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Les funérailles de Louis Riel [microforme]

L y a quelque mois, un homme, dans toute la force de l’âge, sur le point de quitter la maison paternelle, à Saint-Boniface, embrassait sa vieille mère, sa femme et ses enfants en pleurs, en leur disant :

‘“ Mes biens-aimés, séchez vos larmes. Des nuages qui s'amoncellent à l'horizon sortira sans doute une effroyable tempête, mais mon devoir est de tenter encore le sauvetage de notre frêle navire. i je dois mourir, bénissez-moi, ma mère. Toi, ma fidèle compagne, prie Dieù pour moi, et dis à mes | enfants que je n'avais pour tout bien que mon | cœur, et que je l’ai donné à mon pays.”

Un dernier baiser à tous. et il disparut en leur jettant ce mot d'espérance : ‘“ Au revoir.”

Pauvre mère ! pauvre femme! pauvres enfants!

Samedi dernier, la maison paternelle était tout en deuil.

La grande salle était sombre, des draps noirs 'pendaient aux murs ; sur une table couverte d’une nappe blanche se trouvaient un crucifix, deux cierges, un bénitier.. Dans un coin, la vieille aux cheveux blancs, les yeux hagards, murmurait une chanson de mère berçant son enfant ; la femme, brûlée de fièvre, ne pouvait plus même pleurer ; les ! enfants sanglotaient.…

Quelques hommes, aux traits énergiques, à la barbe brillante de gouttes d’eau, pluie qui tombe des yeux et qui vient du cœur, entrèrent dans la salle funèbre.

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Ils portaient une longue boîte de bois noir qu'ils déposèrent à terre. L'un d'eux enleva le couvercle.…

#6 Mère, bénis ton fils ; femme, prie Dieu ; enfants, à genoux, regardez...”

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C'est lui qui revient au milieu des ses bien-| aimés. | Il était parti, plein de jours, le cœur gonflé d'espérance et d'amour pour les hommes de son sang ;

regardez au fond du coffre de bois noir, il est là, étendu, semblant dormir... Mais il est froid. il est mort !...

L'orage a éclaté, le sauveteur, égaré dans la tourmente, le pilote perdu a vu, sur la rive, une lueur qu'il a prise pour un phare, pour le port, pour le salut.

Erreur fatale ; ceux qui avaient allumé ce feu n'étaient pas des hommes qui risquent leur vie pour sauver leurs semblables, c'étaient des naufrageurs !

Quand, sur les côtes inhospitalières de Biscaye, un navire égaré par les feux trompeurs vient se briser contre les rochers, les naufrageurs arrivent en foule et, plus féroces que les tigres, plus lÂches que des hyènes, ils se ruent sur les cadavres, leur arrachent leurs bijoux et coupent les doigts pour enlever plus vite les bagues qu'elles entourent.

Quand Riel fut tombé dans le piège qu’on lui tendait, la curéz fut belle pour les naufrageurs, l'un s’empara de l'or, l’autre prit ce qu'on lui jetta.

C'est donc le 12 de ce mois que le chef des Métis est venu prendre sa place dans le cimetière de Saint-Boniface, à côté de son père, et l'héritage qu’il laisse à ses enfants est une tombe sur laquelle ils iront pleurer.

Ce qu’il a laissé à son pays, c’est son cœur.

Ce qu'il a légué aux Métis, c’est le désir de le venger.

Dieu veuille que cette soif de vengeance ne soit pas assouvie, et que de nouveaux hommes politiques rendent enfin justice aux malheureux qui ne demandent que leurs droits ! Mais il faut se rendre à l'évidence ; déjà des bruts sinistres |arrivent à nos oreilles ; lés dépêches nous annoncent qu'il règne une immense excitation à Prince-Albert par suite de l'allure inquiétante des Sauvages.

Déjà on dit que les tribus de Battleford sont alliéses aux Pieds-Noirs.

Dans Ontario, on s'inquiète et on parle même d'envoyer de nouveau des troupes au Nord-Ouest.

Ministres d'Ottawa, quelle terrible responsabilité vous avez encourue |

On nous accuse souvent de vouloir faire une guerre de race.

Je me tiens à quatre pour ne pas éclater, en vous soumettant la circulaire suivante, qui a été distribuée la veille de l'enterrement de Kiel, par les Anglais (pas d'Angleterre) de Winnipeg :

Guerre de races ! Oui, la guerre de races jusqu'aux

dents!!! Le public outragé restera-t-il tranquille en voyant la grande démonstration que l’on va faire pour l’en-

terrement d’un rebelle et d’un traître, Louis Riel ? Non, assurément, non! Laissez tous les citoyens vraiment loyaux aller à Saint-Boniface, où le traître doit être enterré, et si le moindre mot d’insulte est dit contre les Canadiens-Anglais), laissez-lesj jeter à bas la cathédrale sur la tribu qui exalte les rebelles, et faites-les disparaître de la surface de la terre ! ! God save the Queen !

Je n'invente rien, je vous donne la traduction de cet appel au carnage, à la tuerie des catholiques. C'est clair comme le jour, et il faudrait être complètement idiot pour ne pas comprendre.

Peut-on être plus révolutionnaire, plus sanguinaire, plus haineux, plus communard que cela ?

Et c’est nous qu’on accuse de vouloir faire une guerre de races, quand ces gens-là veulent détruire la cathédrale de Saint-Boniface et nous égorger sur un cercueil !

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