SCÈNE II
DONA BEATRIZ, DON JORGE
DONA BEAiniZ.
Où t’en vas-tu ?
DON JORGE
Je ne m’en vais pas, ma mère. Je viens seulement respirer un peu sur celte terrasse.
DONA BEATRIZ.
J’y viens avec toi. Mes invités comprendront qu’une mère qui revoit son fils après deux ans a bien le droit d’ètre un peu avec lui. Sais -tu combien cela dure, deux ans? Non, tu ne le sais pas; ce n’est pas aussi long pour les fils que pour les mères. Cette guerre d’Aragon ne finira donc jamais ! La nuit, je me réveillais en sursaut et j’entendais distinctement l'horrible bruit des épées. Quand tu as été blessé, je ne recommencerais pas la semaine que j’ai eue. Tout en tremblant, j’étais fière. Capitaine-grand, à ton ège ! On ne parlait plus que de toi. On disait: il a traversé telle rivière; il entrera demain dans telle ville; et tu y entrais le soir. On ne savait plus que tou nom. Moi, ce qui était ma meilleure joie, c’était ton humanité envers les enfants et les femmes. Mon Jorge ! Le jour où tu as sauvé ces malades d’un village inceudié, j’ai presque remercié Dieu de notre séparation. Mais à présent c’est assez. Ne t’imagine pas que tu pourras repartir bientôt, je t’ai repris, je ne te rends plus. Je ne vais pas être une mère facile. Je vais être très-méchante, je ne vais plus vouloir me passer de toi.— Allons, il faut que je retourne à ma fête. Suis-je folle d’avoir donné une fête pour ton retour ! Nous ne nous appartenons plus. Je retrouve mon fils, je le partage avec Séville ! Oh ! demain, nous nous enfermerons, je t’aurai à moi toute seule, je serai avare de toi. Mon Jorge ! quel bonheur de te ravoir ! Je te trouve grandi. Tu ne rentres pas avec moi ?