Sauvai. AntiquUés de Paris^ t. II, p
registre des délibérations de la Sainte-Chapelle, qu'il faut citer ici : Assemblée du 29 juillet 1628. « On approuve une dépense de 32 livres 14 sous payée au lieutenant du bailliage du Palais à raison d'une information que les chanoines ont fait faire du scandale arrivé le jour de Toctave du Saint-Sacrement (pendant la procession), par les marguilliers et paroissiens de Saint-Barthelemi. » Assemblée du 16 avril 1672. « On rapporte que quelques jours auparavant, la procession de Saint- Barlhclemi ayant été surprise par la pluie sur la place, s'était réfugiée dans le palais, et qu'à raison de ce, l'on n'avait fait aucune réclamation. Cette tolérance paraît avoir enhardi le curé qui, le 16 avril, sans aucun motif, est revenu passer devant le palais et même devant l'église de la Sainte-Chapelle pendant l'office, et alors on arrête de réclamer. » Assemblée du 31 mars 1688. « On arrête de dire matines la veille de la petite Fêle- Dieu, afin de pouvoir faire la procession le jour de la fête à huit heures du matin et ne pas rencontrer celle de Saint-Barthelemi et éviter les disputes qu'on pourrait avoir en ces sortes d'occasions et qui causaient toujours du scandale ^ »
Ces témoignages ont le grand avantage de se rapporter au siècle dans toute son étendue; de 1628 à 1688, ni l'esprit ni les mœurs n'ont changé. Les curés ont les mêmes devoirs, ils rencontrent les mêmes difficultés ; il leur faut la même hardiesse à soutenir leurs droits, la même vigilance à garder leurs privilèges. Le moraliste qui connaît la vanité des' hommes, la futilité des raisons qui guident leurs jugements, ne contestera pas que le crédit d'un curé dépendit beaucoup dans sa paroisse de la fermeté qull montrait dans ces débats dignes d'être chantés par un autre Homère.
Hors de Paris, mêmes usages à peu près. Nous en avons pour garant ce passage de Nicole: « Les petits enfants de nos
1. Berriat-Saint-Prix. Œuvres de BoileaUy t. IV. Pièces justiflcaHves^ p. 489. — ( Registre des déUb. de la Sainte- Chapelle.)
villages ^ Dot une assez plaisante coutume, quand ils vont en procession après Pâques : celui qui porte la clochette s'éloigne avec quelques camarades d'un quart de lieue du gros de la procession, et, s*il rencontre quelque autre clochette, on en vient au combat ; on donne de grands coups d'une clochette contre l'autre, et Ton ne termine point le combat que l'une des clochettes ne soit cass^^e. Après quoi il n'y a plus à disputer; car personne ne doute de quel cdté est la victoire. )> N'était-ce pas au curé qu'il appartenait de choisir de vaillants porte-clochette?
C'est encore à lui qu'il revenait de maintenir en bonne réputation une église, d'y appeler la foule, de l'y arrêter si elle avait pris l'usage d'y venir. Celle des Jacobins de la rue Saint- Honoré était, sous Louis XIV, le rendez-vous de la plus belle société; « là se trouve, dit Bussy-Rabutin, la fine fleur de la chevalerie ». N'y avait-il pas un charme particulier qui l'y rassemblait? Peut-être y trouvait-on plus qu'ailleurs ce qu'on appelle dans le monde des beaiLx saints. La Bruyère nous en a laissé la peinture, ce La décoration souvent profane, les places retenues et payées, des livres distribués comme au théâtre, les entrevues et les rendez-vous fréquents, le murmure et les causeries étourdissantes, quelqu'un monté sur une tribune, qui y parle familièrement, sèchement et sans autre zèle que de rassembler le peuple, l'amuser, jusqu'à ce qu'un orchestre, le dirai-je, et des voix qui concertent depuis longtemps se fassent entendre* ». N'était-ce pas ce qu'on recherchait dans les églises en renom?
f Parce qu'on ne danse pas encore aux Tbéatins, me forcera-t-on d'appeler tout ce spectacle ofiBce d'Église? » disait le moraliste avec chagrin; mais la foule, toujours