‹ Les Français du XVIIe siècleChapitre 26 sur 108 · LES GENS D^ÉGLISE · texte numérisé non relu

LES GENS D^ÉGLISE

plus de ce corps que ses doctrines ne rinclinaient vers le tiers état, autrement dit le peuple. Elle prêchait Tégalité devant Dieu ; mais elle ne songeait nullement à la mettre elle-même en pratique devant les hommes. Quand elle avait dans d'éloquentes paroles recommandé aux princes la douceur envers les faibles, la modération dans le pouvoir, elle croyait avoir assuré la constitution de TÉtat. Pour tempérer un pouvoir absolu tel que celui d'un monarque français, il lui suffisait de donner un confesseur au roi, et d'inspirer à quelques prédicateurs la hardiesse de blâmer le prince de ses désordres au moyen d'allusions empruntées à rÉcriture sainte. Elle contribuait de ses deniers aux charges communes. Tous les cinq ans, dans une assemblée du clergé, elle votait au roi un subside qui n'était certes pas en rapport avec ses grandes possessions. C'était un impôt régulier auquel il lui eût été difficile de se soustraire; mais, pour maintenir l'intégrité de ses droits, elle l'appelait un don volontaire. Bien que Louis XIV crût qu*il pouvait en conscience disposer des biens ecclésiastiques, il n aurait pas osé le faire, lise contentait d'obtenir les contributions sans recourir à la violence. Néanmoins, il s'efforçait d'inculquer à son fils les maximes suivantes qu'il lui léguait comme un des secrets d'État dont il devait être instruit : a Vous devez être persuadé que les rois ont naturellement la disposition pleine et librede tous les biens qui sont possédés, aussi bien par les gens d'Église que par les séculiers, pour en user en tous temps comme de sages économes, c'est-à-dire suivant le besoin général de l'État. » 11 ajoutait encore sur des droits que l'Égdse détendait avec un soin également jaloux: « Il est bon que vous appreniez que ces noms mystérieux de franchises et libertés de TÉglise, dont on prétendra peut-être vous éblouir, regardent également tous les fidèles, soit laïques, soit tonsurés, qui sont tous également fils de cette commune mère, mais qui n'exempte ni les uns ni les autres de la sujé-

tion des souverains auxquels l'Évângile même leur enjoint précisément d'être soumis, d Cet antagonisme secret du prince et deTÉglise pouvait à tout moment éclater; on en vit la preuve dans le cours du siècle de Louis XIV ; mais l'adresse des prélats, la déférence quelquefois renfrognée et réchignée du prince, laissèrent au clergé la possession tranquille et incontestée de ses biens. Ils étaient immenses. Cette puissance terrienne avait été ToBuvre du temps. Elle s'était accrue d'âge en âge, non sans exciter l'envie de la noblesse. Il s'y était attaché tous les privilèges qui dans les siècles passés étaient l'apanage de la terre. L'Église avait fait ses conquêtes pacifiques.

Par la libéralité des rois et des grands seigneurs, les évêques et les abbés étaient devenus eux-mêmes de grands seigneurs, a Ils eurent, dit Saint-Simon, des portions de terre for t étendues ; ils en donnèrent en fief comme avaient fait les grands seigneurs, et de là sont venus les grands bénéfices que nous voyons encore aujourd'hui, et alors la fidélité et le service militaire qu'ils devaient au roi, et qui leur était aussi dû à eux-mêmes par leurs vassaux, leur grand état temporel les fit considérer comme les autres grands seigneurs. Parvenus à ce point, l'ignorance de ceux-ci se fit une religion de leur laisser la primauté par Funion de leur sacerdoce avec leurs grands fiefs, en sorte que la noblesse, qui était le corps unique de l'État, en laissa former un second qui devint le premier *. »

Cet orgueilleux duc et pair revient plusieurs fois avec douleur sur cette exaltation de l'Église. Il s'indigne de la voir, à l'ombre de l'ignorance et de la stupidité des laïques, s'accroître au point de se revêtir de toute la puissance temporelle par l'abus et la frayeur de la spirituelle.

On ne comprendrait rien à la constitution de l'Église au XVII® siècle, si l'on ne connaissait pas l'importance et l'étendue

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