Leclercq, Premier établissement de la foy, i, p
festa le désir d’accompagner les explorateurs1. ” Il fit un premier voyage avec Mr de Monts en Acadie où ils arrivèrent en mai 1604. Cette première exploration dura jusqu’en 1607. Louis Hébert retourna en Acadie en 1610, et y demeura jusqu’en 1613 alors que les Anglais ayant détruit les établissements de Saint-Sauveur et de Port- Royal, Hébert rentra en France. Lui et Champlain se connaissaient déjà. Rien d’étonnant dès lors que le fondateur de Québec fut heureux de trouver dans Louis Hébert un ferme appui pour sa colonie.
Au printemps de 1617, on se mit en devoir de repasser l’océan. Champlain, les Récollets, Louis Hébert, Marie Rollet sa femme, Guillaume, Anne et Guillemette, leurs enfants, se rendirent à Honfleur. Le navire, commandé par le Capitaine Morel, Dieppois, leva l’ancre le 11 avril 16172.
Leclercq, qui nous paraît avoir lu des lettres envoyées en France par des passagers, raconte ainsi ce voyage.
“ La traversée fut longue et dangereuse. Les orages et les tempêtes les réduisirent souvent au danger extrême ; mais le péril le plus évident et qui leur causa de plus fortes appréhensions, fut à deux ou trois cents lieues du Canada0, où ils rencontrèrent un banc de glace d’une étendue et d’une hauteur prodigieuse, qui, paraissant tout à coup dans la
1. Mr l’abbé A. Couillard-Desprez, La première famille française au Canada, Montréal, 1907, p. 16.
2. Leclercq, Premier établissement de la foy, i, p. 105. Sagard met le 11 mars, mais la plupart des auteurs ont suivi Leclercq.
3. “ Environ 60 lieues en deçà du grand banc ” de Terre-Neuve. Sagard, Hist. du Canada, p. 33.
LE PREMIER COLON CANADIEN
brume, comme une grosse montagne, venait fondre sur le navire avec une vitesse incroyable, causée par la violence et la rapidité des courants. Plusieurs glaçons d’une grosseur extraordinaire, détachés de la masse, paraissaient comme des châteaux élevés les uns sur les autres et comme des villes de cristal par la diversité et la hauteur de leurs figures. Le passage était fermé de plus de quatre-vingt-dix lieues de chemin ; en sorte qu’ils furent obligés de s’écarter de leur route pour cotoyer ces montagnes de glace, toujours entre la vie et la mort, la moindre partie de cette masse étant capable de briser les plus forts navires.
Dans une consternation si générale, le Père Joseph, voyant que tout le secours humain n’était point capable de les délivrer du naufrage, demanda très instamment celui du ciel par les vœux et les prières qu’il fit publiquement dans le vaisseau. Il confessa tout le monde et se mit lui-même en état de paraître devant Dieu. On fut touché de compassion et sensiblement attendri, quand la dame Hébert éleva par les écoutils le plus petit de ses enfants afin qu’il reçut, aussi bien que tous les autres, la bénédiction de ce bon Père. Ils n’échappèrent que par miracle, comme ils le reconnurent par
les lettres écrites en France . Ils arrivèrent
enfin heureusement à Tadoussac, après plus de trois mois d’une navigation très dangereuse1.
“ On avait déjà prié Dieu pour eux à Québec, les croyant morts et submergés, lorsque Dieu leur
1. Leclercq, Premier établissement de la foy, i, p. 105 à 108.
fit la grâce de les délivrer et leur donner passage
pour Tadoussac . D’exprimer les actions de
grâces qu’ils rendirent à Dieu, à la Sainte Vierge et aux saints, il serait impossible, puisque leur obligation était comme des morts ressucités en vie par leur bénéficence1. ”
Le Père Le Caron ne séjourna pas à Tadoussac, mais se rendit aussitôt en chaloupe à Québec. Le Père Huet bâtit à Tadoussac une chapelle avec le concours des matelots et du capitaine Morel. Elle fut faite de perches, de rameaux et de feuillage.
' Le Récollet y dit la messe, la première qui paraît avoir été célébrée en cet endroit2 3 4. Les passagers et l’équipage y assistèrent, le capitaine fit tirer le canon, puis il donna à dîner à tous les catholiques. Les vêpres furent chantées solennellement ; et on fit voile pour Québec, où on les attendait avec impatience. Les vivres devenaient rares et l’on comptait sur la cargaison du navire ; mais outre que les associés avaient visé à l’épargne, la traversée, très longue, avait épuisé une grande partie des vivres ; voilà pourquoi il ne fut délivré “ qu’un baril de lard avec très peu de provisions que le sieur Hébert et quelques autres passagers avaient amenés pour leur compte’. ” Aussi, Sagard peut-il écrire, en toute vérité, qu’à Québec, il y eut “ force croix et peu de
pain .
Louis Hébert, venu avec les siens pour s’établir