Mémoires du duc de Saint-Simon, t. IV, p
LES GENS d'église i09
La nature humaioe est si basse qu'on estime d'ordinaire le prélat à proportion de ses biens. Il y a de grands et de petits évêques. On permet, bien entendu, plus d'indépendance et de fierté aux uns qu'aux autres. Un petit revenu n'autorise pas à faire une imposante figure, et à parler haut devant le roi, même dans les affaires où la conscience est intéressée. Godeau, évêque de Vence, l'ancien bel esprit de l'hôtel de Rambouillet, atteint d*un souffle de jansénisme, eut l'idée de faire le difficile sur la signature du formulaire; il écrivit une lettre au roi. Le prince se la fit lire dans son conseil de conscience. Après les dix ou douze premières lignes, le P. Ânnat> confesseur du roi, interrompit en disant : « Qu'est-ce que nous vient ici conter, sire, ce petit évêque qui n'a que trois ou quatre paroisses et quinze ou vingt paysans? » « Le P. Anuat, dit spirituellement Sainte-Beuve, s'obstinait à traiter le nain de la princesse Julie, comme n'étant encore que le nain de l'épiscopat. Godeau répondit à cette injure avec la fermeté et la noblesse d'un véritable prélat qui tire sa dignité de ses fonctions et non de ses revenus. Il écrivit le 24 décembre 1661 : « Un évêque qui n'a que vingt paysans à conduire en a encore trop, s'il est vrai que les âmes des paysans soient rachetées du sang de Jésus-Christ. » Il n'en signa pas moins purement et simplement le formulaire, sur de nouveaux ordres du roi qui lui furent donnés en mai 1662 *.
L'abondance des Mens temporels devait donc produire sur Tép'iscopat ses effets invincibles. Un train fastueux, un équipage splendide, une maison entretenue à grands frais, la bonne chère, les plaisirs de la société accompagnaient naturellement ces grandes dignités de l'Église. Si des hommes comme Bossuet, comme Fénelou, savaient allier aux convenances de leur ministère, aux devoirs étroits de leurs fonctions, la pompe