GRANDE LOGE SYMBOLIQUE
Il serait fastidieux de reproduire encore ici les Statuts du Rite de Misraïm et ceux de la Grande Loge Symbolique^; le lecteur est suffisamment édifié par la lecture des Constitutions et Règlements du Rite Fran- i çais et du Rite Ecossais Ancien Accepté, les deux plus importantes autorités maçonniques de France.
Dans cette œuvre de révélations, je négligerai beaucoup la branche misraïmite de la Franc-Maçonnerie, nonpasque je possède sur elle moins de renseignements que sur les autres, mais parce que le Rite de Misraïm, délaissé par les Frères Trois-Points, est appelé à disparaître dans un bref délai.
Quant à la Grande Loge Symbolique, il n'y a pas
I. Néanmoins, on trouvera, à titre de document curieux, les Statuts du Rite de Misraïm dans l'Appendice qui sera le complément du présent onvraçre.
lieu de s'en occuper; elle ne constitue ni un Rite nouveau ni une puissance nouvelle. Il n'y a, dans la formation récente de cette fédération, qu'une manœuvre habile du Grand-Orient de France pour amener à lui une partie des Loges du Rite Ecossais.
Le procédé est celui-ci :
Quelques Loges écossaises, mécontentes de leur Suprême Conseil, se sont syndiquées en Grande Loge dissidente ; et, pour donner à cette scission un prétexte d'utilité, les chefs du mouvement ont proclamé, à l'origine, qu'ils n'avaient d'autre but que celui d'opérer une réforme en supprimant chez eux les hauts grades, jugés inutiles, disaient-ils. Aussi, les Ateliers dissidents, ne conférant que les trois grades d'initiation (Apprenti, Compagnon et Maître, dits grades symboliques), ont donné à leur Grande Loge Centrale ce qualificatif de Symbolique pour bien marquer leur prétendu but de réforme.
Le Grand-Orient de France s'est empressé de reconnaître la fédération dissidente, tandis que le Suprême Conseil l'anathématisait et lui lançait toutes ses foudres. Plusieurs Loges écossaises ont été coupées en deux, grâce à cette manoeuvre; on les retrouve sous le mcme titre, une moitié restée fidèle au Suprême Conseil, et Tautrc moitié rangée sous la bannière insurrectionnelle de la Grande Loge Symbolique.
Cette situation, cependant, ne peut durer.
Les Frères Trois-Points de la Grande Loge Symbolique, ayant renoncé aux hauts grades, ont été aussitôt victimes de leur manifestation bruyante. En effet, comme ceux d'entre eux qui sont le plus avancés en Maçonnerie ont seulement le grade de Maître, ils sont uniquement reçus, au rite français, dans les Ateliers d'ordre inférieur, c'est-à-dire dans les Loges travaillant du i*"" au 3* degré; ils ne peuvent pénétrer ni dans les
Aréopages ni même dans les Chapitres. Au contraire, le Grand-Orient a soin de faire visiter les Loges de la tédcralion dissidente par des maçons haut grades du Rite Français. D'où il résulte que dans les Arricre-Logcs on sait tout ce que font les dissidents Symboliques et que ceux-ci ne savent absolument rien de ce qui se triture dans les Arrière- Loges. Le lecteur verra, par la suite de cet ouvrage, que la vraie maçonnerie est toute dans certains hauts grades^ quoi qu'en disent les intéressés et quoi qu'en pense la masse des dupes.
C'est pourquoi les chefs de la Grande Loge Symbolique, ayant l'air de reconnaître leur erreur, s'occupent en ce moment de constituer un Chapitre de Rose-Croix.
Et c'est bien là ce qui prouve que leur scission est une manœuvre et que leur renoncement aux hauts grades n'a été, chez la plupart, qu'une comédie. Ils viennent à ces titres qu'ils rejetaient; et ils y viennent, parce qu'ils savent bien que ces titres, sous Tabri très habilement imaginé de leur extérieur risible, cachent des fonctions secrètes des plus sérieuses.
La Grande Loge Symbolique, après avoir détaché du Suprême Conseil du Rite Ecossais le plus de Loges et de maçons qu'elle pourra, se ralliera au Grand- Orient de France, en invoquant un besoin d'unification générale. On se sera séparé du Suprême Conseil, sous prétexte de renoncement aux hauts grades; une fois la séparation accomplie, on rétablira tous les hauts grades dans les Loges de la nouvelle obédience; et, iine fois les hauts grades rétablis, on passera avec armes et bagages au Grand-Orient, sous prétexte de centralisation des forces maçonniques.
Je ne veux, pour prcLive de ce que j'avance, que le toast porté, le 14 septembre 18S4, par le délégué de la Grande Loge Symbolique au banquet qui clôtura 1q Gonvent annuel du Grand-Orient de France. ::
M. Goumain-Cornillc, représentant de la Grande Loge Symbolique, se trouvant au milieu des Maçons du Rite Français, prononça les paroles suivantes (citation textuelle) :
« Pour la deuxième fois, le Grand-Orient de France re'unit au bimquet de clôture du Couvent les garants d'amitié des diverses puissances maçonniques. C'est là un te'moignage visible de l'accord et de l'esprit de fraternité qui existent entre ces quatre grandes puissances maçonniques de la l'rance.
€ Je suis heureux et fier, comme représentant de la Grande Loge Symbolique, de pouvoir témoigner devant vous que votre collaboration n'a pas été absolument étrangère à ce rapprochement des puissances maçonniques qui ont été longtemps éloignées. C'est là, mes Frères, le point de départ, le prélude d'une idée nouvelle; mais il nous faut aller plus loin. Il y a deux ans, au sein du Grand-Orient de France, l'accord avec les représentants de la Grande Loge Symbolique était près de se faire, la question de l'unification de la l'Yanc-Maçonncrie française a été agitée. Cette question n'a pas été résolue, parce qu'elle n'était pas mûre mais elle se résoudra plus tard et portera des fruits que nous serons heureux de récolter pour le bien de la France et le progrès de l'humanité. {Vifs appL^tidissctnents.) En France, nous ferons bien mieux avec l'unification des forces et nous marcherons plus sûrement, avec la cohésion, vers le but que nous nous proposons.
« Jusqu'à présent, dans le monde profane, nous avons résisté et nous avons bien fait, contre cet esprit de centralisation ; je crois qu'en Maçonnerie, nous ne devons pas combattre la centralisation. Nous devons, au contraire, aller vers l'unification. {AppLiiiJisscments.)
« La raison, la voici :
0 C'est que dans tous les Ateliers, dans toutes les Loges, niHis poursuivons le même but : l'émancipation de l'esprit humain, le progrès et le développement des idées contre le cléricalisme.
« Or, le cléricalisme, il est un, il n'a pas de formes multiples, et comme nous l'attaquons, nous risquons de livrer des combats isolés et qui ne seraient pas aussi décisifs que nous pourrions l'espérer.
« Voilà pourquoi, sans creuser davantage cette idée, je vous demande de vous joindre à moi pour porter un toast à la re'union des quatre puissances maçonniques en une seule et vaste Confédération. » {Triple salve d'applaudissements. Bravos prolongés.)
Ainsi, il est parfaitement inutile de s'occuper particulièrement, dans cet ouvrage, de cette fédération dissidente destinée à se fondre bientôt au sein du Grand- Orient, inspirateur secret de sa dissidence.
On trouvera toutefois, à l'Appendice de cet ouvrage, la nomenclature de ses Loges et leurs jours et lieux de réunion.
Je ne saurais trop recommander aux personnes qui s'intéressent à l'étude de la Franc-Maçonnerie une lecture attentive, réfléchie, des Constitutions et Règlements qui ont fait l'objet de ce chapitre.
Lisez et relisez ces innombrables articles, sans vous laisser rebuter par l'aridité apparente du sujet. A chaque lecture nouvelle vous découvrirez tels points spéciaux, tels aperçus à peine visibles, qui vous auront échappé aux lectures précédentes; bien des mystères de cette organisation vraiment satanique apparaîtront à votre esprit, nettement dégagés de tout le fatras nuageux des mots ronflants qui les dissimulent.
Du reste, une méditation approfondie de ces Statuts est nécessaire pour l'intelligence complète des chapitres qui vont suivre.
cx^^iLo