‹ Les galeries publiques de l'EuropeChapitre 55 sur 167 · I 1 C 11 ICI II E M L N T D E SAINT PIE II U I · texte numérisé non relu

I 1 C 11 ICI II E M L N T D E SAINT PIE II U I

qu’à étendre ses couleurs sur le dessin du maître. Secrètement soutenu ainsi par la main de Michel- Ange , Sébastien del Piombo peignit, comme pour se mesurer avec Raphaël, le Christ à la colonne que nous retrouverons à l’église Saint-Pierre in Montorio. On rapporte «pie Raphaël, ayant deviné la griffe de Michel-Ange dans les dessins de Piombo, s’écriait qu’il remerciait ce grand homme de le croire digne de lutter contre lui.

îs

ROME. VATICAN

Bien des fois encore nous rencontrerons dans Rome la grande figure de Michel-Ange; sous le dôme de Saint-Pierre nous aurons à le saluer comme un grand architecte; à chaque pas les merveilles de son ciseau nous arrêteront, mais nulle part il n’a écrit ses titres de grand peintre comme il l’a fait dans les chapelles Sixtine et Pauline. Il suffit de considérer ces fresques fameuses pour se faire une juste idée du caractère particulier de Michel- Ange, de son tempérament, de son humeur. Naturellement sombre, sauvage, porté à vivre seul avec ses pensées, il formait, par sa manière d’être, le contraste le plus frappant avec Raphaël. Autant celui-ci était gracieux pour tous, obligeant, mondain et d’un accès facile, autant Michel- Ange était fier, ombrageux, avare de son amitié et peu soucieux de ces démonstrations extérieures qui sont si souvent la monnaie des princes. On le vit plus d’une fois tenir tête aux papes les plus volontaires, an terrible Jules II, par exemple, et tandis que Raphaël s’attirait la faveur des souverains pontifes par une douceur de manières qui n’était pas néanmoins sans dignité, Ruonarotti leur commandait le respect par son attitude sévère, et: les forçait à compter avec lui, sans leur rien demander. Sa nature physique répondait du reste parfaitement à sa physionomie morale. La force extraordinaire qu’il prêtait à toutes ses figures se retrouvait dans son corps, d’une stature moyenne, mais robuste et bien proportionné, dans ses épaules vigoureuses, dans son tempérament nerveux et sec. Quand il était jeune, il reçut de son compagnon d’études, Torrigiani, depuis sculpteur, un coup de poing qui lui écrasa le nez, et cet accident contribuait à donner une expression de dureté à son visage osseux, remarquable par la saillie des pommettes, la largeur du front, la finesse des sourcils, la petitesse des yeux, la minceur des lèvres. De tous les portraits de Michel- Ange, le plus ressemblant est le buste en bronze de Ricciarelli qui est au Capitole. Cet homme extraordinaire n’eut d’autre passion que celle de l’art. Un prêtre lui reprochant de ne s’être pas marié, il répondit : «La peinture est jalouse et veut un homme tout entier. » Poëte, c’est à peine si quelque pensée d’amour transparaît dans ses poésies. Encore est-ce un amour pur, chaste, platonique et idéal comme celui que ressentit le Dante pour Béatrix. Il aima de cet amour la marquise de Pescaire, Vittoria Colonna. Il lui adressa beaucoup de sonnets imités de Pétrarque. Elle habitait Viterbe et venait souvent le voir à Rome. La mort de la marquise jeta Michel-Ange, pour un temps, dans un état voisin de la folie; il se reprochait amèrement, rapporte Condivi, de n’avoir pas osé lui baiser le front la dernière fois qu’il la vit, au lieu de lui baiser la main. Son naturel un peu farouche, son goût pour la solitude, ne l’empêchèrent pourtant pas d’avoir un petit nombre d’amis fanatiques et des serviteurs dévoués envers lesquels il fut quelquefois lui-même affectueux jusqu’à les soigner et à les veiller dans leurs maladies. Ü fut libéral, dit son biographe, il fit présent de beaucoup de scs

Page 1