LE LAOCOON
que le groupe devait être vu de bas en haut, et que l’artiste a mesuré ce volontaire défaut de proportion aux exigences de l’optique. Le Laocoon se compose de cinq morceaux, mais qui furent dans l’origine si adroitement réunis, que Pline crut n’en voir qu’un seul, et le cita au nombre des groupes tirés d’une seule pierre, ex uno lapide. Les trois statues ont été restaurées en quelques endroits par Cornaechini, sculpteur florentin, et par Giovan Angelo de Montorsoli, élève de Michel-Ange,
ROME. VATICAN
notamment dans le bras droit du père, qui, aujourd’hui, fait pyramider le groupe, au lieu que, suivant l’opinion de quelques auteurs, ce bras était jadis appuyé sur la tête où il paraît avoir laissé une marque. Enfin, on découvre sur l’épiderme de ces marbres vénérables des traces de rifloir qu’il faut attribuer à l’ignorance des nettoyeurs modernes, et non pas à la gradine des sculpteurs rbodiens, car les Grecs finissaient et polissaient leurs statues jusqu’à l’ongle, comme dit Horace.
allé des Animaux. Il y a cent cinquante ans, un antiquaire s’écriait en parlant des figures d’animaux éparses dans Rome : « Si Ton réunissait toutes les figures antiques d’animaux qui se voient dans les palais et dans les vignes de Rome, ce serait certainement un des plus beaux spectacles qu’on pût voir au monde. L’Aigle de la vigne Mattéi, le Lion de la vigne Médicis, le Sanglier et la Louve de la vigne Rorghèse, les Ours de la fontaine qui est à Termini, les Paons du Belvédère au Vatican, le Bouc du palais Giustiniani, et les autres ouvrages de cette espèce,... tout cela formerait une seconde nature aussi belle que la première lorsqu’elle sortit des mains du Créateur. » Il semble que les papes qui ont donné leur nom au musée Pie-Clémentin aient voulu réaliser le vœu de l’ enthousiaste abbé Raguenet, en réunissant ici des animaux de toutes les espèces, des Tètes fabuleuses, des Tètes féroces et des animaux domestiques : le griffon à côté du coq, le lion à côté du sphinx et le tigre à côté du chien, le Centaure et la vache, le mouton et le sanglier. La salle est divisée en deux parties par une allée que forment deux rangées de colonnes en granit gris et en granit rouge oriental. Le pavé se colore de mosaïques antiques, dont la plus grande, blanche et noire, trouvée à Palestrina, fait voir des arabesques entremêlées d’oiseaux et un aigle dévorant un lièvre.
Les anciens ont excellé dans la sculpture des animaux comme dans toutes les autres branches de l’art. Ils y ont poussé aussi loin que possible le rendu des pelages, la justesse des mouvements, la connaissance du caractère propre à chaque animal. L’exactitude des formes ne leur a point suffi, ils ont voulu souvent y joindre le prestige de la couleur, et depuis l’albâtre fleuri jusqu’au basalte noir, toutes les variétés, toutes les nuances de marbre ou de roche ont été employées par eux pour rappeler le ton même de la nature. Ainsi, le lion est sculpté dans une dure brèche antique, imitant assez bien la couleur du roi des animaux; le homard est en beau vert de Carrare, l’écrevisse en porphyre vert; enfin l’albâtre fleuri, avec des taches de noir antique, a servi à rappeler la robe d’une panthère. Quelquefois cependant le sculpteur a fait abstraction de la coiffeur des matières pour ne songer qu’à la forme. Des griffons, des vaches, des chiens de toutes variétés, des cerfs attaqués, nu taureau assailli par un ours, des canards, des ibis, un crapaud en rouge
MUSÉE PIE-C LÉMENTIN.
antique, divers autres habitants de l’air ou des marais, et nombre de quadrupèdes aux allures inoffensives ou terribles, occupent chacun leur place en pacifiques images. Quelques figures de héros ou de demi-dieux se mêlent à cette exhibition du belluaire antique : un Satyre conduit une génisse à l’autel, et une autre allégorie fait jouer le Génie de Bacclius avec un lion presque endormi. Dans cette ménagerie de l’art nous retrouvons Hercule traînant le lion de Néméc, ou étouffant Géryon pour enlever ses bœufs, ou tuant Diomède et ses chevaux. Telle Nymphe désolée,