ALBERT DE ROCHAS
La. Connaissance humaine est pareille à une sphère qui grossirait sans cesse ; a mesure qu’augmente son volume , grandit le nombre de ses points de contact avec l’inconnu.
Pascal.
Lecture faite au Congres international du spiritualisme à Londres, le 22 Juin i 8 g 8 .
LECTURE FAITE AU CONGRÈS INTERNATIONAL DU SPIRITUALISME A LONDRES, LE 22 JUIN 1898.
La Connaissance humaine est pareille à une sphère qui grossirait sans cesse; à mesure qu'augmente so7i volume, grandit le nombre de ses points de contact - avec l'inconnu. Pascal.
« Je ne saurais, écrivait Arago dans sa notice sur Bailly, approuver le mystère dont s’enveloppent les savants sérieux qui vont assister aujourd’hui à des expériences de somnambulisme. Le doute est une preuve de modestie et il a rarement nui au progrès des sciences. On n’en pourrait dire autant de l’incrédulité. Celui qui, en dehors des mathématiques pures, prononce le mot impossible , manque de prudence. La réserve est surtout un devoir quand il s’agit de l’organisation animale. »
Malgré ces sages paroles d’un homme de génie, la plupart des savants « qui se continent dans leurs vitrines », persistentà montrer pour tout ce qui se rapporte de près ou de loin aux phénomènes psychiques, une dédaigneuse hostilité dont on jugera par les lignes suivantes relevées dans Le Temps du 12 août 1893, à propos de la suggestion mentale et signées par M. Pouchet, professeur au Muséum de Paris.
« Démontrer qu’un cerveau, par une sorte de gravitation, agit à distance sur un autre cerveau comme l’aimant sur l’aimant, le soleil sur les planètes, la terre sur le corps qui tombe ! Arriver à la découverte d’une influence, d’une vibration nerveuse se propageant sans conducteur matériel !... Le prodige, c’est que tous ceux qui croient, peu ou prou, à quelque chose de la sorte ne semblent même pas, les ignorants ! se douter de l’importance, de l’intérêt, de la nouveauté qu’il y aurait là-de-
dans et de la révolution que ce serait pour le monde social de demain. Mais trouvez donc cela, bonnes gens ; montrez-nous donc cela, et votre nom ira plus haut que celui de Newton dans l’immortalité, et je vous réponds que les Berthelot et les Pasteur vous tireront leur chapeau bien bas ! »
Certes, nous n’en demandons pas tant, mais nous nous rendons parfaitement compte de l’importance de nos recherches ; aussi nous consolons-nous aisément des attaques de M. Pouchet, d’abord parce que nous sommes sûrs des faits et ensuite parce que nous voyons des hommes comme M. Lodge (1) et M. Ochorowicz (2), classés avec nous parmi les « naïfs ignorants », étudier la question et essayer de la ramener à un problème physico-physiologique.
En dehors des nombreuses observations sur lesquelles se sont appuyés ces deux hommes éminents, je rappellerai un cas bien caractéristique, probablement peu connu en Angleterre. C’est celui d’un enfant de sept ans qui a été observé en 1894 par le D r Quintard : cet enfant, dans son état normal, répondait à toutes les questions, résolvait tous les problèmes quelque difficiles qu’ils fussent, pourvu que samère en connût la solution II « lisait la pensée de sa mère » instantanément et sans hésitation, qu’il eût les yeux fermés ou le dos tourné vers elle ; mais un simple paravent interposé entre eux deux arrêtait la communication. Nous sommes donc bien ici sur les confins de la physique et l’explication qu’on peut donner de ce phénomène n’est ni plus ni moins sûre que celle du télégraphe sans fils.
Il ne faut pas trop s’étonner, que des gens qui ont passé
(1) Discours au Congrès de VAssociation britannique pour l'avancement des sciences y 1891.
(2; De la suggestion mentale. — Paris, 1887.
toute leur jeunesse à apprendre des théories établies par leurs prédécesseurs et qui, arrivés à l’âge mûr, sont payés pour les enseigner à leur tour, n’acceptent qu’avec répugnance des nouveautés les forçant à refaire péniblement leur éducation. Il en a été de même à toutes les époques; aussi mon regretté ami, Eugène Nus, avait-il dédié son livre, Choses de l’autre monde :
« Aux mânes des savants brevetés, patentés, palmés, décorés et enterrés, qui ont repoussé La Rotation de la terre,
Les Météorites,
Le Galvanisme ,
La Circulation du sang,
La Vaccine,
L’Ondulation delà lumière,
Le Paratonnerre,
Le Daguerréotype,
La Vapeur,
L’Hélice,
Les Paquebots,
Les Chemins de fer ,
L’Éclairage au gaz,
L’Homoeopathie,
Le Magnétisme , et le reste.
A ceux, vivants et à naître, qui font de même dans le présent et feront de même dans l’avenir ».
Ces savants ont du reste leur utilité : passés à l’état de bornes, ils jalonnent la route du progrès.
S’il fallait n’admettre les faits que lorsqu’ils concordent avec les théories officielles, on rejetterait presqne toutes les découvertes accomplies de nos jours dans le domaine de l’électricité.
« Dans la plupart des sciences, disait en 1890 M. Hopkinson (1), plus nous connaissons de faits, plus nous saisissons la continuité du lien qui nous fait reconnaître le même phénomène sous diverses formes. Il n’en est point de même pour le magnétisme : plus nous connaissons de faits, plus ils offrent de particularités exceptionnelles et moindres semblent devenir les chances de les rattacher à un lien quelconque. »
L’électricité atmosphérique nous offre constamment des phénomènes dont nous n’avons pas la clef et qui se rapprochent tellement de ceux qu’on observe dans les manifestations de la force psychique qu’on est en droit de se demander s’ils ne dérivent pas de la même cause.
Tous, vous connaissez ces globes de feu plus ou moins gros qui se produisent en présence des médiums et qui semblent parfois guidés par une force intelligente. On hausse volontiers les épaules quand nous en parlons. Il y a cependant des phénomènes tout à fait analogues et aussi inexplicables qui se trouvent relatés dans les ouvrages classiques (2) ; je vais en citer seulement quelques uns.
Le premier s’est passé près de Ginepreto, non loin de Pavie, le 29 août 1791, pendant un violent orage avec éclairs et tonnerres. Il est raconté dans une lettre de l’abbé Spallanzani au père Barletti ( Opusc . Tome XIV, page 296).
(1) Discours prononcé, le 9 janvier 1890, à l’Institution des ingénieurs électriciens d’Angleterre, par M. Hopkinson, président annuel.
(2) Parmi ces ouvrages, je citerai eu premier lieu une notice de 404 pages d’ARACio qui se trouve au tome 1" de ses œuvres posthumes sous le titre De Tonnerre et deux volumes du 13* Sestier intitulés . De la foudre, de ses (ormes et de ses effets, 1866. On pourra consulter aussi la Notice sur le tonne n e et les éclairs, par le comte du Moncel, 1857.
A cent cinquante pas d’une ferme paissait un trou peau d’oies ; une jeune fille de douze ans et une autre plus jeune accoururent dé la ferme pour faire rentrer les oies. Dans ce môme pré se trouvait un jeune garçon de neuf à dix ans et un homme qui avait dopasse la cinquantaine Tout à coup apparut sur le pré, à trois ou quatre pieds de la jeune fille, un globe de feu de la grosseur des deux poings qui, glissant sur le sol, courut rapidement sous scs pieds nus, s’insinua sous ses vêtements, sortit vers le milieu de son corsage tout en gardant la forme globulaire et s’élança dans l’air avec bruit. Au moment où le globe de feu pénétra sous les jupons de la jeune fille, ils s’élargiront comme un parapluie qu’on ouvre. Ces détails furent donnés, non par la patiente qui tomba instantanément à terre, mais par le petit garçon et l’homme mentionnés ; interrogés séparément ils rapportèrent le fait identiquement de la même manière. « .T’avais beau leur demander, dit Spallanzani, si, dans le moment, ils avaient vu une flamme, une lumière vive descendre, tomber des nues et se précipiter sur la jeune fille, ils me répondaient constamment non, mais qu’ils avaient vu un globe de feu aller de bas en haut et non de haut en bas.» On trouva sur le corps de la jeune fille, qui d’ailleurs reprit bientôt connaissance, une érosion superficielle s’étendant du genou droit jusqu’au milieu de la poitrine entre les seins ; la chemise avait été mise en pièces dans toute la partie correspondante et les traces de brûlures qu’elle présentait disparurent à la lessive. On remarqua un trou de deux lignes de diamètre qui traversait de part en part la partie des vêtements que les femmes de ce pays-là portent sur la poitrine. Le docteur Dagno, médecin du pays, ayant visité la blessée peu d’heures après l’accident, trouva outre l’érosion déjà signalée plusieurs stries superficielles, serpentantes et
noirâtres, traces des divisions du rameau principal de la foudre. Le pré, à l’endroit même de l’accident, n’a présenté aucune altération, aucune trace du météore.
M. Babinet a communiqué à l’Académie des sciences, le 5 juillet 1852, le second cas dans la note suivante (1) :
« L’objet de cette note est de mettre sous les yeux de l’Académie un des cas de foudre globulaire que l’Académie m’avait chargé de constater il y a quelques années (le 2 juin 1842) et qui avait frappé, non en arrivant, mais en se retirant, pour ainsi dire, une maison située rue Saint-Jacques, dans le voisinage du Val-de-Grâce. Voici, en peu de mots, le récit de l’ouvrier dans la chambre duquel le tonnerre en boule descendit pour remonter ensuite.
« Après un assez fort coup de tonnerre , mais non immédiatement après, cet ouvrier, dont la profession est celle de tailleur, étant assis à côté de sa table et finissant de prendre son repas, vit tout à coup le châssis garni de papier qui fermait la cheminée s’abattre comme renversé par un coup de vent assez modéré, et un globe de feu, gros comme la tête d’un enfant, sortir tout doucement de la cheminée et se promener lentement par la chambre, à peu de distance des briques du pavé. L’aspect du globe de feu était, encore suivant l’ouvrier tailleur, celui d’un jeune chat de grosseur moyenne pelotonné sur lui-même et se mouvant sans être porté sur ses pattes. Le globe de feu était plutôt brillant et lumineux qu’il ne semblait chaud et enflammé et l’ouvrier n’eut aucune sensation de chaleur. Ce globe s’approcha de ses pieds comme un jeune chat qui veut jouer et se frotter aux jambes suivant l’habitude de ces animaux ; mais l’ouvrier écarta les pieds, et par plu-
(1) Comptes rendus , t. XXXV, p. 5.
sieurs mouvements de précaution, mais tous exécutés, suivant lui, très doucement, il évita le contact du météore. Celui-ci paraît être resté plusieurs secondes autour des pieds de l’ouvrier assis qui l’examinait attentivement, penché en avant et au-dessus. Après avoir essayé quelques excursions en divers sens, sans cependant quitter le milieu de la chambre, le globe de feu s’éleva verticalement à la hauteur delà tête do l’ouvrier, qui, pour éviter d’être touché au visage, et en même temps pour suivre des yeux le météore, se redressa en se renversant en arrière sur sa chaise. Arrivé à la hauteur d’environ un mètre au-dessus du pavé, le globe de feu s’allongea un peu et se dirigea obliquement vers un trou percé dans la cheminée, environ à un mètre audessus de la tablette supérieure de cette cheminée.
» Ce trou avait été fait pour laisser passer le tuyau d’un poêle qui, pendant l’hiver, avait servi à l’ouvrier. Mais, suivant l’expression de ce dernier, le tonnerre ne pouvait pas le voir, car il était fermé par du papier qui avait été collé dessus. Le globe de feu alla droit à ce trou, en décolla le papier sans l’endommager et remonta dans la cheminée ; alors, suivant le dire du témoin, après avoir pris le temps de remonter le long de la cheminée « du train dont il allait » c’est-à-dire assez lentement, le globe, arrivé au haut de la cheminée qui était au moins à 20 mètres du sol de la cour, produisit une explosion épouvantable qui détruisit une partie du faîte de la cheminée et en projeta les débris dans la cour ; les toitures de plusieurs petites constructions furent enfoncées, mais il n’y eut heureusement aucun accident. Le logement du tailleur était au troisième étage, et n’était pas à la moitié de la hauteur de la maison ; les étages supérieurs ne furent pas visités par la foudre et les mouvements du globe lumineux furent toujours lents et
saccadés. Son éclat n’était pas éblouissant ot il ne répandait aucune chaleur sensible. Ce globe ne paraît pas avoir eu la tendance à suivre les corps conducteurs et à céder aux courants d’air. »
Le Cosmos, du 30 octobre 1897, cite un cas tout à fait analogue. M"' c de B..., se trouvant dans le Bourbonnais, à la campagne, dans un salon au rez-de-chaussée dont la porte était ouverte, vit, au milieu d’un orage, une boule de feu entrer par cette porte, se promener lentement sur le plancher, s’approcher et tourner autour d’elle « comme un chat qui se frotte contre son maître », selon ses propres expressions, puis se diriger vers une cheminée par laquelle il disparut. Ceci, en plein jour (1).
Est-il plus difficile d’admettre les raps et les mouvements des tables que la danse de l’assiette dont M. André a rendu compte à l’Académie des sciences dans la séance du 2 novembre 1885.
Le samedi 13 juin 1885, vers huit heures du soi)*, il était à table, dans une chambre attenante à la tour d’un phare, dans la partie nord-ouest de cette tour ; tout à coup, il vit une bande brumeuse d’environ 2 mètres de large , se détacher de l’arête supérieure de la muraille à laquelle il faisait face, et obscurcir soudainement cette dernière, en même temps que sous la table, à scs pieds, se produisait un bruit sec, sans écho ni durée, et d’une
(!) Voici encore un cas du même genre quoique moins frappant.
A Péra, en octobre 18^5. M. Mavrocordato s’était réfugié, pendant un violent orage, dans une maison occupée par une famille qui était encore à table. Brusquement apparut dans la pièce un globe de feu, gros environ comme une orange ; il était entré par la fenêtre entr’ouverte. Le globe vint frôler le bec de gaz ; puis se dirigeant vers la table, il passa entre deux convives, tourna autour d’une lampe centrale, fit entendre un bruit analogue à un coup de pistolet, reprit le chemin de la rue et, une fois hors de la pièce, éclata avec un fracas épouvantable.
violence extrême. La sonorité a été celle qu’aurait produite le choc formidable, de bas en haut, d’un corps dur contre la paroi inférieure tout entière de la table, laquelle, à sa grande surprise, n’a pas bougé, non plus que les divers objets qui la garnissaient.
Après cette détonation, son assiette pivotait et exécutait sur la table plusieurs mouvementé de rotation, sans aucun bruit de frottement, ce qui prouve qu’à ce moment l’assiette avait quitté la table sans toutefois s’en éloigner sensiblement. L’assiette et la table restèrent intactes.
Ces phénomènes dont on a vainement essayé de donner une théorie, se produisent quelquefois dans une atmosphère complètement sereine sans faire aucun bruit.
La lévitation du corps humain n’est pas plus inexplicable que le transport par l’électricité de lourdes masses (1 ) et même de corps humains vivants qui n’en éprouvent souvent aucun dommage. M. Monteil, secrétaire de la commission archéologique du Morbihan, cite (2) parmi les effets d’un coup de foudre qui s’est produit à Vannes, le 5 décembre 1876, à 10 heures et demie du soir, la dislocation d’une muraille, la projection au loin de pièces
(1) Le 6 août 1809, à 2 heures de l’après-midi, une explosion épouvantable se fit entendre dans la maison de M. Ghadwick, propriétaire des environs de Manchester. Le mur extérieur d’un petit bâtiment en briques qui avait 0,30 d’épaisseur, 3 m. 30 de hauteur, et 0,30 de fondation, fut déraciné et transporté sur le sol sans cesser d’être veitical. Lorsqu’on examina ce qui s’était passé, on trouva qu’une extrémité du bâtiment avait marché de 2 m. 70 et l’autre, autour de laquelle la masse avait tourné pendant le glissement, ne s’était déplacée que de 1 m. 20. La masse ainsi élevée pouvait peser 26,000 kilogrammes (W. de Fonvieille . Eclairs et Tonnerre).
(2) Figuier. Année scientifique , 1877.
de bois et enfin le transport d'une malade infirme, de son lit sur le parquet de sa chambre à une distance de 4 mètres, bien que cette chambre se trouvât à près de 300 mètres du lieu où la foudre avait directement exerce son influence.
Daguin (1) parle même de personnes transportées à 20 ou 30 mètres.
On a observé fréquemment le déshabillement complet de gens foudroyés et le transport à une assez grande distance de leurs vêtements ; l’épilation de leur corps entier, l’arrachement de la langue ou des membres (2).
Dans une foule il arrive que la foudre va chercher certains individus en ne produisant rien sur ceux qui sont auprès (3). Les femmes paraissent jouir d’une immunité particulière (4), de même que certains arbres (5).
Il y a des gens qui ont recouvré l’usage de leurs membres paralysés après avoir été frappés par la foudre ; d’autres au contraire ont contracté des paralysies persistantes. On en a vu qui restaient pour ainsi dire figés dans l’attitude où ils avaient été tués (6).
Les phénomènes de projections de signes ou d’écriture qui se rencontrent assez souvent dans les séances psy-
(1) Physique. Tome III, p. 220.
(2) Annales d’hygiène , 1885. Mémoire de M. Boudin.
(3; De même on a vu des pièces de monnaie, des lames d’épée présenter des traces de fusion, tandis que la bourse ou le fourreau qui les entouraient n’avaient pas été brûlés par leur contact (Daguin. Physique , III, 218).
(4) D’après le D r Sestier [La Foudre , II, 307), sur 206 personnes frappées il y a 169 hommes et 37 femmes.
(5) En 1896, M. Karl Millier a déduit d’une statistique s’étendant sur onze année dans le territoire forestier de Lippe Detmold, que la foudre a frappé : 56 chênes, 20 sapins, 3 ou 4 pins et pas un seul hêtre, bien que les 7/10 des arbres appartinssent à cette dernière espèce.
(6) D r Bottey. Le Magnétisme animal , p. 30.
chiques et dont j’ai été témoin moi-même avec Eusapia Paladino n’ont-ils point une ressemblance frappante avec la production, sur le corps de certaines personnes foudroyées, de l’image des objets environnants ?
Pour ne point dépasser les limites assignées à cette lecture, je ne puis que mentionner les phénomènes de l’électricité animale ; je ne parle pas seulement des propriétés de la torpille et autres poissons analogues, mais des nappes de feu qu’on a souvent observées autour de certaines personnes, des attractions et répulsions d’objets produites par d’autres, soit sur des objets inertes, soit sur des aiguilles aimantées (1). Ici encore nous sommes sur les confins de la physique classique.
Que dire des plantes lumineuses, des plantes qui digèrent, qui marchent, qui agissent sur la boussole? (2).
Ce sont là des choses bien plus difficiles à expliquer que la vue de nos somnambules à travers les corps opaques. Les rayons X sembleraient devoir sur ce point désarmer les incrédules ; il n’en est rien cependant et cela tient à ce que la plupart des esprits qui ont été pétris par les doctrines matérialistes de la science officielle du milieu de ce siècle ne se contentent pas, comme leurs prédécesseurs, de nier certains faits parce qu’ils
(1) Voir mon livre sur Y Extériorisation de la motricité Un journal italien VElettricita a cité, dans son numéro du 11 juin 1897, plusieurs personnes qui déviaient l'aiguille d’un galvanomètre à la manière d’un aimant, leur poitrine agissant comme pôle Nord et leur dos comme pôle Sud.
(2) La Nature du 18 juin 1898 rapporte des observations de M. Pierre Weiss, professeur à Rennes, qui contrediraient toutes nos théories sur le magnétisme.
D’après ce savant, si l’on approche un aimant d’un cristal de pyrrothine ou pyrite magnétique, Vattraction est nulle dans une direction , tandis qu'elle existe dans toutes les autres.
renversent leurs théories (1); ils semblent pris d’une sorte de terreur devant tout ce qui tend à prouver qu'il y a dans l’homme un élément spirituel destiné à survivre au corps.
C’est cependant à cette affirmation qu’ont abouti, dans les pays les plus divers, à toutes les époques, les hommes les plus distingués par leur intelligence et j’ajouterai par leur caractère, puisqu’ils n’ont pas craint de proclamer leur croyance, malgré les railleries et souvent les persécutions.
Après de vaines excursions dans des directions diverses, on a été ramené par les faits à cette conception du corps fluidique qui est vieille comme le monde ; je vous demanderai la permission de l’exposer telle qu’elle s'est
(1) Il y a juste cent ans, un physicien célèbre, Baumé, membre de l'Académie des sciences et inventeur de l’aréomètre qui porte encore son nom, écrivait à propos des découvertes de Lavoisier :
« Les éléments ou principes primitifs des corps, établis par Empédocle. Aristote et par beaucoup de philosophes de la Grèce aussi anciens, ont été reconnus et confirmés par les physiciens de tous les siècles et de toutes les nations. Il n’était pas trop présumable que les quatre éléments, regardés comme tels depuis plus de deux mille ans, seraient mis, de nos jours, au nombre des substances composées, et qu’on donnerait avec la plus grande confiance, comme certains, des procédés pour décomposer l’eau et l’air, et des raisonnements absurdes , pour ne rien dire de plus , pour nier l’existence du feu et de la terre. Les propriétés élémentaires reconnues aux quatre substances ci-dessus nommées tiennent à toutes les connaissances physiques et chimiques acquises jusqu'à présent ; ces mêmes propriétés ont servi de bases à une infinité de découvertes et de théories plus lumineuses les unes que les autres, auxquelles il faudrait ôter aujourd’hui toute croyance si le feu , l’air , Veau et la terre étaient reconnus pour n’être plus des éléments. »
En 1831, le D r Castel disait à l’Académie de médecine, à la suite de la lecture d’un rapport fait par une commission de cette société sur le magnétisme animal : « Si la plupart des faits énoncés étaient réels, ils détruiraient la moitié des connaissances acquises en physique. Il faut donc bien se garder de les propager en imprimant le rapport. »
imposée, à nous à la suite d’expériences récentes faites par des personnes que vous connaissez tous.
Je partirai de ce -postulatum qu’il y a, dans l’homme vivant, un Corps et un Esprit.
« C’est un lait d’observation vulgaire, dit M.Boirac(l), que chacun de nous s’apparaît à lui-même sous un double aspect. D’un côté, si je me regarde du dehors, je vois en moi une masse matérielle, étendue, mobile et pesante, un objet pareil à ceux qui m’entourent, composé des mêmes éléments, soumis aux mêmes lois physiques et chimiques-; et, d’un autre côté, si je me regarde pour ainsi dire au dedans, je vois un être qui pense - et qui sent, un sujet qui se connaît lui-même en connaissant tout le reste, sorte de centre invisible, immatériel, autour duquel se déploie la perspective sans fin de l’univers, dans l’espace et dans le temps, spectateur et juge de toutes choses, lesquelles n’existent, du moins pour lui, qu’autant qu’il se les rapporte à lui-même. »
L’esprit, nous ne pouvons nous le représenter; tout ce que nous en savons, c’est, que de lui procèdent les phénomènes de la volonté, de la pensée et du sentiment.
Quant au corps, il est inutile de le définir, mais nous y distinguerons deux choses : la matière brute (os, chair, sang, etc.), et un agent invisible qui transmet à l’esprit les sensations de la chair et aux muscles les ordres de l’esprit.
Lié intimement à l’organisme qui le secrète pendant la vie, cet agent s’arrête, chez le plus grand nombre, à la surface delà peau et s’échappe seulement par effluves plus ou moins intenses selon l’individu, par les organes des
(I) Leçon d'ouverture du cours de philosophie à la Faculté des lettres de Dijon , 1897.
sens et les parties très saillantes du corps, comme les extrémités des doigts. — C’est du moins ce qu’affirment voir quelques individus ayant acquis par certains procédés une hyperesthésie visuelle momentanée, et ce qu’admettaient les anciens magnétiseurs.—Il peut cependant se déplacer dans le corps sous l’influence de la volonté, puisque l 'attention augmente notre sensibilité sur certains points, pendant que les autres deviennent plus ou moins insensibles : on ne voit, on n’entend, on ne sent bien que quand on regarde, qu’on écoute, qu’on flaire ou qu’on déguste.
Chez certaines personnes qu’on appelle des sujets, l’adhérence du fluide nerveux avec l’organisme charnel est faible, de telle sorte qu’on peut le déplacer avec une facilité extrême et produire ainsi les phénomènes connus d’hyperesthésie et d’insensibilité complète dus, soit à l’auto-suggestion, c’est-à-dire à l’action de l’esprit du sujet lui-même sur son propre fluide, soit à la suggestion d’une personne étrangère dont l’esprit a pris contact avec le fluide du sujet.
Quelques sujets, encore plus sensibles, peuvent projeter leur fluide nerveux, dans certaines conditions, hors de la peau, et produire ainsi le phénomène que j’ai étudié sous le nom d 1 extériorisation de la sensibilité. On conçoit sans peine qu’une action mécanique exercée sur ces effluves, hors du corps, puisse se propager grâce à eux et remonter ainsi jusqu’au cerveau.
L’extériorisation de la motricité est plus difficile à comprendre et je ne puis, pour essayer de l’expliquer, que recourir à une comparaison.
Supposons que, d’une manière quelconque, nous empêchions l’agent nerveux d’arriver à notre main ; celleci deviendra un cadavre, une matière aussi inerte qu’un morceau de bois, et elle ne rentrera sous la dépendance
de notre volonté que lorsqu’on aura rendu à cette matière inerte la proportion exacte de fluide qu’il faut pour l’animer. Admettons maintenant qu’une personne puisse projeter ce même fluide sur un morceau de bois en quantité suffisante pour l’en imbiber dans la même proportion; il ne sera point absurde de croire que, par un mécanisme aussi inconnu que celui des attractions et des répulsions électriques, ce morceau de bois se comportera comme un prolongement du corps de cette personne.
Ainsi s’expliqueraient aussi les mouvements de tables placées sous les doigts de ceux qu’on appelle des médiums , et en général tous les mouvements au contact produits sur des objets légers par beaucoup de sensitifs, sans effort musculaire appréciable. Ces mouvements ont été minutieusement étudiés par le baron de Reichenbach ; il les a décrits dans cinq conférences faites en 1856 devant l’Académie I. et R. des sciences de Vienne (1).
On comprend même la production de mouvements nécessitant une force supérieure à celle du médium par le fait de la chaîne humaine qui met à la disposition de celui-ci une partie de la force des assistants.
Mais une hypothèse aussi simpliste ne rend pas compte de tous les phénomènes et on est amené à la compléter ainsi qu’il suit :
L’agent nerveux se répand le long des nerfs sensitifs et moteurs dans toutes les parties du corps. On peut donc dire qu’il présente dans son ensemble la même forme que le corps, puisqu’il occupe la même portion de l’espace, et l’appeler la double fluidique de l’homme, sans sortir du domaine de la science positive.
De nombreuses expériences (2) qui malheureusement
(1) J’en ai publié la traduction française dans Les Effluves odiques. — Paris, Flammarion
(2) Voir les Fantômes des vivants dans les Annales des sciences psychiques (sept,-oot. 1895F
n’ont eu en général pour garant que le témoignage des sujets, semblent établir que ce double peut se reformer en dehors du corps, à la suite d’une extériorisation suffisante de l’influx nerveux, comme un cristal se reforme dans une solution, quand celle-ci est suffisamment concentrée.
Le double ainsi extériorisé continue à être sous la dépendance de l’esprit et lui obéit même avec d’autant, plus de facilité qu’il est maintenant moins gêné par son adhérence avec la chair, de telle sorte que le sujet peut le mouvoir et en accumuler la matière sur telle ou telle de ses parties de manière à rendre cette partie perceptible au sens du vulgaire.
C’est ainsi qu’Eusapia formerait les mains qui sont vues et senties par les spectateurs.
D’autres expériences, moins nombreuses et que, par suite, on ne doit accepter qu’avec plus de réserves encore, tendent à prouver que la matière fluidique extériorisée peut se modeler sous l’influence d’une volonté assez puissante, comme la terre glaise se modèle sous la main du sculpteur (1).
On peut supposer qu’Eusapia, à la suite de ses passages à travers divers milieux spirites, a conçu dans son imagination un John King, avec une figure bien déterminée, et que, non seulement elle en prend la personnalité dans son langage, mais qu’elle parvient à en donner les formes à son propre corps fluidique, quand elle nous fait sentir de grosses mains et qu’elle produit à distance sur la terre glaise, des impressions de tête d’homme.
Mais si rien ne nous a prouvé que John existait réellement, rien ne nous a prouvé non plus qu’il n’existait pas.
(1) Cette action de la Force-Volonté sur la matière du corps fluidique explique les suggestions d’images et de pensées.
Nous ne sommes du reste point, mes collaborateurs et moi, les seuls qui aient étudié la question ; il y a d’autres personnes que je connais parfaitement, en qui j’ai la plus grande confiance, et qui rapportent des faits ne pouvant s’expliquer qu’à l’aide de la possession temporaire du corps fluidique extériorisé, par une entité intelligente d’origine inconnue. Telles sont les matérialisations de corps humains entiers observées par M. Crookes avec miss Florence Cook, par M. James Tissot avec Eglington et par M. Aksakof avec Mistress d’Espérance.
Eh bien! ces phénomènes extraordinaires, dont le simple énoncé exaspère les gens qui se croient savants parce qu’ils ont plus ou moins scruté quelques rameaux de l’arbre de la science, ne nous paraissent qu’un simple prolongement de ceux que nous avons constatés par nous-mêmes et dont il est aujourd’hui impossible de douter.
Nousobtenons,en effet,un premier degré dedégagement du corps fluidique dans l’extériorisation de la sensibilité sous forme de couches concentriques au corps du sujet : la matérialité des effluves est démontrée par ce fait, qu’ils se dissolvent dans certaines substances, telles que l’eau et la graisse ; mais, comme pour les odeurs, la diminution du poids du corps qui émet est, dans ce cas, trop faible pour pouvoir être appréciée par nos instruments.
Le deuxième degré est donné par la coagulation de ces effluves en un double qui sent mais qui n’est pas encore visible pour les yeux ordinaires.
Au troisième, ainsi qu’au quatrième degré, il y a comme un transport galvanoplastique de la matière du corps physique du médium, matière qui part de ce corps physique pour aller occuper une place semblable sur le double fluidique. On a constaté, un grand nombre de fois , avec la balance, que le médium perdait alors une partie
de son poids et que ce poids se retrouvait dans le corps matérialisé.
Le cas le plus singulier, resté jusqu’ici unique, est celui de Mistress d’Espérance chez qui ce transport s’est fait avec une telle intensité qu’une partie de son propre corps était devenu invisible. Il ne restait, à sa place, que le corps fluidique dont le double est seulement une émanation; les spectateurs pouvaient le traverser avec la main, mais elle le sentait. Ce phénomène, poussé à sa dernière limite, amènerait la disparition complète du corps du médium et son apparition dans un autre lieu, comme on le rapporte dans la vie des saints.
Dans les matérialisations de corps complet, ce corps est presque toujours animé par une intelligence différente de celle du médium. Quelle est la nature de ces intelligences? A quel degré de la matérialisation peuvent-elles intervenir pour diriger la matière psychique extériorisée? Ce sont là des questions du plus haut intérêt qui ne sont point encore résolues, du moins pour la plupart d’entre nous.
Ce que nous venons de dire suffit à montrer que l’étude des phénomènes psychiques relève de trois sciences distinctes.
C’est à la physique qu’incombe la tâche de définir la nature de la force psychique par les actions mutuelles qui peuvent s’exercer eutre elle et les autres forces brutes de la nature : son, chaleur, lumière, électricité.
La physiologie aura à examiner les actions et les réactions de cette même force sur les corps vivants.
Enfin nous entrerons dans le domaine du spiritisme , quand il s’agira de déterminer comment la force psychique peut être mise en jeu par des intelligences appartenant à des entités invisibles.
Mais nous savons que tous les phénomènes de la nature se relient entre eux par des transitions insensibles : Natura non facit saltus. Nous trouverons donc, entre ces trois grandes provinces, des frontières mal définies où les causes seront complexes. C’est là une des plus grandes difficultés de ce genre de recherches : mais elle ne doit point nous arrêter et je ne saurais mieux finir que par cette courageuse phrase de votre illustre compatriote M. Lodge, que j’aime toujours à citer :
« La barrière qui sépare les deux mondes (spirituel et matériel) peut tomber graduellement comme beaucoup d’autres barrières et nous arriverons à une perception plus élevée de l’unité de la nature. Les choses possibles dans l’univers sont aussi infinies que son étendue. Ce que nous savons n’est rien comparé à ce qu’il nous reste à savoir. Si nous nous contentons du demi-terrain conquis actuellement, nous trahissons les droits les plus élevés de la science. »