‹ Les Gaîtés du chat noirChapitre 67 sur 102 · L'ŒIL · texte numérisé non relu

L'ŒIL

L'œil était dans le vase. Un caprice d'artisto L'avait agrémenté d'un sourcil violet Et sa prunelle peinte en rouge vif semblait Vous regarder d'un air ineffablement triste.

C'est à la Foire au pain d'épices qu'un beau soir Nous gagnâmes ce vase au tourniquet. Fiiine Affirma qu'il était en porcelaine fine, Et voulut l'étrenner tout de suite, pour voir.

Mais il était si neuf, le soir, à la lumière, Qu'elle n'osa ternir sa pureté première, Et le remit en place avec recueillement.

Elle fut très longtemps à s'y faire. C'est bête : Cet œil qui la fixait inexorablement Semblait l'intimider de son regard honnête.

Armand Masson.

Notre grand poète Hayma Beyzar, chef de l'École électro-suggestive, est sur le point de livrer à la publicité une série de poèmes destinés à un géraudélesque retentissement : le Chat Noir, au prix des plus grands sacrifices, a obtenu communication des bonnes feuilles de cette œuvre unique en son genre.

C'est, en la poétique et géniale instrumentation, la réalisation stupéfiante du rêve poursuivi jusqu'ici par la jeune Ecole : l'immensité de l'idée, en l'indéfinie concentration de la forme.

Conspuant la vieillotte conception des antiques gâcheurs de rimes, amplification affadie d'un thème en outrées et déclamatoires redondances indigent, le génie himalayesque du jeune Maître ne demande qu'au choc d'un mot — un seul — d'une syllabe même, la fulgurante étincelle qui éveillera chez le

lecteur le courant sympathique et isotherme à celui du poète, et l'entraînera à sa suite dans l'infini insondable des vides hypersidéraux.

Voici le joyau, en sa gigantesque simplicité:

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