LES FRANÇAIS KN ITALIE
t'oiniiM' souverain , mais de l'aider à conquérir les Pays- Bas. François I«^ dont l'âge avait calmé l'ambition , et (|u'une maladie récente avait affaibli , n'accepta pas ces propositions , et les dénonça même à l'empereur. Celuini «'lail dans un grand embarras : brouillé avec Henri VIII , à cause de la répudiation de Catherine d'Aragon, il n'osait se rendre par mer en Flandre ; la route d'Italie et d'Allemagne éuih ii'op longue : il se décida à demander le passage à travei's la France. Le roi l'accorda avec empressement ; et , atin <|ue Charles ne conçût aucune crainte , il lui envoya ses deux (ils pour être gardés comme otages en Espagne, tandis (ju il traverserait le royaume. L'empereur trouva les jeunes princes à Fontarabie , mais il refusa de les retenir , disant que la parole du roi lui suffisait ; et il s'engagea à donner à l'un d'eux l'investiture du Milanais. La coui* de France était d'avis d'en exiger l'assurance écrite ; ce fut Montmorency qui insista pour que l'on se contentât d'une promesse verbale.
Charles-Quint fut reçu partout avec magnificence , ei François l" vint à sa rencontre jusqu'à Châtellerault. A Ainboise , à Blois , à Orléans , on célébra des fêtes sur son passage. Le connétable maichait devant lui , l'épée nue , «omme devant le roi. Celui-ci lui avait cédé jusqu'au droit de grâce dans les \illes où il passait. L'entrée solennelle des i\vu\ souverains à Paris eut lieu le l^r janvier 1640.
Toutefois , l'empereur n'était pas sans inquiétude au milieu des honneurs qu'on lui rendait , et plusieurs faits lui firent craindre que Fiançois 1^ ne prît sa revauelie de la prison de Madrid ou ne lui arrachât de meilleures conditions. Déjà , à Amboise , pendant un festin où le feu avait pris à une tapisserie , il avait failli être étouffé par la fumée ; on n'a jamais su ni la cause , ni les auteurs de cet incendie. A Paris , François I^r , en présentant à Charles-Quint la duchesse d'Etampes , lui dit : « Voyez- vous , mon frère , cette belle dame? Elle me conseille de ne point vous laisser partir d'ici que vous n'ayez révoqué le traité de Aladrid — Si l'avis est bon , répondit froidement l'empereur , il faut le suivre. » Le lendemain , comme il allait se laver les mains pour se mettre à table . il tira de son doigt un diamant d'un très-grand prix , et le laissa tomber aux pieds de la duchesse , qui lui présentait la serviette. Elle ramassa le diamant et voulut le rendre ; mais Charles déclara qu'il était en trop belles mains pour consentir à le reprendre : il désirait sans doute qu'à l'avenir la duchesse ne donnât plus de tels conseils au roi.
On rapporte aussi qu'un jour le duc d'Orléans , prince fort gai et très-agile , sauta en croupe derrière l'empereur, et, le tenant embrassé , s'écria : « Majesté , vous êtes mon prisonnier , » et que cette plaisanterie le fil tressaillir. Triboulet , bouffon de François I^r, avait l'habitude d'inscrire
EN IT.VLIE. 24;i
sur ses tablettes tous les fous qu'il rencontrait; il y consigna le nom de Charles-Quinl. Le roi lui en ayant demandé le motif : (I C'est, rcpondit-il , paice qu'il s'aventure à traversei" la France. — Mais si je le laisse passer sans lui faire aucun tort? — Alors j'effacerai son nom pour y substituer le vôtre. »
Charles-Quint passa six jours à Paris ; les habitants , l'accueillant avec les honneurs royaux , lui avaient présenté les clefs de la ville, et offert un Hercule en argent, de grandeur naturelle. Toute la cour , avec François !«'' , l'accompagna ensuite jusqu'à Saint-Quentin.
Quand les Gantois eurent été réduits , Georges de Selve , évoque de Lavaur , alla rappeler à l'empereur ses engagements avec la France au sujet du Milanais. Mais Charles , qui n'avait plus de ménagements à garder, prétendit d'abord qu'il n'avait rien promis : puis il allégua que le duché de Milan était un fief impérial et ne pouvait être aliéné sans le consentement des princes allemands. Comme dédommagement , il proposait de céder les Pays-Bas à sa fille Marie , en lui donnant pour époux un des enfants du roi, mais avec cette réserve que le gouvernement appartiendrait à Marie seule , et qu'à défaut d'héritiers mâles les Pays-Bas retourneraient à l'Espagne. François I^r devait aussi , disait-il , restituer au duc de Savoie la Savoie et le Piémont.
Ces prétentions inattendues ne pouvaient qu'amener la
guerre ; l'empereur , en conférant brusquement à son fils Philippe l'investiture du Milanais , donnait une preuve insigne de sa mauvaise foi. Un crime commis en Lombardie mit encore davantage l'opinion du côté de la France. Deux agents du roi , l'espagnol Antonio Rinçon , ambassadeur à Constantinople , et le génois César Fregoso , chargé d'affaires auprès de la république vénitienne , furent assassinés aux environs de Pavie par les gens du marquis de Guasto (2 juillet 1541 ) : Charles-Quint sembla s'associera ce forr fait , en éludant par des réponses ambiguës toutes les demandes de réparation.
François I»"» soutint presque seul la quatrième guérie contre l'Autriche : car le pape et Venise; gardèrent la neutralité ; les protestants d'Allemagne , qui venaient d'obtenirquelques concessions , n'étaient pas disposés à perdre , par une rupture avec l'empereui- , les premiers fruits de leurs efforts. Le roi de Danemaick , Christian III , envoya un secours de cavalerie à la France ; sa flotte , qui devait attaquer les Pays-Bas, fut dispersée parla tempête. Soliman promit à l'euvoy*' français Paulin, baron de la Carde, de reprendre les hostilités contre Charles-Quint. En 1542 , la France mit sur pied cinq armées , pour envahir à la fois le Roussillon , la Flandre , le Brabant , le Luxembourg et le Piémont.
L'armée du Roussillon, forte de quarante mille hommes, était sous les oi'dres du dauphin Henri , avec le maréchal
Claude d'Anncbaul olAnioiiK' cl(' LelU^s de Monfpczal. Elle mil le si«'ge devani Pcipignan : «'elle ville était, dit du Bellay, « si bien pourvue de plates-formes garnies d'artillerie, qu'il sembloil un porc-épic, qui, de tous côtés, étant courroucé, montre ses pointes. » Le duc d"x\lbe s'y était jeté, et la défendit vigoui'eusement. Au bout de six semaines de siège , les Français se retirèrent.
Dans le nord , le duc de Vendôme, Antoine de Bourbon, pins tard roi de Navarre, mit l'Artois an pillage. En Flandre , Martin Rossem , maréchal de Gneidre , et Longueval , lieutenant du duc de Clèves , réunirent quatorze mille hommes , à la tête desquels ils se jetèrent sur le Brabant. Les trésors d'Anvers excitaient leur cupidité ; mais comme ils n'avaient pas d'artillerie de siège , ils se rabattirent sur Louvain , qui les paya grassement. C'était là c<^ , qu'on appelait « tondre les moutons de Hollande et traire la vache à fromage »
L'armée qui attaqua le Luxembourg avait pour chef le duc d'Orléans et le duc de Guise. Ivoi, Montmédy et Luxembourg se rendirent sans qu'on vît paraître aucun ennemi. Ces places semblaient assurées par de bonnes garnisons ; le duc d'Orléans licencia ses troupes. Mais alors parut le prince d(; Nassau , qui reprit toutes les villes, à l'exception d'Ivoi , où le duc de Guise s'était enfermé.
Dans le Piémont , Guillaume du Bellay, seigneur de Langey , s'empara de quelques forteresses.
Ainsi, cette campagne de 1542, pour laquelle François I^r avait fait de si grands efforts , n'eut que de minces résultats. Charles-Quint eut le temps de se mettre en défense ; il contracta une alliance étroite avec Henri VIII. Ce prince avait demandé pour son fils Edouard la main de la jeune l'eine d'Ecosse , Marie wStuart , fille de Jacques V ; dépité de n'avoir pas réussi , par suite de l'influence du roi de France sur la régente Marie de Lorraine , il s'unit à l'empereur pour sommer François !«' de renoncer à son alliance avec les Turcs , de rappeler les envoyés français de Constantinople, et d'exécuter tous les traités qu'il avait conclus précédemment soit avec l'Espagne, soit avec l'Angleteire. En cas de refus, la guerre devait lui être déclarée dans le terme de huit jours (11 février 1543.)
La lutte se continua donc au noi'd de la France et à la frontière d'Italie.
Une armée de quarante mille Impériaux, commandée par Ferdinand de Gonzague , duc de Guastalla et gouverneur du Milanais , fondit à l'improviste sur les états du duc de Clèves , allié de la France ,.et lui arracha la cession du duché de Gueldre et du comté de Zutphen. François I^r et le duc d'Orléans arrivèrent trop tard pour empêcher la con-
clusiun de cei arrangement : du moins, ils piiieul Luxembouig , Maubeuge et Landrecies.
Le duc de Guastalla reçut des renforts : le duc d'Arscott lui amena les troupes belges , Pieire de Tolède arriva avec trois mille Espagnols , et dix mille Anglais rejoignirent leuis alliés. Toutes ces forces furent dirigées contre Landrecies ; mais l'approche de François h'^ fit lever le siège , et Charles-Quint , se rejetant sur Cambrai , ville libie , s'en empara sous prétexte d'intelligence avec les agents de la France. L'hiver suspendit les hostilités.
En Italie , la guerre fut plus décisive. Barbeiousse, parti des Dardanelles avec cent dix voiles , parut tout-à-coup devant Messine , dont il surprit le château , ravagea à plaisir toutes les côtes du royaume de Naples, des États de l'Église, de la Toscane , et vint rejoindre la flotte française, forte de quarante navires , auprès de Toulon. L'Europe apprit avec ètonnement qu'on l'avait laissé bâtir une mosquée dans cette ville, qu'ensuite il avait débarqué à Marseille , et que le jeune comte d'Enghien, de la maison de Bourbon, s'était joint à lui pour se porter contre Nice. Beaucoup de gentilshommes français accoururent, afin de voir les Turcs. Biaise de Montluc, qui était de ce nombre , observa que « les Turcs méprisoienl fort nos gens ; si crois-je, dit-il, qu'ils ne nous battroientà force pareille. Us sont plus robustes, obéissants et patients que nous ; mais je ne crois pas qu'ils soient plu»
vaillants. Ils ont un avantage, c'est qu'ils ne songent à rien qu'à la guerre. »
L'attaque de Nice commença le 7 août 1543. Au bout de quinze jours , la place , battue par une formidable artillerie, se rendit; mais tous les efforts des assaillants échouèrent devant le château. Les Français et les Turcs s'éloignèrent , quand ils apprirent que Doria venait avec sa flotte et le marquis deGuasto avec son armée. La discorde s'était, d'ailleurs, glissée parmi eux : Barberousse avait été mécontent de ne trouver que des vins et des vivres sur les navires français , et de s'être vu obligé de leur fournir des munitions de guerre ; le comte d'Enghien , de son côté , craignait que les Turcs ne missent garnison dans Nice. L'amiral de SoHman retourna à Constantinople, après avoir vendu publiquement, à Marseille , les esclaves chrétiens faits en Italie, et emmenant en outre avec lui quatorze mille captifs. Le duc de Savoie triompha de cette retraite ; il fit frapper des médailles où l'on voyait la croix de Savoie entourée des attributs de la victoire , avec cette inscription : Nice assiégée par les Turcs et les Français.
' La guerre se trouva alors transportée dans le Piémont. Huit mille Suisses descendirent de leurs montagnes au secours de la France ; on enrôla aussi des Grisons , dans l'espoir qu'ils combattraient avec la même intrépidité. « Mais, dit du Bellay, autrement en advint, car il est mal aisé
de déguiser un âne en coursier. » Boutières, qui commandait l'armée , fut bientôt remplacé par le comte d'Enghien. Pallezol , Crescentino et d'autres petites places ouvrirent alors leurs portes aux Français. Carignan, à trois lieues de Turin, fut ensuite investi. Le marquis de Guasto accourut, et la bataille se serait immédiatement engagée , si François I**" , toujours poursuivi par le souvenir de Pavie, n'eiit d'avance interdit toute action générale. Biaise de Montluc , envoyé à la cour pour demander la permission de combattre, réussit à grand'peine dans cette mission.
Le 11 avril 1544, la bataille de Cérisoles fut livrée. Guasto ne doutait point du succès. Il avait dit aux bourgeois d'Asti : « Si je ne reviens pas vainqueur , fermez-moi les portes de votre ville, je vous défends de me recevoir. » Et aux femmes de Milan , en leur montrant des chaînes dont il avait fait pi"Ovision : « Voyez-vous ces chaînes ? elles vous ramèneront , pieds et poings liés , ce petit comte d'Enghien et tous ces jeunes et jolis volontaires français. » A la première charge de la gendarmerie française , les Allemands lâchèrent pied ; le prince de Salerne , qui commandait un des principaux corps , demeura , durant toute l'affaire , dans une étrange immobilité , et contribua puissamment à la déroute. Paul Jove attribue encore la perte de la bataille à la colère de Dieu , qui voulait punir les lansquenets d'avoir, la veille même qui était le jour de Pâques, joué aux dés jusque
sur l'autel. Les Français tuèrent douze mille hommes, en prirent trois mille , et trouvèrent, dans le camp ennemi , quinze pièces d'artillerie , un équipage de pont , une immense quantité de munitions , plus de 300,000 livres , tant en vaisselle qu'en argent monnayé. Ils n'avaient perdu que deux cents soldats.
La conquête du Milanais et le rétablissement de l'influence française en Italie auraient été les conséquences de la victoire de Cérisoles , si François I^r , menacé d'une invasion dans le nord par Henri VIII et Charles-Quint , n'avait rappelé treize mille hommes , plus de la moitié de l'armée du Piémont. Le comte d'Enghien dut se borner à l'occupation de Carignan , de Casai , de Turin , d'Albe et du Montlerrat. Guasto proposa une trêve pour l'Italie; elle fut acceptée , et les deux partis s'accordèrent à porter toutes leurs forces du côté des Pays-Bas.
L'empereur et le roi d'Angleterre avaient renouvelé ce fameux projet d'invasion qui avaitéchoué tant de fois. Ils commirent encore la faute de se diviser dès le début de la campagne. En effet, les Anglais descendirent à Calais, envahirent la Picardie, et, au lieu de marcher en avant sur Paris, s'arrêtèrent au siège de Boulogne et de Montreuil. Les Impériaux entrèrent par la Lorraine et la Champagne. Guillaume de Furstenberg , qui commandait leur avant-garde , se rendit maître de Commercy. Bientôt Charles-Quint en personne
s'empara du château de Lagny en Barrois , et investit Saint- Dizier.
Quand il somma cette ville de se rendre , on lui répondit qu'elle ne contenait pas de traître, et qu'il fallait l'emporter répée à la main. Le comte de Sancerre et le brave Lalande se signalèrent, à la tête de la garnison, par la plus brillante valeur. Vainement le dauphin vint camper à Jallon sur la Marne et le comte d'Aumale à Stenay sur la Meuse , afin de harceler les Impérijjux ; ceux-ci ne sortirent pas de leurs lignes. Un jour, les habitants de Saint-Dizier reçurent une lettre en chiffres : c'était un ordre, signé du duc de Guise , gouverneur de la Champagne , de rendre la place au plus tôt , parce qu'il était impossible de la secourir. Le duc de Guise n'avait pas donné cet ordre ; mais son chiffre lui avait été dérobé et avait été envoyé au chancelier de Granvelle , par un agent de la duchesse d'Étampes , qui était vendue à Gharles-Quinl. Saint-Dizier manquait d'eau, et les soldats n'avaient plus de poudre : on capitula le 17 août.
L'empereur continua sa marche : sur un avis de la duchesse d'Étampes , il coirompit l'officier qu'on avait chargé de couper le pont d'Épernay , franchit la Marne , et o(;cupa Château-Thierry. A cette nouvelle , le dauphin se i-eplia vers Paris , jeta une forte garnison dans Meaux , et envoya de Lorges avec sept ou huit mille hommes d'infanterie ei quatre cents hommes d'armes pour occnperLagny. Charles-
252 LES FRAINÇAIS
Quint n'était pas sans inquiétude sur le résultai de la guerre: il se faisait vieux , il avait la goutte, et il manquait d'argent ; Henri VIII s'obstinait à agir seul ; l'armée du dauphin coupait à tout moment les communications des Impériaux avec la Marne, et les menaçait de désastres semblables à ceux de la Provence ; les populations pouvaient se levei" derrière eux et leur couper la retraite. Un dominicain espagnol , Gabriel Guzman , habitant à Châlons , avait conservé des rapports avec le confes^ur de l'empereur. François !«»" se servit de lui comme d'un intermédiaire qui sauvait les apparences , et ses propositions de paix furent acceptées avec empressement.
Le traité fut signé à Crespy en Valois ( 18 septembre) , entre l'amiral d'Annebaut et deux conseillers du roi , d'une part ; le duc de Guastalla et le chancelier de Granvelle , de l'autre. Les deux souverains convinrent qu'il y aurait paix perpétuelle entre eux et entre leurs sujets , et que chacun restituerait à l'autre ce qu'il lui avait enlevé depuis la trêve de Nice. François I^r renonçait de nouveau à toute prétention sur le Milanais , Naples , les comtés de Flandre et d'Artois -, Charles-Quint, de son côté , abandonnait la Bourgogne et ses dépendances , et promettait de donnei" en mariage au duc d'Oiléans sa fille Marie, avec les Pays-Bas , la Franche-Comté et le Charolais pour dot , ou une de ses nièces , avec le Milanais. Mais le duc d'Oi-
léans mourut bientôt après , et cette clause ne fut pas exécutée. Le duc de Savoie , allié de l'Empire , n'avait pas été oublié , comme dans la ii-ève de Nice : la France devait lui restituer la Savoie et le Piémont , aussitôt que lempereur aurait satisfait à toutes les conditions du traité. Mais la moit du duc d'Orléans seivil de prétexte à François ï^r pour retenir la Savoie et le Piémont , comme Charles i-etenait les Pays-Bas et le Milanais.
Henri VIII n'avait pas voulu étie compris dans le traité ; tout fier d'avoir conquis Boulogne , que le gouverneur Vervins lui avait livré , il continua la guerre. L'armée du dauphin , dont on pouvait disposer librement , fut envoyée contre lui. A son approche , les Anglais levèrent le siège de Montreuil , et , après avoir laissé une forte garnison à Boulogne , se retirèrent vers Calais.
L'année suivante (1545), François 1er conçut le projet d'une descente en Angleterre. L'amiral d'Annebaut rassembla dans les ports de Normandie cent cinquante vaisseaux de guerre , avec quatre-vingt-cinq navires d'une moindre grandeur. Vingt-cinq galères de Marseille , amenées par le baron de la Garde , vinrent se joindre à la flotte de l'Océan. Annebaut partit du Havre, dévasta l'île de Wight , et fît tiois descentes aux environs de Portsmouth , sans pouvoir amener à une bataille la flotte anglaise qui mouillait dans le port de cette ville.
Sur tei'iT , le maréchal Oudard de Biez ne réussit pas mieux devant Boulogne : un fort était nécessaire pour fermer aux Anglais l'entrée du port; les constructions furent commencées , mais on ne put y mettre la dernière main.
Néanmoins , Henri VIII se décida à négocier avec François I^r, et conclut le traité d'Ardres (7 juin 1546). Le roi d'Angleterre devait recevoir 2,000,000 d'écus d'or dans l'espace de huit ans -, toutes les anciennes dettes de la France envers lui étaient annulées : au paiement de la dernière annuité , Boulogne serait remis aux Français.
Henri VIII et François I*"» n'eurent pas le temps d'exécuter ce traité. L'un mourut le 28 janvier 1547; l'autre, le 31 mars de la même année.
La lutte de la France et de f' Autriche n'était pas encore terminée , après les querelles toujours renaissantes de Charles-Quint et de François I^r. Ni l'un ni l'autre de ces deux princes n'avait tiré le moindre avantage de tant de désastres dont les peuples avaient eu à souffrir. Charles avait eu la gloii*e de voir son ennemi prisonnier et suppliant, mais sans pouvoir arracher un lambeau de celle France , dont l'opposition déjoua ses vastes projets. En renonçant enfin à ses prétentions sur l'Italie , la France gagna en force nationale. On doit louer son roi d'avoir compris , dans ses dernières années , qu'il était le champion
de l'égalité entre les peuples ; sa gloire n'est pas seulement d'avoir maintenu l'intégrité du territoire français, mais aussi d'avoir sauvé les libertés européennes.