l'Ain. Bourg, 1835, t. II, pp. 90-94.

OEHME (Jacob).

Ce théosophe célèbre ne saurait être ici l'objet de longs détails qu'il est facile de trouver ailleurs. 11 serait superflu de signaler les diverses éditions allemandes des écrits de cet illuminé illustre ; (la plus complète est celle donnée par Schiebler.

(1) La gravure sur bois qui accompagne le livre 75 est d'une singularité risquée, on ne la trouve pas dans tous les exemplaires.

Leipzig, 1831-47, 7 vol. gr. in-8°), Nous laisserons aussi de côté 1rs traductions de divers ouvrages publiées par le marquis de Saint-Martin, sous le

nom du Philosophe inconnu; le Manuel du libraire, 5e édit. t. I. 1020, contient des renseignements à cet égard; Adelung (voir Y Histoire de la folie humaine, t. II, pp. 220-255), donne une liste détaillée de 27 ouvrages, de leurs éditions diverses ei de leurs traductions. Indépendamment de ce qui a été imprimé, il est resté bien des productions inédites. Le docteur Julius a publié en 1844 à Hambourg, un exposé systématique, (en allemand) de la doctrine de J. B. Sa vie a été écrite par Wulten. Stuttgart, 1836, in-8°. Un médecin anglais, John Pordage, l'a commenté ; une anglaise enthousiaste, Jane Leade, fonda à la fin du xvne siècle, une secte qui, sous le nom de Philadelphique, n'est pas tout à fait et ointe, et qui révère Boehme comme un saint. On peut citer parmi les écrits les plus remarquables de ce visionnaire, sa Description des trois principes de l'essence divine, « elle contient ses « vues sur la Divinité, la création, la révélation, le « péché; le tout basé sur l'Ecriture Sainte, entre- '- mêlé de fantasmagories poétiques, où la méta- « phore remplace presque toujours l'idée et où l'en-

- chaînement des idées est dithyrambique. Cette

- manière de procéder, Boehme l'attribue à une « révélation qui est, selon lui, le sine qua non de « toute connaissance. »

Le très curieux catalogue de la bibliothèque du

comte Alexis Ouvaroff, Sciences occultes, Moscou, 1870, in-4° (1), indique, n° 2-43, une réunion importante d'ouvrages de Boehme, en allemand, enanglais, en français.

ORRO (Joseph-François). Né à Milan en 1625.

Il appartenait à une des familles les plus distinguées de la Lombardie; emporté dans sa jeunesse par des passions fougueuses, il changea plus tard de conduite ; il se jeta dans les exercices de la haute piété; sa tête s'exalta; il ne tarda pointa se figurer qu'il avait des visions, il s'imagina que Dieu lui prescrivait de lever une armée dont le Pape aurait la direction suprême, mais où lui, Borro, occuperait le rang de général; il devait avoir l'appui des anges et spécialement de l'archange Michel ; il ajoutait qu'il connaissait tous les anges par leurs noms, qu'ils lui révélaient d'ineffables mystères. Il prétendait connaître l'avenir, et il déclara savoir d'avance tout ce qui se passerait au conclave qui suivrait la mort du souverain pontife, Innocent X. alors assis sur la chaire de Saint-Pierre. Se hasardant de plus en plus sur un terrain périlleux, il annonça une réforme complète dans l'Eglise, et l'établissement d'une religion nouvelle, mêlant à tout ceci force idées hétérodoxes, soutenant la divi-

(1) IX et "217 pages, tiré à 75 exemplaires seulement; ce spécimen , 1KV, ii "• du catalogue complet d'une très riche bibliothèque est d'autant plus intéressant qu'an grand nombre d'articles donnent lieu à des notes fort i urieuses. sa rédaction l'ait honneur à M. Ladrange.

nité do la Vierge Mario II se vantait également d'avoir lo pouvoir de chasser les démons.

Il trouva des sectateurs assez nombreux qui le regardaient comme une incarnation dû Saint-Espril : il leur imposait le sermenl du secret absolu et d'une obéissance aveugle. L'autorité ecclésiastique finit par s'émouvoir; Borro crut prudent de quitter Rome et de se retirer à .Milan, mais l'Inquisition, lui faisant son procès pour crime d'hérésie, le condamna tout simplement, le 3 janvier 1661, à être brûlé vif. Borro eut la bonne fortune d'échapper par la fuite à cette sentence rigoureuse; il se sauva d'abord à Strasbourg, puis à Amsterdam, ensuite à Hambourg, d'où il passa à Copenhague. Se donnant comme possesseur d'un secret pour découvrir la pierre philosophale, il fit dépenser en pure perte immes considérables à la reine de Suède, Christine, et au mi de Danemark, Frédéric III. Il conçut le projet de se rendre en Turquie, mais, arrêté en Moravie, il fut livré à la Cour de Rome. Enfermé d'abord dans un des cachots du Saint-Office, il jugea prudent d'abjurer ses erreurs et de faire amende honorable; sa captivité s'adoucit, et transféré au château Saint-Ange, il obtint la permission de sortir de temps à autre, et de se livrer à des études de chimie. Il mourut le 10 août 1G95, laissant divers ouvrages parmi lesquels un seul est encore recherché de quelques curieux : La Chiave del Gabinetto. — Colonia (Genève), 1G81, pet. in-12; c'est un recueil de dix lettres, la plupart relatives à

la science hermétique ; d'eux d'entre elles roulent sur les esprits élémentaires, et c'est là que l'abbé de Villars a pris l'idée de son Comte de Cabalis. Adelung, Histoire de la folie humaine, t. I, pp. 77-113.

IOURIGNON Antoinette).

Visionnaire qui, née en 1616, morte en 1680, dut quelque célébrité à la singularité des opinions qu'elle mit en avant, aux nombreux ouvrages qu'elle enfanta, aux persécutions dirigées contre elle.

Renvoyons à Bayle, qui la ménage peu, et aux dictionnaires historiques qui en parlent avec quelques détails.

Ses œuvres, réunies par Pierre Poiret, forment 34 volumes en 19 tomes publiés à Amsterdam, de 1676 à 1684; une portion du premier volume contient sa vie écrite en partie par elle-même, et continuée par Poiret. Le catalogue Ouvaroff, n°62, donne une énumération détaillée de ce que renferme cette collection fort délaissée aujourd'hui. Lo"\vndes dans son British Librarian, 1839, 8° (non terminé), indique, col. 1217, quelques ouvrages anglais, relatifs à MUe Bourignon.

La plupart de ces écrits existent en flamand et en allemand ; trois ou quatre ont été traduits en latin.

RACHKT i Achille). — Grande Restauration

scientifique. Philosophie minéralogique. Paris, 1859 in-8°, 56 p.

Les idées bizarres abondent dans cet écrit où il est surfout question des cristaux, des pierres précieuses, du microscope. Il est suivi d'une liste de cinquante-deux ouvrages différents que l'auteur annonce comme devant paraître successivement. Presque tous se rapportent à des questions scientifiques, mais quelques-uns sont des incursions sur d'autres terrains; n° 40; Examen critique de la cause de l'assassinat d'Henri IV ; 46, Histoire des variations de la Synagogue.

RIGITTE (Sainte), princesse suédoise, née en 1303, morte en 1373.

Elle a laissé des prophéties et des révélations écrites par ses confesseurs; Gerson les attaqua vivement, mais le succès en fut très vif; les éditions, les traductions se multiplièrent.

Il existe une dissertation de Benj. Gapsius : De revelationibus Brigittœ Sueciœ. Vitembergae , 1715, in-4°; nous connaissons une traduction allemande complète, par A. Megerle, Colonia, 1664, 2 vol. in-4", et un choix par A. Heuzet. Cologne, 1851, in-12. Quelques extraits des prophéties delà sainte se trouvent dans le Dictionnaire des Prophéties par l'abbé Lecanu, t. L, 373-377, (1852, 2 vol. gr. in-8°, faisant partie de Y Encyclopédie théologique publiée par l'abbé Migne.)

UROTHERS (Richard), illuminé anglais.

Il publia, de 1794 à 1802, divers écrits remplis d'absurdités : Prophéties and Times; Explanation of the Trinity, etc. Il serait fort inutile d'en donner la liste qu'on trouvera dans la Bibliotheca Britannica de Watt. Voir aussi V English Encyclopœdia de Knight.

Cet aliéné rencontra des défenseurs; c'est l'usage, mais ce qu'il y eût d'étrange, c'est qu'il compta au nombre de ses disciples un membre du Parlement, un très savant orientaliste, Nathaniel Brassey Halhed (né en 1751, mort en 1830), lequel mit au jour en 1795 divers écrits ayant pour but d'établir l'authenticité des prétendues révélations de Brothers.

ROHON (Joséphine- Aimée), née à Paris en 1731, morte en 1778.

Après avoir écrit deux romans très médiocres, elle se retira dans une solitude absolue, se plongeant dans le mysticisme le plus exalté. En 1791, treize ans après sa mort, parurent deux volumes, imprimés chez Didot, aux frais de la princesse de Conti : Réflexions édifiantes par l'auteur des Instructions sur le jeûne de Jésus-Christ au désert. C'est d'après Renouard (Cat. d'un amateur, 1. 102),

- l'ouvrage d'une femme dont l'imagination était

- allumée par les tourments d'un cancer qui causa

- sa morl ; c'est une production désordonnée dans

- laquelle l'ardeur de la dévotion prend un lan- •• gage beaucoup trop terrestre. On y trouve aussi « des prédictions très claires sur la révolution, mais

- dans le manuscrit original de M"e Brohon, ces

- prédictions étaient d'une autre écriture et ajou- •< tées après coup. » Grégoire a parlé avec quelque détail de Mlle Brohon dans son Histoire des Sectes n ligieuses, t. IV.

RO.MLKY (Thomas .

Illuminé anglais vivant au commencement du xvmc siècle ; entre autres ouvrages, il composa the Sabbat h ôf Rest (London, 1710, in-8°) ; plusieurs de ses écrits ont été traduits en allemand ; le catalogue Ouvaroff (n° 91-04) en indique quatre, imprimés de 1712 à 1719 ;deux d'entre eux ont des titres fort détaillés, dont voici le début : La loi de la circoncision. — Témoignage véridique de la 'parole intérieure et extérieure de Dieu.

ROUSSAIS Emile).

Fils du célèbre médecin, publia en 1842, une brochure écrite avec entrain et intitulée: Régénération du monde; Apologie pour la dernière dispensation divine.

L'auteur attaque avec vivacité la société actuelle, « toute corrompue, toute matérielle, toute possé-

dée des plus grossières et des plus aveugles cupidités, n'aspirant qu'aux gains les plus illicites par les voies les plus perfides et les plus ténébreuses, siècle d'extravagances illimitées, de hideuses et stupides impostures. «

Il ajoute :

« Il y a outre ce monde des corps inertes et morts, un autre monde des substances actives et vivantes ; tous les deux sont près l'un de l'autre et communiquent ensemble par un influx perpétuel. -

UNYAN (John), né en 1628, mort en 1698.

Il mena d'abord une vie dissipée, mais il crut entendre des voix célestes, et il s'amenda ; entré en 1650, dans une congrégation d'anabaptistes, il se fit remarquer par l'ardeur d'un zèle ardent qui lui valut une détention prolongée pendant douze ans. Ce fut dans sa prison qu'il composa un ouvrage célèbre? the Pilgrini s progress (le Voyage du pèlerin, c'est-à-dire du chrétien vers la {icri'oction) ; ce roman mystique et allégorique, parfois éloquent et très élevé, souvent incohérent, œuvre d'une imagination exaltée, a obtenu en Angleterre un immense succès. Publié vers 1672 (on ne connait aucun exemplaire de la première édition), une dixième et réelle parut en 1685.

D'autres ouvrages de Bunyan, entre autres sa Guerre Sainte (Holy War) ont eu bien moins de

vogue. Sa vie a été écrite par le célèbre Southey et par divers autres biographes.

("KCHIELLO (Domenico).

Barbier italien qui vivait à Florence , au xve siècle ; il était un peu fou, et on a recueilli ses poésies amphigouriques qui ont eu plusieurs éditions (1). La plus ancienne sans date, C. A. Brunetti, a été décrite par Morelli [Dibl. Pinelli, t. IV, p. 316) et par Dibdin (Cassano library, n° 40).

Ces vers, remplis d'idées extravagantes, de coqs à l'âne, d'idiotismes locaux, sont à peu près incompréhensibles pour les Italiens eux-mêmes. Le barbier eut l'honneur de créer le genre burchiellesque , d'être fort goûté par des Florentins illustres (Laurent de Médicis entre autres), et de trouver des imitateurs. Dans un de ses sonnets, il demande à un artiste de peindre un tremblement de terre en l'air et une montagne prêtant ses lunettes à un clocher qui passe une rivière à la nage ; il en intitule un autre : Nominati fritti e mapamondi (nominatifs frits et mappemondes) ; ces excentricités, écrites dans le meilleur style toscan, sont citées par l'Académie de la Crusca parmi les testi di lingua.

Rescoe en fait mention: Life of Lorenzo de Medici.

(1) Le catalogue de la vente Libri, 18*7, h" 1463-1407, en indique cinq offrant entre elles des différences notables. Il existe sur ces poésies sous le titre de Lezioni (Firenze, 1733, in-4° ), un commentaire savant et enjoué.

UTTLER (Ursule von), surnommée la bonne mère.

Visionnaire allemande, débita, dans les premières années du xvnn,e siècle, quelques folies qu'elle consigna dans divers écrits ; sa fille Marguerite prit le nom de la mère Eve ; elle eût pour sectateurs trois illuminés qui représentaient chacun une des trois personnes de la Sainte Trinité (Grégoire, Hist. des Sectes relig., V, 344).

^ARDAN (Jérôme).

Nous nous bornerons à inscrire le nom

de ce célèbre italien, mort en 1571, médecin, philosophe, mathématicien, aventurier, débauché, quelque peu assassin (travers que l'usage autorisait au xvie siècle), charlatan effronté et par dessus le marché visionnaire. Il prétendait que l'avenir lui était révélé, soit par des songes, soit par des marques se formant sur ses ongles. A l'en croire, ses ouvrages lui étaient révélés par le ciel. Un anglais, .1. Crossley, lui a consacré 2 vol. in-8° (Londres, 1836 . Voir un article signé Victorien Sardou, dans la Nouvelle Biographie générale, t. VIII, 686-696, et les divers ouvrages qu'il énumère.

ECILE (A. M.). Littérateur français. Fit jouer

en 1802, au Théâtre-Français, mais sans succès, une pièce en cinq actes et en vers dont le Tasse était le héros ; reprise l'année suivante elle ne réussit pas mieux.

L'auteur ressentit un tel chagrin que sa raison se troubla; il avait voulu peindre la folie du grand poète italien. Il mourut à Charenton en 1804.

HABANNES (le marquis de).

Ce personnage se déclara, en 1831, l'adversaire infatigable de la royauté de Juillet; il ouvrit une boutique au Palais Royal, il y affichait les opuscules qui ne cessaient de sortir de sa plume ; c'était des Adresses à tout Français qui vénère son roi, ainsi guà tout pur ami de l'homme, des extraits du livre le Régénérateur, etc. ; le tout en prose incohérente, mêlée de longues tirades de vers détestables. Une de ces feuilles volantes se terminait ainsi :

« Je défie hautement tous mes vils ennemis, « La honte les attend ainsi que le mépris. »

Ces excentricités ne méritent pas qu'on s'y arrête.

HAIX-SOURCESOL (Guillaume' .

Prêtre français qui avait été économe du séminaire de Saint-Sulpice et qui publia en 1800, à Avignon, deux volumes intitulés : le Livre des Manifestes (réimprimés à Paris).

C'est un tissu d'extravagances. L'auteur se pose comme inspiré ; il lui a été révélé que les dix cornes de la tête de l'Apocalypse signifient les dix directeurs de la république française ; il n'y en avait que cinq, mais un inspiré n'y regarde pas de si près.

Les aliénés ont la manie d'écrire ; Chaix-Sourcesol écrivit la Clef des Oracles divim , de V Évangile éternel, du Mandement du Ciel aux églises égarées; il nous apprend entre autres choses que les enfants qui meurent avant l'âge de raison recommencent une nouvelle carrière.

Mécontent de se voir fort peu apprécié en France, Chaix-Sourcesol passa aux États-Unis ; il y publia en 1827 le Sommaire, ou argument général du dernier des manifestes du dernier des serviteurs de Jésus-Christ ; il débute par déclarer que sa mission n'est pas des hommes, mais de Jésus-Christ lui-même qui l'envoie pour susciter sa parole telle qu'il nous l'a transmise. Mais les Américains, très favorables aux illuminés indigènes qui pullulent chez eux, n'ont que de l'indifférence pour ce qui, en ce genre, leur vient du dehors ; Chaix-Sourcesol ne provoqua aucune attention : s'il prêcha, ce fut dans le déserl .

HASSAIGNON (Jean-Marie), né à Lyon en 1735, mort en 1705.

La Nouvelle Biographie générale, t. X, p. 42, lui consacre un long article. Son exaltation politique n'avait pas attendu l'avènement de la Révo-

lut ion pour troubler son cerveau, et les scènes effroyables dont il fut le témoin dans sa ville natale achevèrent de lui enlever la raison. Parmi ses écrits, il en est un en 4 vol. in-12 : Cataractes de l'imagination, déluge de la Scribomanie, vomissement littéraire, hémorrhagie encyclopédique, monstre des monstres, par Epiméuide l'inspiré. Dans l'antre de Trophonius au pays des visions. Ce titre ne donne qu'une idée imparfaite de cette œuvre de délire où les idées les pins bizarres s'affirment avec une originalité de conception qui est encore effacée par celle du style.

L'ouvrage débute par une « préface qui n'en est pas une » et qui occupe toutefois 70 pages. Le tout est un mélange de prose et de très mauvais vers. Voici les titres de quelques-uns des chapitres du premier volume : « Le Poète malgré lui. — Verre brisé, magie détruite. — Tisons brûlants jetés contre l'Académie et bientôt éteints. — Chiens, chats, chartreux, coupe de sang. — Brébeuf attaqué par le Bœuf. » Au bas de presque toutes les pages, des notes où sont entassées des citations en diverses langues, surtout en italien.

HASTANIER (Benedict).

Chirurgien français, établi à Londres, admirateur et disciple de Swedenborg ; il entreprit une publication périodique : Journal novi-jerusalémite ; le n° I (1787) XVII, 114. pages) contient : Traité de

la vie que doivent mener ceux qui aspirent à devenir membres réels de la nouvelle Jérusalem ; n° II : la Doctrine de la nouvelle Jérusalem. 1787 ; n° III : Du dernier jugement et de la Babylone détruite. 1787 ; n" IV : Continuation du dernier jugement et du monde spirituel. 1787. Chastanier dit que c'est d'après un ordre révélé du Seigneur, qu'il a entrepris la traduction des œuvres de Swedenborg, niais il ne parait pas qu'il ait été au delà de ces quatre volumes très rares en France. Quérard qui ne les a point connus, n'en fait pas mention dans sa France littéraire.

HENEAU.

C'était un paisible commerçant à Mennetout-sur- Cher, qui se persuada un jour que l'inspiration divine lui prescrivait de réformer le genre humain. Il développa cette idée dans des écrits bizarres, notamment dans la Volonté de Jehovah en Jésus- Christ, vrai Dieu, manifestée par son serviteur Cheneau, négociant. ~Sl. Delepierre en cite quelques passages; nous lui empruntons les lignes suivantes :

« J'ai dit à l'Eternel, moi, son serviteur : Je pré- « fère la malédiction des hommes à leurs bénédic- « tions. Alors l'Eternel me dit : Marche avec la « force que tu as; parle à tous les peuples de la - terre. »

La, Revue de bibliographie analytique, (Paris, 1842, t. III, p. 495) parle avec détails d'un autre

écrit : Troisième Révélation; sur le titre un triangle La tête en lias, - parce que la base de l'homme spirituel esl en haut, - un carré, un rond et un rouleau qui représentent « l'étal spirituel, l'homme brute et le parfait en Dieu. •■

L'auteur de la Troisième Révélation prétend avoir causé avec Napoléon, en janvier 1841; il affirme qu'il pourrait anéantir tous ses ennemis au nom de Jésus-Christ ; il institue un nouveau baptême spirituel; il annonce l'avènement du Fils de L'homme; il croit à la sorcellerie, à la magie; il raconte la guérison de sa mère possédée du malin esprit ; du reste, il défie les critiques : « je vous déclare incompétents pour me juger. » Ce fatras absurde est divisé en paragraphes minutieusement numérotés jusqu'à 509; il n'en est pas plus clair.

HERET (Ajstne-Geneviève), née en 1730 à Paris, morte en 1758.

Sa piété fervente l'amena à émettre des idées étranges sur l'Eglise primitive à laquelle elle voulait qu'on revint, sur la rédemption d'Israël, etc. Ses Œuvres furent publiées 34 ans après sa mort, en 1702, époque où l'on s'occupait de toute autre chose que de rêveries mystiques. Voir : Grégoire, Hist. des Sectes religieuses, II, 57.

ODICILLES de Louis XIII, roi de France et de

Navarre. A son très cher fils aine, successeur en ses royaumes de France et de Navarre (Produit 20 lignes en caractères fort menus), 1643. 4 parties in-

Des choses excellentes se mêlent dans cette très bizarre production à une foule d'extravagances. L'auteur est resté inconnu. Le Manuel indique diverses adjudications de 41 à 50 francs; ajoutons-y celle à 141 francs, vente H. D. L. en 1863.

Cet ouvrage, extrêmement rare et fort ignoré, n'a sans doute été imprimé qu'à un petit nombre d'exemplaires; il serait presque entièrement inconnu, si M. du Roure n'en avait parlé avec détail [Analecta billion, II, 213) ; il signale dans les conseils donnés à Louis XIII les vues les plus sages, souvent en un langage élevé : « La royauté ne doit point vous donner « une haute idée de vous-même; ce n'est qu'une pure « imagination comme les autres dignités humaines « qui n'ont leur être que dans l'esprit des hommes." Mais la déraison ne tarde pas à revenir ; l'auteur des Codicilles prétend que l'Espagne, l'Allemagne, l'Amérique, appartiennent au roi de France; il demande que douze armées se mettent en marche pour reprendre possession de ces domaines volés; l'une d'elles ira occuper le Pérou ; il trace les cadres de ces forces envahissantes ; il crée 946 officiers des trompettes, 880 lieutenants d'infanterie; il donne la liste exacte de tous les officiers et soldats du régiment do Pont-de-1'Arche, en Normandie, qui suivirent Charlemaimc dans toutes ses guerres.

OLLENBUSCH, médecin à Duisbourg, mort vers L809.

11 se livra à des idées singulières sur des questions théologiques; très épris du milleniwn, il assignait d'avance des (erros, des jardins aux fidèles qu'il distribuait en sept classes, selon leur degré de sainteté. Ii publia divers ouvrages où il exposa toutes ses rêveries. Voir : Grégoire; Hist des sectes religieuses, Y, 441.

OMMENIUS ;J. Amos).

Philologue et grammairien allemand, mort à Amsterdam en 1G71. Il s'éprit du merveilleux et traduisit en latin les prophéties de Catherine Poniatowska et de divers autres visionnaires ; ce travail, joint à quelques autres tout aussi peu sensés, lui a mérité de figurer dans YHistoire qu'Adelung a tracée de la folie humaine. Commenius, ainsi que beaucoup d'autres écrivains dont la tête n'était pas bien saine, ne permettait jamais à sa plume de s'arrêter un instant; il a laissé une centaine d'ouvrages, tous parfaitement oubliés.

RUDEN (Alexandre), né en 1701, mort en

Il fut libraire et correcteur d'imprimerie, (ce qui l'amena à prendre le nom d' 'Alexander the cor-

rector); il composa une Concordance de la Bible, vaste travail publié en 1737 et qui a été plusieurs fois réimprimé et amélioré. Il devint fou, fut mis dans un hospice, en sortit deux fois plus ou moins guéri, et mit au jour des écrits, mélange singulier de bon sens et d'aberrations. Une publication très intéressante, la Rétrospective Revieic, a consacré à ce personnage un curieux article (t. X, pp. 20-33) ; elle donne les titres fort étendus de ses brochures, elle en transcrit des passages. Cruden dédia ses ouvrages au roi Georges II, qui n'y fit aucune attention, il se présenta au mois d'avril 1734, aux suffrages des électeurs de la Cité de Londres pour entrer à la Chambre des Communes; à peine obtint-il quelques voix. Il prétendit corriger les vices de ses contemporains, se mêla un peu de politique et mourut sans avoir recouvré l'usage complet de sa raison.

UMMING (John), né en 1820, h Aberdeen.

Ministre presbytérien, acquit à Londres une brillante réputation comme prédicateur ; emporté par la fougue de son imagination, il s'est laissé tomber dans niluminisme, et il a parfois exposé des idées que la saine raison ne saurait admettre. Ses écrits sont extrêmement nombreux (c'est un des symptômes les plus fréquents d'un cerveau mal équilibré] ; Alibone, dans son Critical Dictionnary, p. 459, en énumère 44 et la liste est loin d'être complète. Tra-

(luisons les titres de quelques-unes de ces productions : Croquis apocalyptiques; Leçons sur les sept églises; le Doigt de Dieu; un Message venant de Dieu; Voix de la Nuit; l'Eglise avant le Déluge, etc.

YKA.V) DE BERGERAC.

Ne nous arrêtons pas sur cet écrivain fort connu. Voltaire a dit de lui : « Il mourut fou et il était fou quand il écrivit son Voyage dans la lune. »

AMI EN Séhaphin-Émeric), berger.

Lettre-circulaire providentielle. Cannes, 1877, in-4°, 2p.

ANCE (Cn.j ancien notaire. Problème de la loi de la .justice unique et naturelle résolu par l'arithmétique. Paris, 1877-8, 4 p.

Nous n'avons pas eu l'occasion de voir cet écrit, mais le titre indique l'excentricité des idées qu'il expose.

AVENNE (François).

Disciple de Simon Morin (voir ce nom), il eut le bonheur d'échapper au supplice qui frappa son

maître, et il put, de 1649 à 1651, publier en vers et en prose 25 opuscules ayant pour but la revendication de la royauté que Dieu lui avait accordée. Il annonça, pour 1645, la fin du monde, et abordant une question fort délicate, il soutint hardiment dans son Harmonie de l'amour et de la justice que Louis XIV ne pouvait être le fils de Louis XIII.

Davenne proposait une épreuve redoutable; il demandait qu'on le jetât dans une fournaise avec la régente, avec Mazarin, avec le duc d'Orléans, avec le coadjuteur, et autres grands personnages ; « celui - qui sortira sans lésion de la flamme comme un " phénix renouvelle, que celui-là soit ostimé le pro- « tégé de Dieu et qu'il soit ordonné prince des « peuples. »

Voir : le Manuel du Libraire ; Moreau, Bibliogr. des Mazarinades,t. 1, p. 35-43; Delepierre, p. 117- 120; lecat. Soleinne. n° 1254.

AVIES (Edward).

Ce clergyman publia en 1804 un volume de 561 p., intitulé : Celties Researches on the Orir/in, Traditions and Language of the ancient Britons ; il y avance qu'à une époque fort reculée, la Grande- Bretagne était habitée par une nation intelligente et éclairée, fort supérieure, au point de vue de la civilisation, à tous les autres peuples de la terre.

Ce système était inspiré par l'égarement de ce patriotisme local dont il y a d'autres exemples (voir de Grave et Le Loyer) .

The Mythology ■t>i/i History of the Britis Druids ascertained by national Documents. L809;

ce livre atteste des recherches sérieuses, mais on lui reproche des opinions étranges et fort hasardées; le Monthly Magazine taxa avec raison L'auteur d'hyper-enthttsiasm.

>EE (John), né en L527, morl en K>08.

Se plaça parmi les hommes les pins instruits, les plus laborieux de son époque; l'astronomie, la physique, la chimie furent surtout le but de ses études; il écrivil des livres très sérieux, notamment un excellent traité sur la navigation (London. 1577, in-fol.), malheureusement il se laissa entrainer par les séductions des sciences occultes, et, précurseur de nos modernes spirites, il se crut en relations avec des êtres surnaturels; il publia à cet égard un volume rempli d'extravagances: A Relation of what passecl for inany years betiveen Dr. John Dee and some spirits. 1659, in-fol. L'ouvrage fit grand bruit lors de sa publication, et longtemps après le docteur Hooker le signalait à l'attention publique.

Voir aussi d'Israeli : Amenities of literature, édit. de Paris, 1842, t. II, p. 210.

Dee était un théurgiste, une sorte de magicien qui se croyait en relation avec des esprits angéliques; il fut officiellement consulté sur la question de choisir un jour heureux pour le couronnement de la reine Elisabeth.

Ecrivain laborieux, il mit au jour huit ou dix ouvrages, et il en laissa manuscrits plus de cinquante.

Indiquons encore deux ouvrages de Dee ; leurs titres suffiront pour en donner une idée :

Monas hieroglyfica, mathematice, magice, cabalistice, anagogireque explicata, dans le Theatrum chemicum, 1613, t. II, p. 191-230, et Tuba J'e>/> ris, id est vocatus sive <itationes sex spirituum sub Veneris dominio existentium ubi docetur methoo lus perficiendi sigillum Veneris, ejusque tubam; circuit compositio, nomina propia spirituum et en allemand dans un recueil pour les amis des sciences occidtes, imprimé à Vienne en 1794, p 490-516.

E MONS, conseiller au présidial d'Amiens Les titres des deux ouvrages qu'il a laissés donnent une idée du galimatias qu'ils contiennent :

« La Démonstration de la quatrième partie de « rien et quelque chose et tout, et la quintessence « tirée du quart de rien e1 de ses dépendances, con- •• tenant les préceptes de la saincte magie et dévote

- invocation de Démons, pour trouver l'origine des

- maux de la France. »

Nodier dit en parlant de cet auteur :

« C'était un fou très complexe, et la variété de « ses lubiesl'avait mis en fonds d'extravagance pour •• tout le monde. Je ne serais pas étonné qu'il fut

- réclamé aussi par les alchimistes, et s'il avait vécu

- au xi\""' siècle, il ne lui manquerait rien, car il

- était donc de cette merveilleuse propension à se » teindre de toutes les aberrations e1 de tous les •• non-sens qui se trouvaient en circulation de son

- vivant. Ce n'était pas un monomane, tant s'en

- faut, mais un maniaque à facettes, continuelle-

- ment dispose ;'i répéter foules les sottises qu'il

- entendait dire, un rêveur caméléon qui jouissait • de la plupart des prétendues propriétés de son

- type, mais qui ne réfléchissait que la folie. La

- Quintessence et la Sextessence diallactique de » Démons sont réellement la quintessence et la

- sextessence de l'absurde. Aussi ont-elles figuré « longtemps parmi les livres précieux et chers, •• quand l'absurde ne courait pas les rues. Aujour- •• d'hui je comprendrais facilement qu'elles perdis- '• sent un peu de leur mérite exceptionnel sur

- Lequel leur bizarre fortune s'était fondée; la con- « currence s'est beaucoup augmentée dans nos

- jours de perfectionnement ; elle a mis l'absurde « au rabais. »

Le second ouvrage de Démons est intitulé : « La sextessence diallactique et potentielle tirée ■■ par une nouvelle façon dïalambiquer suivant les « préceptes de leur saincte magie et invocation de « Démons pour guarir ïhémorragie , playes , « tumeurs et ulcères de la France. <> Paris, 1595, in-8°. Ce second livre est une réimpression du poème de la Quintessence avec une glose française très étendue.

Le Manuel du Libraire n'indique aucune adjudication du premier, mais nous l'avons vu payer 45 fr. en 1862 à la vente Cailhava; quant au second, depuis la vente Nodier, en 1837, où il fut adjugé à 40 fr., il ne s'est pas, à notre connaissance, montré aux enchères.

Renvoyons d'ailleurs à Nodier: Mélanges extraits d'une petite bibliothèque (1829] p. 243-248.

'EPPEL.

Un de ces illuminés que l'Allemagne a produits en grand nombre et qui se sont laissés séduire par le désir de voir l'imprimerie répandre leurs extravagances. Dans un de ses écrits, publié en allemand, on 1733, sous le pseudonyme de Christianus Democritus, il annonçait à l'univers qu'il ne devait mourir qu'en 1808. Une mort subite l'enleva le 25 avril

'ESIRE (Artus), né en Normandie en 1500, mort en 1579.

Ce fougueux adversaire de la réforme n'avait pas la tête bien saine; ses ouvrages de polémique dirigés contre les luthériens et les calvinistes, sont remplis de turlupinades, d'injures, de bouffonneries, de quolibets grotesques en vers ou en prose ; le Manuel du Libraire, tom. II, col. 627-631, indique une vingtaine de ces productions assez recherchées

parles amateurs de livres singuliers; Niceroo, dans ses Mémoires, tom XXX, et Goujet dans sa Bibliothèque française, en signalent plusieurs autres.

Un dos écrits les plus singuliers de ce personnage excentrique, a pour titre -. Les singeries des Huguenots, Marmots et Guenonsdela nouvelle dérision Théodebezienne, contenant leur arrest et sentence parjugemens de raison naturel, composé par Artus Désiré. Paris, 1574, in-8n.

Nous avons choisi ce volume comme offrant un échantillon du style adopté par les controversistes du seizième siècle. On comprend très bien que la dérision Théodebezienne signifie la doctrine d'un des plus chaleureux des amis de Calvin, Théodore de Bèze. Le livre que nous avons sous les jeux est un parallèle continuel des réformés avec les singes. 11 suffit d'en transcrire quelques passages pour montrer quelle aménité régnait alors dans les disputes :

« Les Hérétiques Theodebeziens, sont tant cauteleux, ingénieux et malicieux que ne scaurions mieux les comparer qu'aux singes, marmots et guenon-, lesquels n'approchent jamais du feu que la hart du fagot qu'on y met ne soit premièrement brûlée et rompue pour que ledit feu ne rejaillisse sur eux ; tout ainsi ont fait nos ennemis et adversaires de vérité ; tant que la hart de justice a tenu bon et qu'elle a été forte et puissante pour les pendre et brûler, sans rompre ni ployer, jamais n'ont osé approcher de la fumée, ne ouvrir la bouche pour

dire ce qu'ils avaient sur le cœur ; mais depuis que ladicte hart a été rompue, et qu'ils ont eu la liberté et permission de parler et prêcher leurs blasphèmes contre Dieu et ses Saints, lors ils n'ont plus craint d'approcher dudict feu, et sont venus jusques devant la Majesté du Roy et de tous ses Magistrats et Gouverneurs vomir leur fétulence et vilennie au conciliabule de Poissy et crier par toutes les rues de Paris, jusques en pleine cour, vive l'Evangile, vive l'Evangile; vive l'Evangile du Diable d'enfer qui vous puisse rompre le col et les jambes de vous avoir donné licence de faire le beau mesnage que vous avez faict par tout le royaume de France et d'avoir sacrilège et retiré hors des religions les sanctimoniales, que vous avez subornées et perverties de leur discipline régulière, leur faisant entendre qu'il est impossible de garder le perpétuel vœu de continence, suivant ainsi la nature des susdicts marmots et guenons qui sont les plus luxurieuses bestos de tout, le monde...

- Il y a des singes domestiques et privés qui ne bougent de la maison, toujours enebaynés par le col, travnant une grosse boulle au bout de leur chayne qui tourne de ci et de là, et ne font autre chose que boire et manger, par lesquels nous sont figurés les marmots hérétiques cou verts d'hypocrisie ei simulation qui sont nullius religionis, mais parfait! s Atheistes, roulans leur boulle langagerc de c-'iit'' ei d'autre pour adhérer et complaire aux seigneurs ei daines selon la religion qu'ils tiennent, et

telle manière des singes privez sont beaucoup plus dangereux que l< s forains et descouverte, qui

(lisent tout ce qu'ils ont dessus le cœur, au contraire des simulés qui disent d'un et font d'autre, ayant toujours la boulle d'athéisme qui les entreine et faiet tomber en éternelle damna* ion, et tons ceux qui les hantent et fréquentent.

« Les guenons aussi ont une longue queueetsont merveilleusement chaudes et lubriques comme sont aussi celles de ladite association qui ont ordinairement une grande trouppe de singes et marmots à leur suite et queue, semblable à celle de péché de laquelle parle sainct Jean en son Apocalypse, chapitre douziesme, faisant tomber la tierce part des estoiles du ciel, ce qu'elles font par mesme moyen attirant à leur luxure une infinité d'apostats et moynes reniez qu'elles font tomber du firmament de l'Eglise en éternelle damnation, de sorte et manière que les dictes guenons Huguenotes attireront et divertiront plus d'hommes en une heure de nuict que ne scauroient faire les singes et marmots en un an, à raison de ladicte luxure.

« Outre plus, le singe ne veut ouyr parler de l'Eglise. Quand le Bastelleur en faict ses jeux et qu'il lui parle d'aller à la Messe, il rechyne et claquette des dents comme un desespéré, mais quand on luy tient propos de la taverne, lors il se resjouit et faict dix mille soubresaùlx, ce que font aussi nos susdicts singes et marmots qui ont en haine mortelle l'Eglise de Dieu, et au contraire ajment la taverne

pour le bon vin qui leur faict faire mille singeries, et pour les bons et grans morceaux qu'ils ont en recommandation, armant trop mieux un jour de bonne chère qu'une heure de jeune et d'abstinence. »

'ESJARDINS (G).

Première Bubylone, Sentira mis lu grande, Journée de Dieu en cinq coupes d'amertume (en vers). Traduit d'un manuscrit hiéroglyphique égyptien. Paris, H. Dupuy, 1834, gr. in-8°, cxiiii et 514 pp.

Cette production plus qu'étrange, n'a pas été mise dans le commerce ; l'érudition et l'extravagance y débordent ; entremêlée de cartouches hiéroglyphiques, elle est dédiée à Y Art tout puissant.

On trouve des détails sur cette Journée de Dieu, dans le Monde dramatique. 1835, in-8°, pp. 90-93, el dans Y Essai de M Delepierre, pp. 78-84, auquel nous emprunterons quelques extraits.

Dans la cinquième coupe (dont une partie est en prose des voix innombrables et caverneuses (textuel) sortent des profondeurs de la terre; le prince des prophètes : Jugement de Dieu, leur dit :

•• Levez-vous ; secouez d'une aile immense et lente, " De trois mille ans de nuit la poussière éloquente. »

Ces formidables amas de générations s'écrient toutes ensembles du fond de leurs sépulchres :

Par rangs horizontals, vois, nous nous levons tous.

Alors se lèvenl (mis les êtres produits : " les hauts

- éléphants, les colossales mastodontes, leurs » aînés, dressant le monstrueux serpent de leur

- trompe au dessus des tètes et des cornes des

- vieilles races princières, royales et antédilu-

- viennes... tons roulent ensemble les flots épais de •• leur ronde, tous éclairés dans le voyage de leur « chaîne tournoyante, des rayons de la face rouge

- et enflammée de Dieu, tous grommelant, rugissant,

- hurlant. -

Dans son introduction intitulée : Porte cyclopéenne, l'auteur annonce que voulant peindre son pays de face et les autres pays de trois quarts ou de profil, il ébauche une immense composition trilogique : la Révolution, Napoléon et le Monde de V avenir ; il donnera à son siècle « l'évangile des peuples libres. »

Uesmarets DE SAINT-SORLIN.

Auteur dramatique, poète épique, littérateur qui fit du bruit au milieu du xvne siècle. Nous n'entrerons point à son égard dans des détails qu'exposent amplement les dictionnaires biographiques. Il nous appartient parce que pendant quelque temps, sa tête se dérangea. Après avoir été un des disciples du malheureux Simon Morin, il s'en fit le dénonciateur; il annonça que Louis XIV était prédestiné à expulser les Turcs et à établir le royaume

de Dieu sur la terre entière ; il voulait se mettre lui-même à la tête d'une armée de 144,000 hommes (chiffre donné par l'Apocalypse), et destinée à exterminer les hérétiques, à détruire les infidèles.

Il vient de paraître une intéressante notice de M. R. Kervegen sur Desmarets, in- 8°, 117 pages ; tirage à part de la Revue historique et nobiliaire.

IESROYS.

Œuvres dramatiques de "*. Le Dernier des Romains, tragédie; Y Anti-philosophe , comédie (le tout en 5 actes et en vers).

L'auteur, quoique professeur de mathématiques, avait le cerveau malade [Catalogue de la bibliothèque dramatique de M. de Soleinne, n° 2549, t. II, p. 261). Il s'excuse d'avoir « trop de bon sens, dans " un temps où la raison s'est combattue de sa propre •• épée.»Il n'imprime que quatre actes de sa comédie, et il motive l'absence du 5e en disant que le public n'a qu'à faire jouer d'autorité la pièce entière, s'il esl curieux de connaître cet acte qui n'est pas le plus mauvais.

OICHE (François).

C'était un des disciples du malheureux Simon Morin, dont nous aurons à reparler. Le titre d'un de ses opuscules suifit pour faire juger de la netteté de son jugement : Abrégé de l'Arsenal de la fby <j<</

est contenu en ceste copie de la conclusion d'une lettre du secrétaire de saint Innocent...

L'autour avoue que •• n'ayant pas de quoy faire - imprimer cette lettre toute entière, il a commencé «• par la fin. »

UaUZETEMPS.

Français qui se rendit en Pologne, où il fut accusé (à tort; d'avoir voulu empoisonner le roi Auguste, électeur de Saxe ; il fut enfermé dans la prison d'état de Sonnenstein ; sa tête s'exalta, et il composa un ouvrage ultra-mystique qui parut à Hambourg, en 17:32 : Mystère de la Croix affligeante, humiliante et triomphante de Jésus-Christ et de ses membres. Ecrit au milieu de la Croix au dedans et au dehors par un Disciple de la Croix.

Un chronogramme indique la date.

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Cet écrit fut réimprimé en Russie (sans nom de ville, ni de libraire) 1786, et à Lausanne, F. Grasset, 1701 ; il en avait paru à Francfort en 1782 une traduction allemande, par Adamah Booz (masque d'Adam Melchior Birkholz).

IRAB1CIUS.

Illuminé allemand ; en 1587, après diverses aventures, il s'établit dans une ville de Hongrie et se fit marchand de draps, mais bientôt dégoûté de cette

paisible profession, il se posa en prophète, il eut des visions, il prédit à tort et à travers ce qui devait arriver en Europe. Quelque absurdes qu'elles fussent, ses prophéties trouvèrent peu de croyants. Afin de donner plus de piquant à ses oracles, Drabicius attaqua vivement la maison d'Autriche ; on le châtia sévèrement; c'était alors l'usage; le 10 juillet 1071, il fui décapité, après avoir eu la main tranchée. Voir Bayle, la Nouvelle Biographie générale, etc.

IROUINEAU (( Gustave), né à la Rochelle en 1800, mort il y a peu de temps dans un hospice d'aliénés.

Deux de ses romans : Le Manuscrit Vert et Résignée furent remarqués ; il écrivit pour le théâtre, non sans quelque succès.

Il ne manquait pas de talent, mais, ainsi que le fait observer Ch. Asselineau, dans sa Bibliographie romantique, c'était un esprit systématique, pédant, troublé par les visions humanitaires et atteint au plus haut degré de la grande maladie de l'époque : la manie de sauver le monde. Il s'était plongé dans les chimères du néo-christianisme, el une surexcitation continue lui enleva le peu qui lui restait de bon sens.

UBOIS (Guillaume).

Maçon et tailleur de pierres; né en Normandie,

sa tête n'était pas bien saine; il lit imprimer à Paris en 1(300-1(307, six opuscules réunis sous un titre collectif, où il dit qu - il lui a été donné le don •• d'escrire en poésie française, par un ordre alpha- - bétique, pour opposer au fantastique. » Le Manuel du Libraire transcrit les titres de ces opuscules, les uns en vers, les autres en prose et en vers ; ils sont dans le genre de Bluet d'Arbôrcs ; A la gloire de Dieu ; Aie roy par amour royal, etc. Un exemplaire, le seul, ce semble, qui ait passé en vente publique, fut, en 1784, chez le duc de la Valliôre, payé 45 fr., prix élevé à cette époque. Voir Pluquet : Curiosités littéraires, p. 13; Frère, Manuel du bibliographe normand, t. I. p. 370.

L'DOLLE (Mme) née Grein-Troussel.

Victime de l'épidémie mentale qui sévit avec une vigueur remarquable après la révolution de juillet et qui enfanta le Saint-Simonisme, le Fouriérisme, le Romantisme échevelé, et autres excentricités plus ou moins fâcheuses. Elle mourut à Charenton, complètement aliénée.

V MONIN (Jean-Edouard .

Poète français, mort assassiné à l'âge de 29 ans. Il avait accumulé un vaste savoir ; il connaissait les langues anciennes y compris l'hébreu ; il avait pâli sur Aristote, mais l'excès du travail avait trou-

blé son cerveau et ses écrits attestent une imagination qui n'est plus maîtresse d'elle-même.

On lui doit entre autres écrits un poème de 3,500 vers : le Phœnix (Paris, 1585, in-12). M. Viollet-le-Duc (Bibl. poét., I, 289), transcrit les 16 premiers vers et il ajoute : « Je doute qu'il y « ait dans aucune langue un poète aussi obscur, « aussi ténébreux que Du Monin ; jamais savant n'a « fait, comme lui, abus de sa science pour composer « des mots hybrides, inintelligibles. »

Du Monin a laissé également une espèce décomposition dramatique du genre le plus étrange : le Quarême, divisé en plusieurs parties : le Triple amour ou l'amour de Dieu, du monde angélique et du monde humain; la perte de la peste, ou jugement divin, etc. On décapite la peste, ce qui donne lieu à d'étranges jeux de mots : - Lève ce chef d'ici ; je « crains fort que ce chef prive de chef les miens par « un nouveau Méchef. » Voir : la Bibliothèque du Théâtre français, t. II, p. 256-260; le Catalogue de la Bibliothèque dramatique, de M. de Soleinne, n° 835, le Tableau de la poésie française au XVIe siècle, par Sainte-Beuve, 1846, p. 237, ainsi qu'une notice intéressante par M. L. F. Lélut. 1840, in-8°.

UTOIT MAMBRIM (Marc-Philippe).

Pasteur protestant ; il publia sous le voile de l'anonyme à Lausanne, en 1790, deux volumes in-8°

(xn, 340, et iv, 348 p.), intitulés : De torigine, des usages, des abus des quantités et des mélanges de la raison et de la foi. Des deux purs et des impurs. De Vesprit astral. Des trois révélations. De la croix, loi universelle. Des sens mystiques, etc. C'est à tort que, dans sa Bibliographie der Freimaurerei, Klotz attribue cei ouvrage à un pasteur de Lausanne, Henri David Durand. Une autre édition parut en 1793 -ans lieu ni date), 3 vol. in-8°. Philosophie divine appliquée aux lumières naturelle, magique, astrale, surnaturelle, céleste et divine, ou aux im muables vérités que Dieu a révélées, par Keleph Ben Nathan.

Vers le commencement de ce siècle, on imprima en Russie une portion de cet écrit : Les Trois caractères primitifs des hommes, ou les Portraits du froid, du bouillant et du tiède (sans lieu ni date, in-8°, 65 p.)

On connaît encore de cet auteur : Voies de la vérité à la vie. 1795, in-12, deux parties, 84 et vin, 213 p Ce volume, sans nom de lieu ou de libraire, parait avoir été imprimé <mi Angleterre. Voir le catalogue Ouvaroff, n° 136-138.

L'VEVRIER (Charles .

Né en 1803, se jeta dans les excentricités du Saint-Simonisme avec une fougue qui attestait une intelligence quelque peu troublée. Il s'intitulait modestement « le poète de Dieu », et publiait sous

ce nom des vers dont il était impossible de soutenir la lecture. Partisan trop chaleureux de l'émancipation absolue de la femme, il inséra en 1832 dans le Globe, journal de la secte Saint-Simonienne, un article qui lui valut condamnation à un an de prison. Sa tête se calma, il se mit à écrire pour le théâtre et à diriger la Société générale des annonces.

NFANTIN Prosper).

Quérard rangeait sans hésiter parmi les ^ fous ce Père suprême de la secte Saint- Simonienne, apôtre exalté delà rénovation de l'ordre social au moyen de la femme complètement émancipée. Ses idées trop absolues à cet égard, lui valurent en 1832, une condamnation à un an de prison. Il rêvait la suprématie pontificale sur le genre humain et il lançait des écrits où on lisait des phrases dans le genre de celle-ci : « le verbe su- « prème, le verbe infinitésimal se résoudra dans « l'art en paroles et hors de l'art en symboles ; le * savant le traduira en formules, et l'industriel en « formes limitées. »

Malheureusement cette traduction si claire et si facile du verbe ne s'est pas encore accomplie.

Abandonnant parfois le domaine des nuages et daignant descendre sur la terre, le père Enfantin se précipita, comme la plupart des Saint-Simoniens,

dans le monde dos affaires, où il occupa assez longtemps les fonctions d'administrateur du chemin de fer de Lyon, ce qui ne l'empêchait point d'écrire de temps à autre des pages où s'étalaient les plus étourdissantes excentricités.

Vn gros volume, la Science de Vhomme, qu'il publia en 1858, eu le dédiant à Napoléon III, révèle une raison fort obscurcie ; les idées les plus étranges y abondent, et elles sont parfois exprimées en termes d'une telle crudité que le bruit courut que l'ouvrage était saisi. Grâce à de hautes protections, l'auteur en fut quitte pour des cartons nombreux. Un exemplaire non cartonné serait une curiosité piquante destinée à figurer sur les rayons de ces armoires qu'on tient toujours soigneusement fermées. M. Montégut a fait justice de cette folle et illisible production. Voir la. Revue des Deux-Mondes, 1er février 1850.

LLER (Eue).

Visionnaire allemand, né vers 1090; il se prétendait issu de la tribu de Judas, et se décernait le titre de père de Sion. Lui et sa femme étaient ces deux témoins annoncés dans l'Apocalypse (VI, 3), à l'égard desquels tant d'insanités se sont produites. L'Église étant tombée en décadence, Dieu, qui réside en Eller, lui donne la mission de former la nouvelle Jérusalem (Swedenborg n'a pas eu le mérite de l'invention). Il consigna ses folies dans un écrit

allemand, qu'il intitula : Hirtentasche (le Pannetière, allusion à celle que prit David allant attaquer Goliath . Eller mourut en 1750; sa secte, établie à Ronsdorf, près d'Elberfeld, lui survécut peu de temps.

t:\IMERICH (Anne-Catherine).

Visionnaire allemande, née près de Munster, en 1774, morte en 1824 ; religieuse chez les Augustines de Dulmen ; fort jeune encoro, elle crut avoir des visions, et jusqu'à sa mort, elle s'imagina être favorisée de révélations surnaturelles ; le bruit se répandit que son corps offrait l'empreinte des stigmates du crucifiement et qu'il sortait parfois du sang d'une croix marquée sur sa poitrine. Quelques écrits se rattachent à cette extatique qui eut son moment de célébrité; citons la Douloureuse Passion de Notre Seigneur d'après les méditations de la sœur Emmerich, publiée par C. Brentano. Paris, 1855.

NGELBRECHT.

Visionnaire allemand, vivait au xviie siècle; il raconta longuement les visions dont il avait été favorisé ; son corps était transporté à travers les airs avec la rapidité d'une flèche. Après un court voyage, il arriva devant les portes de l'enfer ; il y régnait des ténèbres épaisses et une puanteur excessive. Il entendit des voix nombreuses qui criaient :

- 0 montagnes, tombez sur nous « ; des milliers de démons se jettêrent sur lui et voulurent l'entraîner avec eux ; il se défendit on priant avec ferveur ; les ténèbres qui l'enveloppaient se dissipèrent, le Saint- Esprit lui apparut sous la forme d'une colombe, le plaça dans un char d'or, et le transporta parmi les chœurs des anges.

Dieu lui fit donner par un ange, ordre de revenir sur la terre et de révéler aux hommes ce epu'il avait vu et entendu.

Le Saint-Esprit lui donna en un instant l'intelligence des Ecritures, et il sut plus qu'il n'aurait appris en cent mille ans.

Il eut la mission de prêcher la pénitence « parce que le jour du jugement approche. »

AU VET Y (Charles).

rljœ Parmi les faiseurs de religions nouvelles '" S (ils sont nombreux) distinguons M. Charles Fauvety , journaliste en 1848, fondateur de la Revue philosophique, et apôtre de la Religion rationnelle. La France mystique de M. Erdan, pp. 826-836, reproduit un long exposé de cette doctrine.

Le Criticisme français de M. Charles Renouvier pourrait aussi être signalé ici : « Cette doctrine « a admis l'existence d'une loi périodique mais pro- « gressive, loi de formation, de groupement, de conu servation, d'extension, de paléogénésie des phé-

nomènes composant la personne dans le monde. . . le progrès du genre humain consiste dans l'expansion graduelle du panthéisme et de l'absolutisme monothéiste et dans la conviction de plus en plus nette et raisonnée que l'homme se fait de sa liberté. »

IELGENHAUER (Paul;.

Visionnaire, né en Bohême, vers la fin du xvie siècle; son père était ministre luthérien, et il se destinait à la même carrière, mais la folie qui se déclara chez lui, empêcha qu'il ne fut nommé. Il crut découvrir que la date de la naissance du Sauveur avait été mal fixée ; il la posa à l'an du monde 4235, nombre mystérieux qui renferme un double septénaire; le monde (c'est un point bien établi l ne doit durer que 6000 ans ; à partir de 1620, il aurait donc encore 145 ans devant lui ; mais de fait, la catastrophe est plus proche, parce que les derniers jours doivent être abrégés ; Felgenhauer prétendait connaître au juste le moment fatal, mais il ne voulait pas le préciser. Il annonçait d'ailleurs les événements à venir, et il radotait au sujet du millemum. Retiré en Hollande, où il mourut vers 1660, il entassa une foule d'écrits ; Adelung (IV. 400-407) en énumère 47 imprimés, sans parler d'une multitude d'autres restés inédits; les titres de quelques-uns donneront une idée de ce qu'ils contiennent : Spéculum temporis;

Prodomus Evangelii ceterni; Aurora Sapientis ; Mysterium magnum; Palma fidei et reritatis, etc.

IERNAND (Jacques).

L'Amour infini. Dieu et Patrie! Humanité. Poème, « Fosses communes, temporaires, exhumations, pas de crémations; mastic conservateur.» Tel est le titre du tome VI (732 pages) petit in-8° que nous avons sous les yeux; les cinq premières pariies (nous n'avons pas eu l'occasion de les consulter), sont intitulées : « Patrie, l'Odyssée de l'exil.

— L'Humanité ! la famille universelle ! Le vaisseau de Dieu — Dieu ! la Patrie des âmes ! la Patrie céleste... universelle! — Patrie! Patrie et Liberté.

— L'Humanité! Egalité... Fraternité universelle! » Nous n'entreprendrons point de reproduire quelques passages de cette accumulation de vers étranges. Disons seulement que le chant XLIV est intitulé :

« Le Vaisseau !

- Son nom? — L'ETERNEL.

- D'où sort-il? De quel chantier? Du CHAOS.» L'auteur annonce que dans la VIe partie, il

« sonde les profondeurs de l'amour divin !... et de « l'immortalité de l'âme ! ! ! L'unité de ce poème « se révèle à chaque page, grâce à l'amour qui *• l'anime! » M. Fernand (Jacques), appelle Lamartine; « mon maitre bien aimé *>; il promet d'autres volumes devant suivre le sixième.

IERRAND Olivier).

Auteur dramatique de fort bas étage, né en 1747, mort à Rouen en 1809 ; il était un peu fou et doué d'une fécondité déplorable. M. Frère {Manuel du bibliogr. normand, t. I, p. 463) a donné la liste de 55 de ces pièces de l'an IX à 1809, et qu'il serait impossible de réunir aujourd'hui. Quelques-unes sont modestement (mais à bon droit) qualifiées de rapsodies ; il en est avec des titres singuliers : le Mort vivant, ou V auteur ressuscité ; le Froc aux orties ; t Auteur sans y penser.

IARD (l'abbé ', né à Bourges.

La France trompée par les magiciens, et les démonolâtres du XVIIIesiècle ; 1803, in-8°. L'auteur soutient que la révolution française est l'œuvre immédiate du démon, exécutée par des hommes et des femmes qui étaient des démons revêtus de formes humaines, ou des démonolâtres, des adorateurs du diable, des magiciens. Il ajoute qu'il a depuis plus de quarante ans découvert cette grande vérité, qu'il n'a cessé de la proclamer à la face de l'univers, qu'il l'a dénoncée dans le Journal de Verdun, dans le Journal ecclésiastique, dans le Spectateur de Toulouse; il en avait le 12 octobre 1773, averti l'Assemblée du clergé de France : « Messeigneurs, " il se commet dans le royaume un crime étrange... - un déluge de maux est prêt à fondre sur la

- nation, si on ne surveille pas les sorcières ou les

- diabolàtres... les magiciens sapent aujourd'hui les

- fondements du tronc et de l'autel; ils sont sans

- cesse et invinciblement poussés à commettre des

- crimes contre nature, des profanations, des sorti- ■ 1' es, des meurtres. »

Les phénomènes du magnétisme sont signalés par l'abbéFiard, comme des agissements diaboliques, et on pourrait bien lui attribuer un livre publié en 1815, Le Mystère des magnétiseurs et des somnambules dévoilé par un homme du monde. En 1797, Fiard soumit une partie de son travail à La Harpe qui lui répondit, que les révolutionnaires n'étaient pas d'assez grands sorciers pour mériter le soupçon d'avoir fait un pacte avec le diable auquel d'ailleurs ils ne croyaient pas.

Un autre ecclésiastique a repris à certains égards la thèse de Fiard. Voir Wurtz.

ICHET (Adolphe), Clairfontaine, d'Alençon.

Ancien employé, devenu chansonnier des rues, sans toutefois demander l'aumône. Il se croyait en correspondance avec l'empereur Napoléon III, lui écrivait, et prétendait lire la réponse de l'empereur, compréhensible pour lui seul, dans certains articles de journaux. Il sortait vêtu d'une souquenille, coiffé d'un chapeau de saltimbanque et chaussé de gros sabots. Comme il attaquait dans ses chansons, sans rime ni raison d'ailleurs, et d'un décousu qui tou-

chait à la folie complète, certaines personnes et notamment des magistrats, qu'il accusait de lui avoir fait perdre sa fortune, il fut condamné par le tribunal correctionnel d'Alençon à quelques jours de prison, qui refroidirent son ardeur et son activité. Il ne chanta plus qu'à mi-voix et pour ses amis.

IELDING (Edouard).

U Amour glorifié, ou Traité de la vraie sagesse et du vrai bonheur, selon la triple lumière divine de la Grâce, de V Ecriture et du Bon sens; ouvrage d'un goût nouveau très instructif et très important pour un chacun. Altona, 1768, in-8°, n-128 pages.

Le catalogue Ouvaroff, n° 132, indique trois ouvrages en allemand de cet illuminé, dont le nom révèle l'origine anglaise : L'arbre de la science du bien et du mal envisagé par les yeux de la philosophie, par un citoyen du monde. Berlin, 1760 (il y a un titre en hébreu) ; Analogie de la naissance biblique et spirituelle. Breslau, 1786 ; Vérités reconnues à la lumière de la révélation et de la nature. Breslau, 1787, 2 vol.

LUDD (Robert), né en 1574, mort en 1637.

Physicien, alchimiste, théosophe, épris d'idées bizarres, des rêveries de la Kabale ; on peut très bien le placer parmi les écrivains qui n'ont pas toujours eu la tête bien équilibrée ; sa Philosophia

mosaïca seule sulfirait à cet égard. Le titre du livre nous apprend qu'il a pour base la connaissance essentielle de la sagesse éternelle. On a pris la peine de réunir ces nombreux écrits en 17 tomes in-fol., 1617-1628 ; personne ne les lit aujourd'hui. Renvoyons aux divers Dictionnaires biographiques. Wood eu a parlé en détail dans ses Athenœ oxonienses. Fludd reçut de ses contemporains un titre honorable, celui de chercheur ; malheureusement il ne trouva rien de sérieux.

ocus.

Peintre de paysages de l'ancienne Académie, mort fou à Paris le 27 février 1708; Mariette (Abecedario, t. II, p. 235), dit avoir vu un recueil de dessins que ce malheureux avait faits dans les accès de sa folie, et où, parmi mille extravagances, il y avait des morceaux de paysages dessinés d'assez bon goût. Ce recueil a passé en Allemagne.

ORNERET (Xavier).

Pièce de pièces. Temps perdu. Paris, 1840, in-8°.

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