Scène x
10 LES FRANÇAIS DU XVIl'" SIECLE
Le commandeur voulait lascèDe plus exacte; Le vicomte indigné sortait au second acte. L'autre, fougueux marquis, lui déclarant la guerre, Voulait venger la cour immolée au parterre ^
C'était au début do sa carrière qu'il rencontrait ce mauvais vouloir. Un esprit moins généreux, d'une force moins vive, s'en serait pour toujours rebuté. Molière, quoique fort sensible à ces injustices, ne renonce à aucune de ses espérances. Il a foi dans son talent, et rien ne peut en arrêter l'essor. Il embrasse les difficultés loin de les fuir, il répond à ses ennemis, il leur tient tête et triomphe de leur sottise. Jamais vengeance ne fut plus complète que celle qu'il prit dans la Critique de l'Ecole des femmes. « Je suis pour le bon sens, faitil dire à Dorante, et ne saurais souffrir les ébullitions de cer~ veau de nos marquis de Mascarille. J'enrage de voir de ces gens qui se traduisent en ridicule, malgré leur qualité; de ces gens qui décident toujours et parlent hardiment de toutes choses sans s'y connaître; qui, dans une comédie, se récrieront aux méchants endroits, et ne branleront pas à ceux qui sont bons; qui, voyant un tableau ou écoutant un concert de musique, blâment de même et louent tout ù contretemps, prennent par où ils peuvent les termes de l'art qu'ils attrapent et ne manquent jamais de les estropier et de les mettre hors de place. Hé, morbleu! messieurs, taisez-vous. Quand Dieu ne vous a point donné connaissance d'une chose, n'apprêtez point à rire à ceux qui vous entendent parler et songez qu'en ne disant mot, on croira peut-être que vous êtes d'habiles gens^ »
Les femmes et les auteurs n'étaient pas épargnés davantage; la pruderie des unes, la science pédantesque des autres y recevaient de rudes réprimandes. Molière jouait \h un jeu plein de danger; il amassait sur sa tête des nuages qui ne pouvaient