MARINE
L'Océan lisse et froid dresse un glauque miroir Au-dessus des rochers et de la lande morne ; Un pâle goéland monte dans l'air, — et s'orne D'un clair rayon cueilli dans les roses du soir.
Tout s'alanguit en un torpide nonchaloir;
Le promontoire aigu s'arrondit, — tel un morne,
Un exotisme doux envahit tout; la corne
Des bananes se cambre en la lune au bossoir.
Et dans un œil aimé qui reflète l'eau lente
Je vois la vision surgir, qui violente
Mon âme éprise des flots vides, incertains :
Un long trois-mâts qui va, par filantes glissées Houleuses, dans la nuit, vers d'éclatants lointains, Gomme un grand cygne noir aux ailes rebroussées.
Jérôme Nau.