LA MARQUISE
Jen profiterai certainement, monsienr Adam, et je vous en remercie.
Si M. de Girardin a prétendu, en écrivant sa comédie, venger le million des lazzis de la pauvreté et honorer sa propre fortune acquise au prix de tant de soins et de travaux, il n a pas réussi. Ce n'est pas le raisonnement qu'il faut, en pareille matière, et je sais , pour mon compte, une simple petite anecdote qui vaut bien mieux, à mon sens, que la comédie de M. de Girardin, et réhabilite les millions beaucoup mieux que les discours de M. Adam.
Quelqu'un sortait un jour de chez M. de Girardin.
— « Qu'ail îez-vous faire ici? demandai -je au visiteur. »
— « Je venais demander on service, »
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* — « El que VOUS a répondu M. de Girardin?
— « Je ne rends pas de services. »
M. de Girardin se calomniait. Économiste, il oubliait que les services s'échangent contre des services, et que c'est à peu près tout le mécanisme des sociétés liumaines. Moraliste, il oubliaities préceptes de TÉvangile; homme du monde, ceux de la courtoisie.
Mais, par défi, par esprit d'antithèse, par caprice, peut-être, il avait dit : Je ne rends pas de services.
Or, il advint qu'un jour un jeune homme se présente chez M. de Girardin et lui raconte rhistoire suivante :
— « Monsieur, je viens d'obtenir un grade dans la chirurgie militaire. Je dois partir pour la Crimée. Malheureusement pour moi, mon oncle, le major, vient de mourir, et je ne sais plus comment me rendre à ma destination, ayant manqué le départ des navires de l'État. »
— « Eh bien, que voulez-vous que j'y fesse? »
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— « J'espérais, Monsieur... je voudrais...»
— « Vous voudriez que je vous servisse d'oncle? »
— « Oui, Monsieur. »
— « Cest très-extraordinaire. Et combien votre oncle devait-il vous envoyer pour ce voyage?»
— « Quinze cents francs. »
— « Comment, Monsieur, vous venez à moi sans recommandation, sans me connaître, et vous me demandez quinze cents francs I »
-- « Ma carrière est perdue si je ne puis partir, réplique le jeune homme. »
— « Peu suis fâché ^ mais il vient ici vingt personnes par jour m'apporter de pareilles demandes. La fortune de M. de Rothschild n'y suffirait pas. Je ne puis pas.
Monsieur, vous rendre le service que vous me demandez. »
Au lieu de prendre congé, le jeune honmie reste sur sa chaise et fond en larmes.
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— « Ah ça I c'est donc sérieux? dit M. de GirardÎD surpris. »
£t, voyant que les pleurs continuent :
— « Puisque c'est comme cela, dit-il, voilà vos quinze cents francs. »
FIN
En vente à la mime LihrairU: