‹ Les Franciscains et le CanadaChapitre 2 sur 344 · LETTRE DE S. E. LE CARDINAL BÉGIN · texte numérisé non relu

LETTRE DE S. E. LE CARDINAL BÉGIN

Vous nous montrez, tout d’abord, que l’illustre Champlain, après l’établissement de la colonie à Québec, n’est pas content de son œuvre tant qu’il ne lui a pas assuré un des éléments les plus nécessaires à son développement : l’intime coopération de l’Eglise, dont peu d’hommes ont compris aussi bien que lui l’influence salutaire. Nous voyons alors, dans vos pages, l’action de la Providence qui dirige le choix de Champlain sur des enfants de saint François, les Récollets. Ces dignes fils du Patriarche d Assise, tout animés qu’ils sont du plus beau zèle apostolique, ne veulent cependant recevoir que de Rome, source de tout pouvoir religieux, la mission sainte de venir établir la foi dans ce pays nouveau. Et l’on peut donc se réjouir de voir notre Eglise canadienne, dès ses origines, s’attacher comme obstinément au Pontificat romain. Ce fait si important et si consolant, et tout à la gloire de vos Pères, vous l’établissez dans votre histoire par des documents que l’on ignorait jusqu’ici.

Puis, vous esquissez, comme en une série de tableaux, l’arrivée, les premières impressions, les travaux immenses de nos premiers missionnaires. Nous y suivons jusque dans la région des Grands Lacs ces Récollets, véritables pionniers de la foi et de la civilisation, de 1615 à 1629. Leurs noms, à tous, brillent dans nos annales : car tous se montrèrent dignes de la mission qui leur avait été confiée.

Votre livre m’est particulièrement agréable en ce qu’il rappelle les commencements de notre belle Eglise de Québec. Dans vos pages, nous voyons arriver ici les premiers prêtres qui aient apporté à notre peuple

LETTRE DE S- E. LE CARDINAL BÜiGIN

encore au berceau les consolations de la religion. Un sanctuaire s’élève bientôt au 'pied du Cap Diamant. Le Dieu de V Eucharistie y établit sa demeure'; de là, sous notre ciel canadien, les eaux salutaires des sacrements se répandent, la lumière de la foi y resplendit, la voix de la vérité s’y fait entendre : c’est l’Eglise de Québec, mère de toutes les Eglises de l’Amérique du Nord, qui prend naissance, se fortifie, se développe et commence son œuvre de civilisation et de salut.

En nous rappelant ces débuts si pénibles, ces travaux si durs de la première heure, vous accomplissez un acte de justice envers les fondateurs de notre Eglise canadienne. Personne n’a le droit, chez nous, d’ignorer ou d’oublier les luttes et les souffrances au prix desquelles la foi a pris racine dans notre pays.

Et il se trouve que votre ouvrage, en paraissant au début de l’an 1915, revêt un spécial caractère d’opportunité. Ce fut en 1615 que les Récollets vinrent ouvrir la mission du Canada. Le troisième centenaire de ces grands évènements religieux s’imposera à l’attention de tous ceux qui se réjouissent et rendent grâces à Dieu de ces trois cents ans de foi reçue, conservée, développée et fortifiée. Il arrive donc au bon moment, votre ouvrage, pour faire revivre dans toutes les mémoires le souvenir de ces Pères Récollets, qui furent les premiers éducateurs de notre peuple dans la foi. C’est le premier monument élevé chez nous en l’honneur des fils de François d’ Assise que, voilà trois siècles, le Vicaire de Jésus-Christ envoyait en nos pays lointains, pour y conquérir à l’Eglise et à Dieu

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