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LE CHEVAL DU VOYAGEUR

Le soleil du désert ne luit plus sur ta lame,

0 mon large yatagan plus poli qu'un miroir,

Où Kaïdha mirait son visage de femme

Comme un rayon sortant des ombres d'un ciel noir!

Tu pends par la poignée au pilier d'une tente, Avec mon narghilé, ma selle et mon fusil;

Et, semblable à mon cœur qui s'use dans l'attente, La rouille et le repos te dévorent le fil !

Et toi, mon fier Sultan à la crinière noire! Coursier né des amours de la Foudre et du Vent, Dont quelques poils de jais tigraient la blanche moire, Dont le sabot mordait sur le sable mouvant !

Que fais-tu maintenant, cher berceur de mes rêves? Mon oreille aimait tant ton pas mélodieux, Quand a bruyante mer dbnt nous suivions les grèves Nous jetait sa fraîcheur et son écume aux yeux!

Tu rengorgeais si beau ton cou marbré de veioes Quand celle que ma main sur ta croupe élançait, T'appelait par ton nom et, retirant tes rênes, Marquetait de baisers ton poil qui frémissait 1

Je la livrais sans peur à ton galop sauvage. La vague de la mer dans le golfe dormaat, Moins amoureusement berce près du rivage La barque abandonnée à son balancement.

Car, ail plus léger cri qni gonflait sa poitrine. Tu t'arrêtais, tournant ton bel œil vers tes flancs, Et, retirant ton feu dans ta rose narine, De récume du mors tu lavais ses pieds blancs.

Penses-tu quelquefois, le front bas vers la terre, A ce maître venu dans ton désert natal, Qui parlait sur ta croupe une langue étrangère Et qui t'avait payé d'un monceau de métal ?

Penses-tu quelquefois à la jeune maltresse Qui, pour parer ta bride, houri d'un autre ciel, Détachait les rubis ou les fleurs de sa tresse, Et dont la main t'offrait de blancs cristaux de miel ?

Où sont-ils? que font-ils? quels climats les retiennent? Les vaisseaux dont tu vois souvent blanchir les mâts, Ces grands oiseaux||des mers qui vont et qui reviennent, Sur ton sable doré ne les déposent pas 1

Ne les hennis-lu pas de ton naseau sonore? Ton cœur dans ton poitrail ne bat-il pas d'amour, Quand ton oreille entend, dans les champs de l'aurore, Résonner les doux mots qu'ils t'apprirent un jour?

Oh 1 oui ! car, de ta selle en détachant mes armes, Tu me jetas, tout triste, un regard presque humain ! Je vis ton œil l^ronzé se ternir, et deux larmes Le long de tes naseaux glissèrent sur ma main!

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