‹ Les Français du XVIIe siècleChapitre 73 sur 108 · RACINE · texte numérisé non relu

RACINE

religion était tout à l'espagnole et à l'italienne. Elle le contraignait dans certains actes extérieurs, mais elle ne touchait pas à râme;'elle n'en changeait ni les habitudes ni les penchants. On sait comment les belles résolutions de 1676 furent vaines, le jour où il revit madame de Monlespan ; avec quel élan il se porta vers elle, et combien la rechute fut profonde et pubUque.

Louis XIV n'avait été ni instruit ni élevé de manière à rien comprendre à la piété et aux austères devoirs qu'elle impose. Son esprit droit, son jugement ferme, mais trop peu éclairé, le laissèrent toute sa vie en proie aux conseils de ses confesseurs, et à la crainte de l'enfer. Dâus tous les actes de sa vie il se conduisit par ce principe : Dieu pardonnera beaucoup à celui qui aura beaucoup fait pour le triomphe et l'établissement glorieux de sa religion. Habitué qu'il était à se regarder comme le représentant de Dieu sur la terre, il crut bientôt qu'il avait Dieu en lui. On se garda bien de l'en dissuader. Au contraire, on fortifia autant qu'on put cette opinion extravagante. DesmarelS; avant ses succès d'illuminisme, avait prédit en Louis le vengeur de la religion outragée; c'était lui qui devait purger le monde des Turcs, des huguenots et des jansénistes. Les protestants en effet furent inquiétés tout le long du règne de ce prince. Les exécutions devinrent plus cruelles à mesure que rage avançait. Cependant Louis XIV ne va pas ainsi tout d'une traite dans ce chemin de perfection qu'il voit ouvert devant lui. Il a des te.-nps d'arrêt. Il revient aux plaisirs; puis, tout à coup, il retourne aux pensées d'expiation, sinon de réformation intérieure. Les dévots, toujours aux aguets, saisissent les moindres symptômes et se gouvernent en conséquence. En 1663 une rougeole avertit Louis XIV de ne pas oublier son salut; la même année on brûle Morin, un fanatique qui se disait le Messie ; la cabale dévote attaque avec fureur V Ecole des femmes de Molière qui s'est moqué, dit-on, de l'enfer et a tourné en ridicule les sermons et les enseignements de l'Église.

En 1666, la reine mère demande en mourant à son fils d'exterminer l'hérésie. Cette recommandation, faite aux portes de la mort, dut paraître à Louis XIV comme un ordre venu du ciel. Dès lors, les conversions deviennent les affaires les plus importantes du royaume. Turenne ne résiste pas à l'exposition

teoon, esprit judicieux, froi^, médiocre et patient, a fait ce miracle. Cette femme, qui était la décence même, la réserve, la coavenance, a changé le siècle. Avec elle, le prince a pris goût à une sage spiritualité. Il n'est pas devenu plus éclairé, il n'a pas pénétré plus avant dans le fond de la religion : il s'est attaché davantage aux pratiques. Peu à peu, le froid et la -sécheresse de madame de Maintenon l'ont tout à fait envahi. Elle n'éprouva point d'ailleurs de résistance à ses désirs; l'éducation, les habitudes de Louis l'avaient préparé d'avance à cette douce conquête : « Le roi, dit Saint-Simon, n'a de sa vie manqué la messe qu'une seule fois à l'armée, un jour de grande jnarche, ni aucun jour maigre, à moins de vraie et très rare incommodité. Quelques jours avant le carême, il tenait un discours public à son lever, par lequel il témoignait qu'il trouverait fort mauvais qu'on donnât à manger gras à personne, sous quelque prétexta) que ce fût, et ordonnait au grand prévôt d'y tenir la main, et de lui en rendre compte. Il ne voulait pas non plus que ceux qui mangeaient gras mangeassent ensemble, ni autre chose que bouilli et rôti fort court, et personne n'osait outrepasser ses défenses, car on s'en serait bientôt ressenti. Elles s'étendaient à Paris, où le lieutenant de police y veillait et lui en rendait compte. Il y avait douze ou quinze ans qu'il ne faisait plus de carême. D'abord quatre jours maigres, puis trois, et les quatre derniers de la semaine sainte. Alors, son très petit couvert était fort retranché les jours qu'il faisait gras; et le soir au grand couvert, tout était collation, et le dimanche tout était en poisson; cinq, ou six plats gras tout au plu3, tant pour lui que pour ceux qui, à sa table, mangeaient gras. Le vendredi saint, grand couvert matin et soir, en légumes, sans aucun poisson, ni à pas une de ses tables * ». Est-ce la vie d'un roi, est-ce la vie d'un anachorète ?

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