II. DE BALZAC
*.;iUrcs, des ingrals, jmssent , iiisoncîaniment devant la sam sainte boutique d'un épi- T;cr.*Dieu vous en garde!
Quelque rebutant, crasseux, i nnî en casquette, que soit *le i^arçon, quelque frais et I T<^joui que soit le maître, je \ki rognrde avec sollicitude, lU leur parle avec la déférence qu'a pour eux le Constitutionnel, Je laisse aller un mort, un êvêque, un roi, sans y faire attention; mais je ne vois jamais avec indifférence un épicier. A mes yeux, l'épicier, dont Tomnipotence ne date que d'un siècle, est une des plus belles expressions de la société moderne. K*est-il donc pas un être aussi sublime de résignation que remarquable par son utilité; une source constante de douceur, de lumière, de denrées bienfaisantes? Enfin, n'est- il plus le ministre de l'Afrique, le chargé d'affaires des Indes et de l'Amérique? Certes, l'épicier est tout cela; mais, ce qui met le comble à ses perfections, il est tout cela sans s'en douter. L'obélisque sait- il qu'il est un monument?
Ricaneurs infâmes, chez quel épicier êtes-vous entrés qui ne vous ait gracieusement souri, sa casquette à la main, tandis que vous gardiez votre chapeau sur la tète? Le boucher est rude, le boulanger est pâle et grognon ; mais l'épicier, toujours prêt à obliger, montre dans tous les quartiers de Paris un visage aimable. Aussi, à quelque classe qu'appartienne le piéton dans l'embarras, ne 8*adresse-t-il ni à la science rébarbative de l'horloger, ni au comptoir bastionué de viandes saignantes où trône la firaiche bouchère, ni à la grille défiante du boulanger; entre toutes les boutiques ouvertes, il attend, il choisit celle de l'épicier pour changer une pièce de cent sous
ou pour demander son chemin ; il est sur que cet homme, le plus chrétien de tous les commerçants, est à tous, bien que le plus occupé; car le temps qu'il donne aux passants, il se le vole â lui-même. Mais, quoique vous entriez pour le déranger, pour le mettre à contribution, il est certain qu'il vous saluera ; il vous marquera même de l'intérêt si l'entretien dépasse une simple interrogation et tourne â la confidence. Vous trouveriez plus facilement une femme mal faite qu'un épicier sans politesse. Retenez cet axiome, répétez-le pour contre-balancer d'étranges calomnies.
Du haut de leur fausse grandeur, de leur implacable intelligence, ou de leurs barbes artistement taillées, quelques gens ont osé dire : Raca! à l'épicier. Ils ont fait de son nom un mot, une opinion, une chose, un système, une figure européenne et encyclopédique, comme sa boutique. On crie : « Vous êtes des épiciers! » pour dire une infinité d'injures. Il est temps d'en finir avec ces Dioclétiens de l'épicerie. Que bldme-t-on, chez l'épicier? Est-ce son pantalon plus ou moins brun-rouge, verdAtre ou chocolat? ses bas bleus dans des chaussons, sa casquette de fausse loutre garnie d'un galon d'argent verdi ou d'or noirci, son tablier à pointe triangulaire arrivant au diaphragme? Mais pouvez -vous punir en lui, vile société sans aristocratie et qui travaillez comme des fourmis, l'estimable symbole du travail? Serait-ce qu'un épicier est censé ne pas penser le moins du monde, ignorer les arts, la littérature cl la politique? et qui donc ^ a engouffré les éditions de Voltaire et de Rousseau? quî^ donc achète Souvenin et Regrets de Dubufe? qui a usé la planche du Soldat laboureur, du Convoi du pauvre, celle de V Attaque de la barrière de Clichy? qui pleure aux mélodrames? qui prend au sérieux la Légion d'honneur? qui devient actionnaire des entreprises impossibles? qui voyez- vous aux premières galeries de l'Opéra-
L'ÉPICIER
Comique, qnand on joue Adolphe et Clara ou les Bendez-rous hourgeois? qui hésile à se moucher au Thé«1tre- Français quand ou chante Chatterton? qui lit P'jul de Kock? qui court voir et admirer le musée de Versailles? qui a fait le succès du Postillon de Longjumeau? qui achète les pendules à mameluks pleurant leur coursier? qui nomme los plus 'danjjercux députés de Topposition, et qui appuie les mesures ênèrstiques du pouvoir contre los perturbateurs? LVpicier, l'épicier, toujours répicicrl Vous le trouver, l'arme au bras, sur le seuil de toutes les nccessilês, mômeles plus contraires, comme il est sur le p.»s de sa porte, ue comprenant pas toujours ce qui se passe, mais appuyant tout par son silence, pnr son travail, par son immobilité, par son arjjent! Si nous ne sommes pas devenus sauvages, Espagnols ou saint-siiiionions, rendez-en grAce à la grande armée des épiciers. Elle a tout maintenu. Peut-être maintiendra l-elle Tun comme Taulre, la République comme l'Empire, la légitimité comme la nouvelle dynasiie; mais, cerUs, clic maintiendra. Maintenir est sa devise. Si elle ne mainlonait pas un ordre social quelconque, à qui vendrait-elle? L'épicier est la chose jugée qui s'avance ou se n\iWc, parle ou se tait, aux jours de grandes crises. Ne l'admirez-vous pas dans sa foi pour les niaiseries consacrées? Em péchez-le de se porter en foule au tableau de Jeanne Gray, de doter les enfants du général Foy, do souscrire pour le Chnmp-d'Asile, de 8e mer sur l'asphal e, de domandcr la translation des cendres de Napoléon, d'hibiller son enfant en lancier polonais ou en nrtillour de la garde nationale, selon la circonstance. Tu l'essayerais en vain, fanfaron Journalisme, toi qui, le «'remier, inclines plume et presse à son aspect, lui souris, et lui tends incessamment la chatière de ton abonnement!
Mais a-t-oo bien examiné l'importance de ce viscère indispensable à la vie sociale, et que les anciens eussent déifié peut-être I S|>éculateur, vous bâtissez un quartier, ou même un village; vous avez construit plus ou moins de maisons, vous avez été assez osé pour élever une église; vous trouvez des espèces d'habitants, vous ramassez un pédagogue, vous espérez des enfants; vous avez fabriqué quebiut' cIionc qui a l'air d'une civilisation, comme on fait une tourte : il y a des champignons, des pattes de |»oulets, dos écrevis<os ol des l)Oulettes; un presbytère, des adjoinl'î, un garde chani| cire et des administrés : rien ne tiendri. tout va se dissoudre, tant que vous n*aurez pas lié ce mic*oco>m»^ par le plus fort des liens sociaux, par un épicier. Si vmus tardiez à planter au coin de la rue principale unépit-icr, comme vous avez planté une croix au-dessus du clocher, tout déserterait. Le pain, la viande, les tailleurs, les souliers, les prêtres, le gouvernement, la solive, tout vient ] ar la post". i-ar le roulage ou le coche; mais IVpicier doit être là, re>t» r là, se lever le premier, se coucher le dernier; ouvrir sa b>utique à toute heure aux cliahnds« aux c"ncan>, aux marchands. Sans lui, aucun de ces excès qui distinguent la soriélé moderne des sociétés anciennos auxquelles l'eau-de-vie. le tabac, le thé, le sucre, étaient inconnus. De si boutique procède une triple production pour cha |ue besoin : thé, café, chocolat, la conclusion de tous les déjeuners réels; la chan !elle. rhuile et la bougie, source de toute lumière; le sel, le poivre et la ma cade, qui c«)mposent la rhétorique de la cuÎMoe: le riz. le haricot et le macaroni, nécessaires à toute alimentation raisonnée : le sucre, les sin)ps et la couGture. sans quoi b vie serait bien anière ; les fromiipes. les pruneaux et les mendiants, qui, selon Brillât - Savarin, d tnnenl au dessert sa physionomie. Mais ne sérail-ce pas dépeindre tous nos besoins que détailler les
unités à trois angles qu'embrasse Tépicerie? L'épicier lui-môme embrasse une trilogie : il est électeur, garde national et juré. Je ne sais si les moqueurs ont une pierre sous la mamelle gauche, mais il m*est impossible de railler cet homme quand, à Tnspect des billes d'agate contenues dans ses jattes de bois, je me rappelle le rôle qini jouait dans mon enfance. Ah ! quelle place il oc* cupe dans le cœur des marmots auxquels il vend le papier des cocottes; la corde des cerfs-volants, les so'eils et les dragées! Cet homme, qui tient dans sa montre d«^ cierges pour notre enterrement et dans son œil une larme pour notre mémoire, côtoie incessamment notre existence : il vend la plume et l'encre au poète, les couleurs au peintre, la colle à tous. Un joueur a tout perdu, veut se tuer : l'épicier lui vendra des balles, la poudre ou l'arsenic; le vicieux personnage espère tout regagner. ré|)icier lui vendra des cartes. Votre maîtresse vient, vous ne lui oOTrirez pas à déjeuner sans Tintervention de l'épicier ; elle ne fera pas une tache à sa robe qn*il ne reparaisse avec Tempois, le savon, la potasse. Si, dans une nuit douloureuse, vous appelez la lumière à grands cris. ré])icier vous tend le rouleau rouge du miraculeui, de l'illustre Fumade, que ne détrônent ni les briquets allemands, ni les luxueuses machines à soupape. Vous n'allez point au bal sans son vernis. Enfin, il vend l'hostie au prêtre, le cent-sept ans au soldat, le masque an carnaval, l'eau de Cologne d la plus belle moitié du genre humain. Invalide, il te vendra le tabac étemel que tu fais passer de ta tabatière à ton nez, de ton nez à ton mouchoir. de ton mouchoir à ta tabatière : le nei, le tabac et le mouchoir d'un invalide ne sont-ils pas une image de rinûni aussi bien que le serpent qui se mord la queue? Il vend des drogues qui donnent la mort, et des substances qui donnent la vie; il s't^t vendu lui-même au public comme une âme é Satan. Il est l'alpha et l'oméga de notre état social. Vous ne pouvei faire un pas ou une lieue, un crime ou une bonne action, une œuvre d'art ou de débauche, une maîtresse ou un ami, sans recourir à la toute -puissance de l'épicier. Cet honame est la civilisation en bon tique, la société en cornet, la nécessité armée de pied en cap, l'encyclopédie tù action, la vie distribuée en tiroirs, en bouteilles, en sachets. Nous avons entendu préférer la protection d'un épicier à celle d'un roi : celle du roi vous tue, celle de Têpicier fait vivre. Soyez abandonné de tout, même du diable ou de votre mère, s'il vous reste un épicier pour ami, vous vivrez chez lui comme le rat dans son fromage. Nous tenons tout, vous disent les épiciers avec un juste orgueil. Ajoutez : Nous tenons à tout.
Par quelle fatalité ce pivot social, celte tranquiile créature, ce philosophe pratique, cette industrie incessamment occupée, a-t-elle donc été prise pour type de la bêtise? Quelles vertus lui manquent? Aucune. La nature éminemment généreuse de l'épicier entre pour beaucoup dans la physionomie de Paris. D*un jour à l'autre, ému par queliue catastrophe ou par une fête, ne réparait-il pas dans le luxe de son uniforme, après avoir fait de i'oppoidtion en biset? Ses mouvantes lignes bleues à bonnets ondoyants accompagnent en pompe les illustres morts ou les vivants qui triomphent, et sr mettent galamment rn espalitfr.N fleuris à l'entrée d'une royale mariée. Quint à sa constance, elle est fabuleuse. Lui seul a le courage de se guillotiner lui-même tous les jours avec un col de chemise empesé. Quelle intarissable fécondité dans le retour de ses plaisanteries avec ses pratiques ! avec quelles paternelles consolations il ramasse les deux sous du pauvre, de la veuve et de l'orphelin avec quel sentiment de modestie il pénètre chez ses clients d*un
L'ÉPICIER
rang élevé! Direz- vous que l'épicier ne peut rien créer? Ouin^uET était un épicier; après son invention, il est devenu un mot de la langue, il a engendré rindustrie du lampiste.
Ah ! si l'épicerie ne voulait fournir ni pairs de France ni députés, si elle refusait des lampions à nos réjouissances, si elle cessait de piloter les piétons égarés, de donner de la monnaie aux passants, et un verre de vin à la fi-mme qui se trouve mal au coin de la borne, sans vériûer son élal ; si le quinquet de Tcpicier ne protestait plus conirc le gnz son ennemi, qui s'éteint à onze heures; s'il se désaJionnait au Constitutionnel, s'il devenait progressif, s'il déblatérait contre le prix Monthyon, s'il refusait d'être capitaine de sa compagnie, s'il dédaignait la croix de la Légion d'honneur, s il s'avisait de lire les livres qu'il vend en feuilles dépareillées, s'il allait entendre les symphonies de Berlioz au Conservatoire, s'il admiraft Géricaulten temps utile, s'il feuilletait Cousin, s'il comprenait Ballanche, ce serait un dépravé qui mériterait d'être la poupée éternellement abattue, éternellement relevée, éternellement ajustée par la saillie de l'artiste alTamé, de l'ingrat écrivain, du saint-simonien au désespoir. 3Iais examinez-le, ô mes concitoyens! Que voyezvous en lui? Un homme généralemeiU court, joufflu, à ventre bombé, bon père, bon époux, bon maître. A ce mol, arrêtons-nous.
Qui s'est figuré le Bonheur, autrement que sous la forme d'un petit garçon épicier, rougeaud, à tablier bleu, le pied sur la marche d'un magasin, regardnut les femmes d'un air égrillard, admirant sa bourgeoise, n'ayant rien, rieur avec les chalands, content d'un billet de spectacle, considérant le patron comme un homme fort, enviant le jour où il se fera, comme lui, la barbe dans un miroir rond, pendant que sa femme lui apprêtera sa chemise, sa cravate et son pantalon? Voilà la véritable Arcadie î Etre berger comme le veut Poussin n'est plus dans nos mœurs Etre épicier, quand votre femme ne s'amourache pas d'un Grec, qui vous empoisonne avec votre propre arsenic, est une des plus heureuses conditions humaines.
Artistes et feuilletonnistes, cruels moqueurs qui insultez au génie aussi bien qu'à l'épicier, admettons que ce petit ventre rondelet doive inspirer la malice de vos crayons, oui, malheureusement quelques épiciers, en présentant arme, présentent une panse rabelaisienne qui dérange l'alignement inespéré des rangs de la garde nationale à une revue, et nous avons entendu des colonels poussifs s'en plaindre amèrement. Mais qui peut concevoir un épicier maigre et pâle? il serait déshonoré, il irait sur les brisées des gens passionnés. Voilà qui est dit, il a du ventre. Napoléon et Louis XVIII ont eu le leur, et la Cham!)re n'irait pas sans le sien. Deux illustres exemples! Mais, si vous songez qu'il est plus confiant avec ses avances que nos amis avec leur bourse, vous admirerez cet homme, et lui pardonnerez bien des choses. S il n'était pas sujet à faire faillite, il serait le prototype du bien, du beau, de l'utile. Il n'a d'autres vices, aux ytux des gens délicats, que d'avoir en amour, à quatre lieues de Paris, une campagne dont le jardin a trente perches; de draper son lit et sa chambre en rideaux de calicot jaune imprimé de rosaces rouges ; de s'y asseoir sur le velours d'Ulrecht à brosses fleuries; il est l'éternel complice de ces infâmes étoffes. On se moque généralement du diamant qu'il porte à sa cbemise et de l'anneau de mariage qui orne sa main ; mais l'un signiQe 1 homme établi, comme l'autre annonce le mariage, et personne n imaginerait un épicier sans femme. La femme de l'épicier en a partagé le sort jusque dons
l'enfer de la moquerie française. Et pourquoi Ta-t-on immolée en la rendant ainsi doublement victime ? Elle a voulu, dit-on, aller à la cour. Quelle femme assise dans un comptoir n'éprouve le besoin d'en sortir, et où la vertu ira-t-elle, si ce n'est aux environs du trône? car elle est vertueuse : rarement l'inOdélité plane sur la tête de l'épicier, non que sa femme manque aux grâces de son sexe, mais elle manque d'occasion. La femme d'un épicier, l'exemple l'a prouvé, ne peut dénouer sa passion que par le crime, tant elle est bien gardée. L'exigu'ité du local, l'envahissement de la marchandise, qui monte de marche en marche, et pose ses chandelles, ses pains de sucre, jusque sur le seuil de la chambre conjugale, sont les gardiens de sa vertu, toujours exposée aux regards publics. Aussi, forcée d'être vertueuse, s'attache-t-elle taptà son mari, que la plupart des femmes d'épiciers en maigrissent. Prenez un CiibrioKl à l'heure, parcourez Paris, regardez les femmas d'épiciers : toutes sont maigres, pâles, jaunes, étirées. L'hygiène, interrogée, a parlé de miasmes exhalés par les denrées coloniales ; la pathologie, consultée, a dit quelque chose sur l'assiduité sédentaire au comptoir, sur le mouvement continuel des bras, de la voix, sur l'attention sans cesse éveillée, sur le froid qui entrait par une porte toujours ouverte et rougissait le nez. Peut être, en jetant ces raisons au nez des curieux, la science n'a-t-elle pas osé dire que la fidélité avait quelque chose de fatal pour les épicières, peutêtre a-t-elle craint d affliger les épiciers en leur démontrant les inconvénients de la vertu. Quoi qu'il en soit, dans ces ménages que vous voyez mangeant et buvant enfermés sous la verrière de ce grand bocal, autrement nommé par eux arrière-boutique, revivent et fleurissent les coutumes sacramentales qui mettent l'hymen en honneur. Jamais un épicier, en quelque quartier que voas en fassiez l'épreuve, ne dira ce mot leste, ma femme; il dira mon épouse Ma femme emporte des idées saugrenues, étranges, subalternes, et change une divine créature en une chose. Les sauvages ont des femmes; les êtres civilisés ont des épouses; jeunes filles venues entre onze heures et midi à la mairie, accompagnées d'une infinité de parents et de connaissances, parées d'une couronne de fleurs d'oranger toujours déposée sous la pendule, en sorte que le mameluk ne pleure pas exclusivement sur le cheval.
Aussi, toujours fier de sa victoire, l'épicier conduisant sa femme par la ville a-t-il je ne sais quoi de fastueux qui le signale au caricaturiste. Il sent si bien le bonheur de quitter sa boutique, son épouse fait si rarement des toilettes, ses robes sont si bouffantes, qu'un épicier orné de son épouse tient plus de place sur la voie publique que tout autre couple. Débarrassé de sa casquette de loutre et de son gilet rond, il ressemblerait assez atout autre citoyen, n'étaient ces mots : ma bonne amicy qu'il emploie fréquemment en expliquant les changements de Paris à son épouse, qui, confinée dans son comptoir, ignore les nouveautés. Si parfois, le dimanche, il se hasarde à faire une promenade champêtre, il s'assied à l'endroit le plus poudreux des bois de Romainville, de Vincennes ou d Auteuil, et s'extasie sur la pureté de l'air. Là, comme partout, vous le recounaitrez, sous tous ses déguisements, à sa phraséologie, à ses opinions.
Vous allez par une voiture publique à Meaux, Melun. Orléans, vous trouvez en face de vous un homme bien couvert qui jette sur vous un regard défiant : vous vous épuisez en conjectures sur ce particulier d'abord taciturne. Est-ce un avoué ? est-ce un nouveau pair de France? est-ce un bureaucrate? Une femme loafCranl»
L'EPICIER
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4il quVll# iiVtt pi< fnci^re remîsf du choléra. U convi*rMlifkii èViiicaj:!». l/inconmi pivnd U farol^.
é^iiric^ nr {haik^ik^ tii moiwiVwr. ce qui est afiîwsê. ni m'él/ti. r« f|ui »rmMc itiCniment mcprisaot; il a troar^ MMi iriortiphanl M<t«iVii. qui o$t eolre le respect et U |ircilc^ion. riprime m CMi*idtTilit>n, et dooue à sa pw- M>acH* uue )4«eur merTetlleuse. c Nà^îev. Toa« dira- 1 II. |Mti4jiit le cbolen. le» ln»t$ plus iTaods iDèdetiBs Du|Miur«'u. BrMiv$4i« et mô$ien Mafreiidie. ont trakê lenr» Maladr» far de« rroMdes différenU; Umt MMt mors <m à |M^i \^K%. lU n'ont pas «i ce qu'est le cli.^lèn; mai$ le tkuUtM. c'ni «ne maUdie dnot on mevrt. Cfux qne j*ai %«s te pofflatmt drja mal. Ce aKHneoMà. ibôsiev, a fah kKtt d« mal au cMnmerce. »
Vo«> k liondet alors snr la politique. Sa politiqoe se r^uit À ceri : t Misieti, il p«rait qne les ninîtlr» ne •atMl or q«*i t font ! On a koan les ckaiif^. c*ef4 t>n- |a«rs U Mette Hm«. Il m'j aTik qœ sons 1 Eapefraon Ils nllaâfAt kàcn. Xab annû, qori kanaie ! Ca le^n-- U Fraooe a kàcn fcHn. Et dire qn on oe Ta pas an ' » Voos étiopuifi alors cfes refâcier de$ ofil ri|ffhwtiihi. Les
soDS de fUraDsrer sont .'on Eranrîle. Oui. ces détectables refriiii^ frHatés d«î pOiiique ont fhiliîD mal dort répîcerîe *e re**eDiira loDr^onip*. Il sefasscT? prot-élre une centaioe d «DD<'es aTanl q^un éfôofr df Piri> . ceux de li proTÎiK^e vout un f*f a moins 2ti< int$ de la c^noo. entre dans Je FaraJÎ*. Penl-élrc son enrie d ftrf Frasçab l'entra iœ-t-elie tro}' liïîï. I»ien le jn^tTa.
Si le Toya^e était court, m réioctcr ne pariait pus, cas rare, tobs le recr>nnaitnei â sa manir:^ de $e mo«ckfr. 11 met nn ccân de m» mondioir enire $<5 lemes. le rele«-e an centre par nn mooTemenl de ka^ançL^îre. s*eBpoipie map<tralement le nei. et sonoe «ne fanfare â rendre jaloai nn cornet â f4>ton.
O^lq^ses-nns de ces rens qui ont U nanie de ImI crpQ«erfâr3»lenlnn rrand inoonvénient à rêf^icr : «Ha retire, > di<ent-îU. Une fois rrfÎTé. f^rçionne ne loi mit anrone ntilîté. 0^ fah^il? qne derkst^iJ ? 0 est sass intérêt, sans pbr^iooomie. Les dêlett>eHrs de cette dasst de citoyens e^maWles ont léfooda qne pénèraleaeat le fils de répiner devient notaire on a«^nné« jasais ni | tre ni joamaliae. ce qni l'antcviçe à dire aitc < c Tai f9jé ma d«tte an fars. » 0*uid on ffiâcàcr ■*« pns de fiû, il a nn snooe»ear anqnd fl slntièresse* û
LtPICIER.
Venconrtge, il vient voir le montant des ventes journaliércit» et les compare avec celles de son temps; il lui prête de l'argent : il lient encore à Tépicerie par le fll de Tescompte. Qui ne connut la touchante aneodote sur la nostalgie du comptoir à laquelle il est sujet?
Un épicier de la vieille roche, lequel, trf nte ans durant, avait respiré les mille odeurs de son planeher, descendu le fleuve de la vie en compagnie de myriades de harengs, et voyagé côte â côte avec une inflnité de morues, lialayé la boue périodique de cent pratiques matinales, et manié de bons gros sous bien gras; il vend son fonds, cet homme riche au delà de ses désirs, ayant enterré son épouse dans un bon petit terrain à perpétuité, tout bien en régie, quittance de la Ville au carton des
' papiers de famille; il se promène les premiei*s jours dans Paris en bourgeois ; il regarde jouer aux dominos, il va même au spectacle. Mais il avait, dil-il, des inquiétudes. Il s'arrêtait devant les boutiques d*épiceries, il les flairait, il écoutait le bruit du pilon dans le mortier. Malgré lui cette pensée : c Tu as été pourtant tout cela ! » lui résonnait dans Toreille, à l'aspect d'un épicier amené sur le pas de sa porte par l'état du ciel. Soumis au magnétisme des épices, il venait visiter son successeur. L'épicerie allait. Notre homme revenait le cœur gros. Il était tout chote^ dit-il à Broussais en le consultant sur sa maladie. Broussais ordonna les voyages, sans indiquer positivement la Suisse ou ritalie. Apré.<; quelques excursions lointaines tentées sans succès à Saint Germain, Montmorency, Vincennes, le pauvre épicier, dépérissant toujours, n'y tint pins ; il rentra dans sa boutique comme
'' le pigeon de la Fontaine à son nid, en disant son grand proverbe : Je$ui$ comme le lierre, je meun où je m* attache ! 11 obtint de son successeur la grâce de faire des cornets dans un coin, la faveur de le remplacer au comptoir. Son œil, déjà devenu semblable à celui d'un poisson cuit, s*alluma des lueurs du plaisir. Le soir, au café
du coin. Il blâme la tendance de l'épicerie an charlatanisme de r Annonce, et demande i quoi sert d'exposer les brillantes machines qui broient le cacao.
Plusieurs épiciers, des têtes fortes, deviennent mahres de quelque commune, et jettent sur les campagnes nn reflet de la civilisation parisienne Ceux-là commencent alors à ouvrir le Voltaire oo le Rousseau qu'ils ont acheté, mais ils meurent â la page 47 de la notice. Toujours utiles â leur pays, ils ont fait réparer un abreuvoir, ils ont, en réduisant les appointements du curé, contenu les envahissements du clergé. Quelques-uns s'élèvent jusqu'à écrire leurs vues au Constitutionnel, dont ils attendent vainement la réponse; d'autres provoquent des pétitions contre l'esclavage des nègres et contre la peine de mort.
Je ne fais qu'un reproche à l'épicier : il se trouve en trop grande quantité. Certes, il en conviendra lui-même, il est commun. Quelques moralistes, qui l'ont observé sous la latitude de Paris, prétendent que les qualités qui le distinguent se tournent en vices dès qu'il devient propriétaire. Il contracte alors, dit-on, une légère teinte de férocité, cultive le commandement, l'assignation, la mise en demeure, et perd de son agrément. Je ne contredirai pas ces accusations, fondées, peut-être, sur le temps critique de l'épicier. Mais consulte! les diverses espèces d'hommes, étudies leui's bizarreries, et demandez- vous ce qu'il y a de complot dans cette vallée de misères. Soyons indulgents envers les épiciers I D'ailleurs, où en serions-nous s'ils étaient parfaits? il faudrait les adorer, leur conGer les rênes de l'Etat, au char duquel ils se sont courageusement attelés. De grâce, ricaneurs auxquels ce mémoire est adressé, laissez-les-y, ne tourmentez pas trop ces intéressants bipèdes : n'avei-vous pas assez du gouvernement, des livres nouveaux et des vaudevilles?
LES
PEINTS PAR EUX-MÊMES cCPo.^^ ^.3