Sophia, la sagesse
Ce tout que de son nom je ne puis appeler Et que dans l’ombre seule on ose dévoiler!...
— Assiste-moi, Pudeur !... — Pour cet honneur insigne Je m’engage à cacher sous des feuilles de vigne Vénus, ainsi qu’Éros à la flèche maligne,
Et les laisser...
jusqu’à ce qu'ils me fassent signe!...
Un jour donc, un apothicaire,
Dédaignant le Clystère antique et légendaire Mit au monde, en sa place, un nouveau composé : Dans un vaisseau de cuivre, à la flamme exposé, Avec art il plaça — non sans l’avoir pêsé! —
Un rien de cire 1 , auquel un rien de belladone,
Sous forme d’extrait mon, vint alors s’ajouter.-—
— Dans ce qu’il venait de tenter Vous devez bien ne pas douter Qu’il n’avait le projet d’empoisonner personne.
Il désirait tout uniment,
— Je vous le dis sans boniment, — Calmer, d’un malheureux, le brûlant... fondement Dont la douleur était, paraît-il. subaiguë....
Il mit encore un rien de la verte ciguë
1. Pour rendre hommage à la vérité, il est juste de'dire qu’un praticien digne de ce nom n’emploie pas la cire dans les suppositoires, mais seulement le beurre de cacao. Si le fabuliste s’est permis ici de déformer discrètement la vraie formule c’est qu’il lui était nécessaire d’agir ainsi pour les besoins de la moralité qui découle de son récit... Et quelle sublime moralité !
LE SUPPOSITOIRE
Et sourit en pensant, — l’esprit est fait ainsi ! —
Que Socrate autrefois en avait pris aussi.... —
Sur tous ces petits « riens », il lit tomber de haut Quelques fragments d’épais beurre de cacao Et sourit derechef... — Il avait le sourire!....
Ce bon sourire ému des potards de jadis
Qui vendaient cent écus ce qu’ils achetaient dix ' !... —
... Que Socrate autrefois en avait pris aussi.
Il calculait peut-être, en faisant son mélange, Ce que son cacao lui donnerait au change Et semblable à Perrette escomptant son désir, Il voyait son magot s’augmenter à plaisir...