‹ Les GaléniennesChapitre 19 sur 43 · LES FLEURS PECTORALES · texte numérisé non relu

LES FLEURS PECTORALES

(Aux très érudits...)

a) — La scène représente un antique jardin : — Au fond, du côté cour, un immense gradin S’élève, offrant ses bancs à la foule empressée Où se meut et s’écrase, en un élan dressée,

La cohorte en tumulte et poussant de grands cris Des Vulnéraires de tous prix.

Tous et toutes sont là: Basilic, Angélique, Calament, Marjolaine et l’Hysope biblique, L’Origan, le Fenouil, le Serpolet, le Thym, L’Hypéricum, troué par arrêt du Destin,

LES GA.LÉNIENNES

Le Romarin, la Rue et la Menthe poivrée,

La Mélisse, attendant le verre d’eau sucrée Offert à l’épousée à l’heure de PHymen Quand, tremblante, à l’époux elle aura dit : Amen L’Absinthe au goût piquant, la tendre Sarriette La Lavande si joliette ;

Lt la Sauge, en latin s’écriant: « Cur hotno,

« Cur moriatur homo,

« Cur, cui Salvia crèscit » en son « horto 1 ? »b) .. . Vis-à-vis d’eux se trouve une vieille mégère, Une feuille de vigne énorme dans la main.

Elle cache son front couleur de parchemin.

On chuchote partout: « C’est dame Bérengère! »

1. In École de Salerne. (Deuxième partie : Matière médicale; « Vertus de quelques simples. ») Le texte exact est: Cur moriatur homo cui Salvia crescit in horto; ce qui veut dire : Comment pourrait-il mourir l’homme dans le jardin duquel pousse la sauge?

LES FLEURS

— Un Arum monstrueux, escorté d’un Roseau, Fait mouvoir, sous son nez, son spadice en fuseau Et, dans un bel élan de désir spasmodique,

Jette, avec un geste impudique,

Tous ses grains de pollen sur l'aïeule en fureur !

... La pauvre Mère la Pudeur Lui fait une grimace et recule, en colère,

Se demandant comment la Censure tolère 1 2 Qu’on laisse circuler un pareil polisson !

A. Entrée de Ballet.

...Puis, tout se tait!... L’Orchestre attaque à l’unisson. Les Harpes', en vibrant, font passer un frisson ;

De tous côtés, à flots, le soleil irradie ;

Tout flambe, et l’on croirait un immense incendie!

a. — Défilé.

Deux à deux, en cadence, arrivent, confondus,

Anis et Badiane ; et, — cheveux frais tondus, —

Le Maïs 3 et les Capillaires.

— La légion des Scrofulaires Les suit... avec humeur !... Les Moutardes, les Lins, La coupable Sabine, — ( avide d'orphelins !) — L’Armoise... bénévole, et l’âpre Coloquinte Se montrent à leur tour. — La troublante Jacinthe Aguiche, en se moquant, la feuille d’Oranger — Qui craint de perdre, en ce danger,

Sa fleur... pourtant à cinq pétales !... —

1. J.a Censure censurant la Nature! Hélas! si pareille chose était permise que deviendrions-nous, Madame ?

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