‹ Les Gaîtés du chat noirChapitre 61 sur 102 · DIALOGUE-OMNIBUS · texte numérisé non relu

DIALOGUE-OMNIBUS

Le théâtre représente l'impériale de l'omnibus de Bastille-Madeleine, un matin d'hiver. Un voyageur solitaire, hâve, insuffisamment vêtu, attend impatiemment, assis près du siège, l'heure du départ. Le cocher, un gros et rouge gaillard, abondamment couvert, un bonnet fourré sur les oreilles, les pieds chaussés d'énormes galoches, monte sur son siège, empoigne les rênes et crie un « hue ! » joyeux. La voiture roule.

Le cocher, au voyageur. — Ça pince dur, ce matin.

Le voyageur, grelottant. — Oui.

Boulevard Beaumarchais.

Le cocher, montrant un passant. — En voilà un qui s'y est pris de bonne heure.

Le voyageur. — A quoi faire ?

Le cocher. — Il a mis son cache-nez.

Le voyageur. — Oui.

Place du C hâte au-d' Eau.

Le cocher. — Moi, je n'en porte jamais. Le voyageur. — De quoi ?

Le cocher. — De cache-nez.

Le voyageur. — Ah !

Porte Saint-Denis.

Le cocher. — Et vous?

Le voyageur. — Quoi? Moi?

Le cocher. — Est-ce que vous en mettez, des cache-nez? Le voyageur. — Non.

Boulevard des Italiens.

Le cocher. — C'est comme moi.

Le voyageur. — Comment ?

Le cocher. — Je dis : c'est comme moi.

Le voyageur. — Quoi ? C'est comme vous ? Le cocher. — Je n'en mets jamais.

Le voyageur. — De quoi ?

Le cocher. — De cache-nez.

Le voyageur. — Ah !

Place de la Madeleine.

Le cocher. — Je trouve qu'un petit verre ça en tient parfaitement lieu.

Le voyageur. — De quoi ?

Le cocher. — De cache-nez.

Le voyageur. — Ah !

Le voyageur descend et paye un petit 78ïT6 ait cocher.

Jules Jouy.

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