‹ Les Français du XVIIe siècleChapitre 63 sur 108 · Sainle-Beuve. Nouveaux LundiSj t. V · texte numérisé non relu

Sainle-Beuve. Nouveaux LundiSj t. V

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vertus. La brigue élait forte pour les emporter; la cabale les ravissait bien plutôt que le mérite. Cela n'échappait pas davantage aux observateurs. « Tite, par vingt apnées de service dans une seconde place, n'est pas encore digne de la première, qui est vacante: ni ses talents, ni sa doctrine, ni une vie exemplaire, ni les vœux des paroissiens ne sauraient l'y faire asseoir; il naît de dessous terre un autre clerc pour la remplir: Titeesl reculé ou congédié, il ne se plaint pas, c'est l'usage h .

C'était encore un objet de scandale que certains droits perçus dans les églises pour la collation des sacrements. Le curé recevait plus pour un mariage que pour un baptême, et plus pour un baptême que pour la (K)nfes8ion; les méchants pensaient y voir un taux sur les sacrements qui semblaient par là être appréciés, les simples et les dévots une espèce de simonie. Les mêmes critiqu^'s Atrabilaires trouvaient étrange Tusage où chaque curé était de se faire payer quatre fois des mêmes obsèques, « pour soi, pour ses droits, pour sa présence, pour son assistance ». Nulle église pourtant ne songeait à se relâcher de ses droits, au contraire; elle était prête à les défendre même par la violence. « Les nouvelles de Paris, écrit d'Ormesson, 13 septembre 1646, furent la contestation entre la paroisse de l'Ile Notre-Dame et celle de Saint-Paul pour enlever un corps sur le pont Marie ; le combat vint jusqu'aux pierres, épées et pistolets, avec un scandale horrible ».

La Fontaine ne faisait que rimer une observation de ce genre, quand, dans ?a fable du Curé et du Mort •, il nous montrait messire Jean Chouart allant gaiement enterrer au plus vite son paroissien en plomb. U l'avait vu plus d'une fois sans doute couver des yeux son mort: il ne se trompait guère quand il lui faisait dire : « J'aurai de vous tant en cire et tant

i. Les Caractères de La Bruyère; de Quelques Usages, 2. Livre VII, fable xi.

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lure du feu roi Louis XIII, en Téglise de Saint-Denis en Franco, monseigneur le cardinal de Lyon, grand aumônier de France, disant la messe et faisant la cérémonie des obsèques, assisté de MM. les officiers des deux chapelles du roi, musique et oratoire, pour la célébration dudit service, à l'heure de Tofferte, les religieux de ladite église et abbaye s'ingérèrent de prendre et arrachèrent par violence le premier cierge avec Tor qui y était attaché, que monseigneur le duc portait à l'offrande, duquel même ledit seigneur cardinal de Lyon, tenant la platine, en pensa être brûlé. Ce qui causa un scandale très grand, donna lieu à Monseigneur d'Orléans d'improuver cette violence commise par lesdits sieurs religieux, et fit murmurer toute l'assistance, scandalisée de cette procédure. » Ajoutons, pour achever de peindre cette société tout entière, que le dîner servi dans l'abbaye à Monsieur d'abord, aux Cours souveraines ensuite, le fut avec tant de confusion qu'il fut presque tout pillé M

L'avidité des gens d'Église à percevoir de petits profits n'a jamais été à l'abri de la censure. Les traits les plus piquants, les satires les plus aigres n*ont point été lancées contre eux de nos jours seulement. Le xvii® sièclepeut compter plus d'un ouvrage où l'invective se donne libre jeu contre l'avarice ecclésiastique. Nous savons par la Vie de Boileau qu'on lui attribuait des pièces scandaleuses en ce genre. Nous en trouvons entre beaucoup d'autres un échantillon dans un petit poème en vers de Marigny. 11 s'appelle le Pain bénit *. Le sujet s'étend beaucoup plus que ne le promet le titre. Le pamphlétaire y ajoute une diatribe sur les frais d'enterrement. Les expressions n'y sont pas ménagées. Le ton est celui de l'insulte la plus grossière. 11 est vrai de dire que l'auteur ne s'adresse

1. Journal d'Olivier (VOrmesson, t. II, à la date désignée, juin 1643.

2. Le Pain bénitj du sieur de Marigny, poème comique, petit in-12 de 20 pages.

qu'aux marguilliers, qu'aux geus de la fabrique, aux bedeaux ; mais OD devine bien qu'il n'agit avec cette modération dans le choix des personnes que par un simple conseil de prudence. Eu vérité, il vise plus haut, et il atteint le but qu'il vise : il eût suffi de la volonté Terme du curé pour arrêter les désordres. Voici le début de cette pièce, où il apostrophe les marguilliers :

Laïques, vautours des églises, Qui, de malheureux savetiers.

Sans chausses, souliers ni chemises, Devenez de gras officiers; Vilains corbeaux des cimetières , Avides becqueteurs des morts, A qui la nature a fait un corps Fort propre pour les étrivières; Fossoyeurs qu'en termes plus beaux.

L'on nomme partout des beleaux; Fermiers de la Marguillerie, Dont les abus sont inQnis; Gros portefaix de confréries, Gouffres béants de pains bénits, Fd|uin5 plus bigarrés ([ue pies, Sics à vins, gloutonnes harpies, , Qui dévorez comme vrais chiens Le bien des pauvres paroissiens...

il est temps, canaille affamée.

Que votre indigne renommée Se répande par l'univers; Et je veux tracer dans mes vers Toutes les honteuses pratiques Et les sales inventions Dont on use dans les fabriques.

Toute cette colère s'était émue à l'occasion des exigences de deux marguilliers de Saint-Paul. Un H. Menant, auditeur des Comptes, un autre marguillier, jadis maçon, avaient entrepris de régler le poids et la forme des pains bénits. Il était enjoint

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