Le Médecin malgré lui, acte II, scène vi
296 Li:S FRANÇAIS DU XVIl*^ SlKCLi:
» Don Juan. — Tu leur as répondu que tu n'y entendais rien?
» Sganarelle. — iMoi? Point du tout. J'ai voulu soutenir l'honneur de mon habit; j'ai raisonné sur le mal, je leur ai fait des ordonnances à chacun ^ »
Que de disputes, que d'erreurs, que de dangereux préjugés sont nés de là! Nicole n'a point oublié, dans son chapitre des Sophismes, cette source de faux raisonnements. Le magistrat, le militaire, le religieux prennent, en revêtant Thabit qui les couvre, des opinions qu'ils condamneraient demain, s'ils le déposaient. Ils commencent par en imposer à la foule, ils finissent par s'en imposer à eux-mêmes.
On voit dans le Malade imaginaire jusqu'où peut aller la confiance dans la réputation et le savoir d'un médecin. Tous, en effet, ne sont pas des Sganarelle, c'est-à-dire des valets ou des faiseurs de fagots. Non, sans doute. M. Purgon, M. Diafoirus, M. Thomas Diafoirus ont brillé dans les écoles, ils y ont pris leurs grades et acquis toute la science que l'on y peut acquérir. Ils croient leur art véritable ; ils s'en servent pour eux-mêmes : l'auteur comique en convient. (f> Il y en a parmi eux qui sont eux-mêmes dans l'erreur populaire dont ils profitent, et d'autres qui en profitent sans y être. Votre monsieur Purgon, par exemple, n'y sait point de finesse; c'est un homme tout médecin, depuis la tête jusqu'aux pieds; un homme qui croit à ses règles plus qu'à toutes les démonstrations des mathématiques, et qui croirait du crime à les vouloir examiner ; qui ne voit rien d'obscur dans la médecine, rien de douteux, rien de difficile; et qui, avec une impétuosité de prévention, une roideur de confiance, une brutalité de sens commun et de raison, donne au travers des purgations et des saignées, et ne balance aucune chose. Il ne lui faut point vouloir de mal de tout ce