Les Français au Canada
Au nord des États-Unis, entre l'Atlantique à l'est, l'Océan glacial au nord, l'Alaska et l'Océan pacifique à l'ouest, s'étend un grand État d'une superficie de 9,331, 800kilomètres carrés (Europe 10,000,000). C'est le Dominion of Canada, qui relève nominalement de l'Empire britannique.
Physiquement il se divise en trois grandes régions naturelles : la région du Saint-Laurent entre les grands lacs et l'Atlantique ; la plaine centrale comprise entre les grands lacs, la baie d'Hudson, et les Montagnes Rocheuses ; la Colombie britannique formée principalement par la partie montagneuse de l'ouest.
Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que les deux dernières ont été livrées à l'exploitation, mais la première, aujourd'hui encore la plus prospère, avant d'appartenir à l'Angleterre, a été, sous le nom de Nouvelle-France, une de nos plus belles colonies.
Découverte par les Bretons et les Normands, qui, en 1504, virent les premiers l'île de Terre-Neuve, explorée en 1534 et 1535 par Jacques Cartier, cette contrée ne commença d'être connue qu'après le voyage d'études entrepris par Samuel de Champlain à la fin du XVIe siècle.
Colbert, comme Richelieu, comprit l'importance de la colonie ; malheureusement il la soumit à une protection trop étroite. Néanmoins, sous l'habile direction de ses gouverneurs et de ses intendants, le Canada prospéra, et, grâce à de
nouvelles explorations, il s'agrandit vers l'ouest et le sud-
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ouest, confinant à la vallée du Mississipi et communiquant par ce fleuve avec la Louisiane.
Les Anglais, confinés entre les Alleghanys et la mer, ne virent pas sans jalousie la constitution de ce magnifique empire colonial. Chaque guerre qui nous mit aux prises avec eux en Europe eut son contre-coup en Amérique. Pendant la guerre de Sept ans notamment, la lutte prit un caractère violent : l'héroïsme des nôtres, mal secondé par notre Gouvernement, ne put triompher du nombre. Le traité de Paris consacra nos défaites.
La France abandonnait le Canada mais le Canada ne s'abandonna pas.
Pendant près d'un siècle, notre pays sembla oublier que sur les rives du Saint-Laurent continuaient à vivre des fils de son sang qui, malgré la défaite, voulaient conserver leur nationalité. Leurs impitoyables vainqueurs auraient bien voulu leur infliger le traitement qu'ils réservaient d'habitude aux peuples dont ils convoitaient les possessions ; leurs efforts échouèrent devant la ténacité et la résistance de nos Bretons et de nos Normands.
Menacés d'être submergés par les immigrés anglosaxons, les Canadiens français ont vaillamment résisté à leurs outrecuidantes prétentions et fini par arracher à leurs maîtres la reconnaissance et le respect de leur nationalité.
C'est l'histoire de ces luttes mémorables qui fera l'objet
de ce livre. Cette belle page de notre épopée coloniale
mérite d'être connue de tous et surtout des enfants de nos
écoles. Jamais notre génie colonisateur n'a donné de plus
éclatantes preuves de ses facultés d'adaptation et de création.
L'héroïsme d'un Montcalm, d'un Bougainville, d'un chevalier
de Lévis peut nous consoler des hontes de la guerre de Sept
ans ; l'esprit politique déployé par les Canadiens pour la con-