HUME
Dans la petite nef de droite, nous trouvons d’abord le mausolée d’Urbain VU, dont la statue est de Buonvicino, et celui de Clément VIII, qui est un véritable monument. Cet humble pape ne voulut occuper qu’une place secondaire dans la chapelle Aldobrandini , et tandis qu’il réservait la première pour le sarcophage de son père et de sa mère, et pour leurs statues, il ordonnait que sa figure serait placée dans une niche latérale. Une peinture de la Cène, dernier ouvrage du Baroche, décore l’autel de cette chapelle, qui est toute remplie de sculptures. On les prodiguait partout au xvnc siècle, et elles se rencontrent ici avec profusion. Le tombeau du cardinal Pimentelli, par le cavalier Bernin , placé près de la porte latérale, se compose de six grandes figures en ronde bosse , et constitue ce que les Italiens appellent une vaste machine. Vis-à-vis s’élève un autre tombeau, fort remarquable, celui du cardinal Alexandrin, élevé sur les dessins du célèbre architecte Jacques de La Porte; mais ce qui a vivement intéressé nos regards et nos souvenirs, c’est la modeste pierre sépulcrale du bienheureux frère Angclico cia Fiesole ; elle est enchâssée verticalement dans le mur, et le pieux cénobite y est sculpté en bas-relief, dans son habit de dominicain.
La grande chapelle de la croisée, appartenant à la maison Caraffa de Naples, est dédiée à saint Thomas d’Aquin . Là sont de précieuses peintures du frère Angelico et de son compatriote florentin , Filippo Lippi ; l’un a peint la figure de saint Thomas d’Aquin, l’autre a retracé sur le mur les principaux traits de la vie de ce saint, et quelques sujets allégoriques, tels que l’Espérance terrassant le Désespoir, la Foi domptant l’Hérésie, et d’autres vertus victorieuses des vices cpii leur sont opposés. Dans la vie de saint Thomas , Lippi a montré un sentiment de l’art dramatique , un mouvement , un naturalisme , comme on dirait aujourd’hui , cpii contrastent avec le style si profondément mystique du Fiesole. Mais les expressions sont admirables par leur énergie, comme les contours le sont par leur finesse. La plus belle de ces fresques est celle qui représente la Dispute de saint Thomas
rV Aquin. Les hérétiques Sahel lins, Arius et Averroès paraissent accablés par la
prédication du saint, et se tiennent vaincus à ses pieds. Habile à exprimer les affections fortes, Filippo Lippi n’a su donner qu’un caractère mondain et profane à ses figurés de femmes, à ses tètes de vierges, et cela n’est que trop bien expliqué par le roman de sa vie. Selon le témoignage de Vasari, Lippi avait un tempérament si fougueux et une telle passion pour le plaisir, que rien n’y pouvait mettre un frein. Cosme de Médicis l’ayant fait enfermer dans son palais pour le forcer au travail, Filippo n’y put rester plus de deux jours; il coupa en bandes les draps de son lit, les attacha à la fenêtre, descendit dans la rue, et courut se livrer à toutes scs folies. Chargé de peindre le maître autel du couvent de Santa Margherita, Fra Filippo aperçut la lille de Francesco Buti , citoyen florentin, qui était élevée