LA CARICATURE
Tableau d’Adriaan Van Ostade. — (Collection de M . le baron Alphonse de Rothschild.’ — (Smith, t. IX, p. 1 1 5, n° 1 2t.)
LES ARTISTES CELEBRES
— qui rapportait, bon an mal an, des millions de florins — employait, chaque printemps, un nombre invraisemblable d’esquifs, et quand cette flottille partait, protégée par vingt bâtiments de guerre, on tirait le canon, on faisait, dans les églises, des prières solennelles pour que l’expédition fût couronnée de succès. Amsterdam, Leyde et Harlem tissaient du drap pour toute l’Europe; l’entrepôt des vins de France et des vins du Rhin, installé aux étapes de Middelbourg et de Dordrecht, valait beaucoup d’argent au pays; on taillait le diamant dans les provinces méridionales, on cultivait les fleurs exotiques dans celles du Nord et, une à une, les villes s’agrandissaient, devenaient riches à ne savoir que faire de leur fortune. Mais ce n’était pas seulement les villes qui prospéraient : en cette ère d’or, si heureusement ouverte par la chute des Espagnols, les commerces rustiques prirent, en Hollande, une extension inouïe : le bétail et les chevaux de Frise s’exportaient en Allemagne, en Angleterre, en Norwège; de même, ses volailles, ses œufs, son beurre, ses fromages, et la Zélande troquait la tourbe de ses marnières contre de beaux écus sonnants; enfin, les vaisseaux marchands de la nouvelle nation menaient son commerce jusqu’aux confins du monde et, sillonnant les mers lointaines, ses armées navales, commandées par des amiraux de la valeur de Ruyter et de Tromp, faisaient flotter glorieusement son pavillon sous les cieux roses des Antipodes.
Avec le droit de penser que lui laissait sa religion de libre examen, le peuple, un instant détourné des préoccupations, des agitations de la guerre, se laissa aller à exprimer ses sentiments selon son goût, et il se trouva que ce goût était simple, sain, honnête et calme, avec un peu d’humour.
11 apparaît absolument caractérisé chez les artistes de cette première moitié du xvue siècle, qui vit l’aurore et l’incomparable éclat de Rembrandt : rien n’a mieux le parfum de son temps que ces tableaux de petits maîtres, où tout est si pacifique et si terre à terre, où les personnes, les bêtes et jusqu’aux intérieurs, jusqu’aux sites choisis, tout est tranquille, prosaïque, harmonisé dans un solide équilibre matériel, dans une grande quiétude morale. Les peintres hollandais de cette période résument bien l’état d'esprit de leurs compatriotes, en s’appliquant plus particulièrement à la représentation des scènes de la vie familière; ils y introduisent le personnage original et typique de la société en formation : le bourgeois, et en feront un modèle de fine analyse, de sincérité