‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 205 sur 269 · Y^R DE THÉÂTRE · texte numérisé non relu

Y^R DE THÉÂTRE

TJINOT

nlre la direction d'un théâtre et le gouvernement d^iin peuple, il n'y a que la dilTérence du petit au {iprand. Une direction dramatique est Timnge en miniature et la Bdéle représentation de la royauté •' un théâtre est un petit royaume complet, iite espèce de forme gou?ememenjarchie, la république, etc., etc., mme tous les autres royaumes de !, aux révolutions et aux usur-

quelques théâtres régis par un ôt est roi absolu, tantôt roi con- (ue absolu est celui qui est maiaire du privilège, et unique proon. Ces rois par la grâce de Dieu •s plus rares, et, pour en trouver ui dans l'empire du vaudeville et aller bien loin sur la ligne des e bien petites portes, et s*adrestacle qui tiennent dans le monde 9ccupe en Europe la principauté

nce directoriale est temoérée par s qui a droit d*examen et de cone, ne touche et ne concerne que ;re, et laisse au directeur le gout la royauté des planches. La sou- )! voilà le pouvoir envié, fêté, , malgré bien des désastres, ne mrs. Les trônes sont si rares ! il

est si doux de commander, d'administrer, d*avoir un peuple d'artistes, d'auteurs, de machinistes, d'actionnaires, d'avoir des favoris et des courtisans, d'être Ontté, d'être trompé, de faire des lois et des coups d'Etat. En perspective, ce pouvoir est tout semé de Heurs et d'enchantements; mais, quand on y arrive, lorsqu'on tient le gouvernail, c'est autre chose.

Quelques hommes riches et blasés ont eu la fantaisie d'en essayer : fatale pensée qu'ils ont payée bien cher! D'habiles nauloniers qui avaient résisté aux tempêtes do la Bourse ont été renversés par l'oroge qui tombe des frises et par le vent qui s'échappe de la niche dn souffleur. L'une de ces victimes occupe aujourd'hui un mince emploi dans le théâtre qu'elle avait fait construire à ses frais, et où elle a englouti un million en quelques mois.

Nous sommes au siècle des spéculations, â l'époque où chacun veut s'enrichir vite, et où les moindres idées se monétisenl; il ne faut qu'une bonne inspiration, un rêve, une de ces pensées imprévues qui se trouvent quel* quefois au fond d'un verre de vin de Champagne, pour faire passer un homme de la pauvreté â l'opulence. Le génie industriel, dans son effervescence, s'est appliqué d tout, et nous avons vu des gens a systèmes hardis aborder la carrière des directions théâtrales avec des idées entièrement neuves et des plans gigantesques.

Cette variété de l'espèce nous a donné le directeur dandy, administrateur en gants jaunes et en bottes vernies, apportant au théâtre les façons exquises et les susceptibilités de la haute fashion financière. Lors de son avènement au pouvoir directorial, le lion fut accueilli dans son théâtre avec le cérémonial usité. De même que nenri lY, à son entrée à Paris, — ainsi que nous le voyons dans le tableau de Gérard, — reçoit les cle& de sa capitale, que les magistrats lui apportent respectnea* sèment, le directeur reçut, comme signe de sa toutepuissance, la clef de la petite porte qui communique de la salle dans les coulisses.

p«dh Imp. de Edouard Blot, me Saiot-Lovii, 4fi»

LA HALLE

de sa hoUe ou de sa broueUe, il s*cn tient toujours un dans le voisin;ipe de celui (^ui acliète en gros ; ayez l'air d*un maître d'hôtel ou d'un cuisinier, vingt bouches vont s'ouvrir sur votre passage pour dire : « Bourgeois, voilà le porltur, le voila ! » Vous seriez un simple observateur, qup cette allocution vous poursuivr.iit ( ncorc; elle sonilile alors vous avertir ironifiuement que votre place n'est pas dans cet endroit, où vous n*ave* que f.iire. A peine lui a-t on confié un f.trde.iu, que le porteur prend S'in l'ian < t se met à femlri* la presse. Malheur aux paniers, aux fruits, aux potN de Heurs qu'il rencontre sur sa route; niiilht ur û vos jambes et aux pans de votre habit; car la politesse n*est pas la plus brillante de ses qualités. 11 va droit devant lui, sans s'arrêter, avec le même sans-façon que s'il était dans une rue déserte. Ici, il renverse un tas de poires; là, une pyramide d'oignons; plus loin, une femme, deux, trois; il va toujours sans prendre garde aux Tonnerre du diable! dont on le salue, et auxquels il répond par cette apostrophe : Vieux hibou! as'tu les yeux sur ton...? Le reste se perd dans le bruit de la foule.

A côté de ces vendeurs, de ces acheteurs, de ces hommes de peine, qu'une même exigence, la cuisine, réunit chaque matin dans les halles de Paris, viennent encore se placer une multitude de petits commerçants qui spéculent sur la vente du paysan, et lui offrent, en échange de l'argent qu*il vient de recevoir, les petits approvisionnements de son ménage. Ce sont des marchands de souliers, de sabots, de cuillers de bois, de couteaux, de haches , de seaux , de mouchoirs à vingt sous les deux, de fil, d'aiguilles, d'épingles; on y voit jusqu'aux éternels crieurs d'allumettes chimiques à deux sous la bjitc. Taudis que vous mettez tous vos soins à ne point poser votre pied sur les poires et les marchandes renversées, vous vous sentez inondé tout à coup de petits rubans blancs qui semblent descendre des nuages sur votre tête, comme la pluie d'or sur la belle Danaé. C'est un mar-

chand ambulant qui proBêne une perche du hnt quelle des milliers de lacets descend*. Dt, et ear^i tête des passants comme sur les vagues de 1 tjc démarche est grave, il porte la tèle haute, et i- .«on cri : Lacets! lacets! il dirige sa perche avec ; et intelligence, aussi fier qu'un sacristain chir: bannière où brille l'image du saint de sa paro « fois, cependant, il arrive que le beat des tarer . dans la bouillotte du cafetier ou dans la poê> dr chaude de saucisses, dont les établissement» > brcux à la halle, et y jouissent d'une consiitrii • distinguée.

Au marchand de lacets succèdent d*autre« i**.! . Les uns distribuent des prospectus : autour dV: pressent les paysannes, qui. pour obtenir I»; ; r^ primé, crient à tue-téle : À moi! à moi qui sau i A moi, doni les enfants apprennent à lire chez . naud, le maître d'école du village! Ces prosf^. nonccnt des pillules merveilleuses, des remeJ» i blcs, les consultations gratuites du docteur Ci. D'autres chantent, au milieu du brouhaha. VAp» de Napoléon, la Colonne de Juillet, en s'aa-osf avec un orgue de Barbarie. Plus loin s'avance u \ dont la voix de tonnerre, sentant quelque p<^ gomme, domine, comme le Quoi ego de Neptiiof. 1 péte de la foule; il lient à la main un certain a-e petits cahiers, et répète son éternel reTrain : Lu compliments pour le Jour de Van! Manière im lettres et des compliments à a on père, à sa um. < oncle, à sa tante, à son parrain, à ia snarraiMf. très bienfaiteurs! Douze pages d'impreuiompeer sous!

Vous qui désirez connaître Paris» toos eonrae ner ses quais, ses ponts, ses promenades d Kfi| clés : allez visiter ses halles, et vous le vcnti coa est, comme il a été il y a des siècles» eoHKi quand vos os serviront de jouets à toi peliliJii.

LE DIRECTEUR DE THÉÂTRE

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