‹ Les frères van OstadeChapitre 34 sur 48 · ATELIER DE PEINTRE · texte numérisé non relu

ATELIER DE PEINTRE

Réduction d’un dessin au lavis d’Adriaan Van Ostade. — (Musée du Louvre )

considérer; c’est le Paysan payant son écot, piquante étude de mœurs, où l’on voit poindre toute la ruse, toute l'avarice campagnardes sur le visage du rustre qui, au moment de quitter l’auberge où il a trouvé un gîte, règle son compte à la servante, avec un regard de méfiance pour les clients demeurés en la salle commune et dont il redoute peutêtre les entreprises...; enfin, c’est le Pêcheur à la ligne , tout jeune, planté avec son petit frère qui tient un grand panier, sur un pont de bois, au-dessus de l’immobile canal où il a jeté l’hameçon. Mais, nouveaux décors, nouvelles impressions : voici la Tendresse champêtre , figurée par un gros garçon à l’air timide, aux joues rebondies, qui a entraîné dans une profonde embrasure une jeune personne en bonnet blanc, dont le buste agréable, penché en dehors d’une fenêtre ouverte, se trouve en pleine lumière, alors qu’elle repousse sans conviction son amoureux demeuré dans l’ombre; voici le Fumeur qui, établi devant sa croisée où festonnent des pampres, jouit délicieusement de la tiédeur de l’air, en regardant fuir les spirales de fumée échappées de sa pipe; voici le Charcutier : c’est la nuit ; un paysan a tué son cochon et il le tient sous ses genoux, tandis qu’une femme, un poêlon aux mains, en recueille le sang. Un enfant éclaire la scène à l’aide d’une lanterne portée haut; des groupes sont accourus pour assister à l’événement; et c’est un événement, en vérité, que cette grossière opération de boucherie, auquel le graveur a prêté sa fine science et le mystère de son clair-obscur.

Une si belle série d’eaux-fortes suffirait à la gloire d’un artiste. Mais nous avons vu que la gloire d’Adriaan Van Ostade pouvait revendiquer bien d’autres titres. En effet, il ne fut pas seulement un peintre de premier ordre, un dessinateur et un aquafortiste incomparable, ce fut aussi un éducateur excellent. Le nom de ses élèves en fait foi: c’est, d’abord, son frère, Izaak, lui-même artiste hors de pair, l’un des plus illustres de Harlem, et ce sont encore Cornelis Dusart, le séduisant coloriste qui parfois approcha de très près son maître; Bega, le parfait graveur; Richard Brakenburgh, le peintre un peu mièvre des scènes enfantines.

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