Sagard, Hist. du Canada, p
près de quinze ans, il défrichait cette portion de la vigne du Seigneur avec un zèle et une persévérance inlassables. Il avait vu commençer ces missions, il assistait maintenant attristé à leur destruction, momentanée, espérait-il, et cette espérance consolait sa douleur.
A Tadoussac, ils retrouvèrent les Jésuites, Champlain, ainsi que Boullé et Emery de Caen. Ces deux derniers avaient été pris par les Anglais vers la Malbaie. Quant au sieur de Razilly, sur lequel les dernières espérances des Français s’arrêtaient encore, il n’arrivait pas et ne devait jamais venir. Avant son départ de France, la paix entre ce pays et l’Angleterre avait été conclue le 24 avril 1629, et la commission du sieur de Razilly avait été révoquée et changée en une autre au Maroc.
Deux autres expéditions pour ravitailler Québec n’arrivèrent pas non plus à destination ; le capitaine Daniel, de Dieppe, parti avec quatre navires et une barque bien approvisionnée, perdit son temps au Cap-Breton et revint en France.
Le Père Noyrot, Jésuite, avait aussi préparé un armement considérable. Le Père Charles Lalemant, le Père de Vieuxpont, le Frère Louis Malot et plusieurs séculiers avaient pris place dans son navire. Malheureusement, une tempête les assaillit et leur fit faire naufrage près de Canseau. Le Père Noyrot y périt ainsi que le Frère Malot et quatorze passagers.
La flotte anglaise de Tadoussac mit à la voile à la mi-septembre. Le 18 octobre, dit Sagard, le 20, d’après Champlain, elle atteignit Plymouth
PRISE DE QUÉBEC
en Angleterre. On séjourna cinq ou six jours en cet endroit ; là fut connue la ratification de la paix conclue entre la France et l’Angleterre1 ; “ ce qui fâcha grandement Kirke2. ” Le navire portant les Français repartit le 25 octobre, dit Champlain, et se rendit à Londres, ajoute Sagard ; d’après celui-ci, les Récollets furent embarques dans de méchants bachots jusques à Douvres et de là à Calais où ils arrivèrent avec la grâce de Notre Seigneur, le lundi, 29èrae jour d’octobre 1629, environ les dix heures du matin, puis de leurs pieds eu notre couvent de Paris, où ils rendirent grâces à Dieu qui avait pris soin de leur conservation, auquel soit honneur, gloire et louange au siècle des siècles. Amen3. ”
1. Le traité de paix fut conclu à Suze le 24 avril 1629 et ratifié le 16 septembre de la même année.