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Longueur totale du Saint-Gothard 14,920>"f »
Longueur perforée au 1*' novembre 1875 5,124» ,90
Reste à perforer jusqu'au 1*' octobre 1880,
date de Tachèvement des travaux 9,795*"»10
Le tunnel complètement terminé, élargi dans toute sa section, maçonné, garni de sa voie ferrée, prêt enfin à recevoir la locomotive, doit être livré à la Compagnie qui construit la ligne tout entière du Gothard, le !«' octobre 1880. M. Louis Favre s'est certainement imposé là une lourde tâche, si l'on se rappelle et les treize années employées au percement du mont Cenis, et la longueur du tunnel en construction, supérieure de près de trois kilomètres à celle du premier souterrain des Alpes. Toutefois, les chiffres ci-dessus permettent d'assigner avec certitude, pour l'achèvement de l'œuvre colossale^ un délai plus rapproché encore que le terme maximum fix:é par la convention. Il faut seulement se reporter, pour l'établissement du chiffre définitif, à ce que nous avons dit de la constitution géologique du massif, ainsi que des pénibles et exceptionnelles circonstances qui marquèrent le commencement des'travaux à l'embouchure d'Airolo. Avant d'atteindre le massif schisteux, relativement tendre, qui forme l'élément constitutif et dominant de la montagne, la petite galerie de direction devait traverser, du côté nord, plus de 2 kilomètres d'une roche granitique fort dure, dans laquelle le progrès quotidien moyen s'est élevé cependant jusqu'à 3 et 4 mètres. Dans les rares couches de schistes cristallins talqueux et micacés intercalés dans le gneiss granitique, le nombre des postes mécaniques a été régulièrement de 4, parfois même de 5 par jour, donnant un avancement quotidien de 4 à 5 mètres. Si Ton se base sur ces chiffres, ce qui est fort raisonnable, puisqu'ils sont des résultats d'expérience, le souterrain peut et doit être terminé près d'une année avant le terme marqué. Nous laisserons le lecteur exécuter lui-même, comme applicatipn de ce que nous avons déjà avancé précédemment, les calculs si simples qui permettent d'espérer cette solution favorable.
Les travaux de parachèvement n'offriront rien de particulier. Le revêtement en maçonnerie s'effectuera, comme pour les autres souterrains, suivant des profils divers, avec revêtement à la voûte et aux pieds-droits, avec ou sans radier, suivant la nature des couches traversées.
L'importance scientifique du deuxième percement des Alpes ne sera point inférieure, dans ses résultats principaux, à ceux du col de Fréjus. La perforation de la petite galerie, qui, sur son parcours presque entier, traverse des roches d'origine ignée ou métamorphique, permettra d'étudier, dans leur structure intime, ces formations dont l'origine reste encore enveloppée d'un certain mystère. La grande élévation du sol de la montagne apportera aussi son contingent d'observations, précieuses pour l'établissement des lois de la chaleur interne du globe. Les travaux ne sont point encore assez avancés pour qu'on puisse résumer les observations déjà faites, et formuler une loi quelconque» La température interne de la roche ne peut guère être observée avec précision, tant que le front d'attaque n'est pas assez éloigné de l'embouchure du souterrain, pour que la température extérieure soit sans infiuence sur celle du point extrême. Les expériences thermométriques faites du côté nord, où déjà 2,700 mètres du massif ont été perforés, et où la roche est restée sensiblement la même depuis le commencement des travaux, peuvent déjà servir cependant, sinon à formuler une loi définitive, du moins à coordonner assez d'expériences pour reconnaître et vérifier une fois de plus le principe fondamental de l'augmentation delà température interne du globe, à mesure qu'on s'éloigne de la surface du sol.
L'observation des températures de la roche aux différentes profondeurs du souterrain, comparées avec les
LE TUNNEL DU SAINT-60THARD. 28i
altitudes correspondantes de la montagne, permet d'établir non-seulement la loi de croissance de la chaleur interne du globe, mais encore d'étudier les variations que cette loi peut subir, et qui dépendent de causes dî^ verses, dont les plus curieuses à considérer sont la forme extérieure du massif observé, et la nature même de la roche qui le constitue.
D'après les études faites au mont Genis par les géologues italiens Sismonda et Giordano, et par l'ingénieur Borelli, l'augmentation de la température interne était de i® par 52 mètres. Par la différence qui existe entre ce chiffre de 52 mètres observe dans un massif brusquement élevé au-dessus de la surface du sol, comme le sont les chaînes de montagnes, et le chiffre de 35 mètres observé dans les puits de mines, les puits artésiens, et en général dans les différents sondages exécutés en plaine,^ on constate l'influence que peut avoir, sur les variations de température, la forme extérieure du sol dans l'en droit observé.
Les expériences du col de Fréjus n'ont point permis d'établir les variations que peut présenter l'augmentation de la température interne avec la nature du terrain traversé, le massif étant composé, sur la plus grande partie de son épaisseur, d'une seule et môme roche. Les observations qui seront faites au Gothard donneront certainement des renseignements à ce sujet. Les résultats complets seront coordonnés après l'achèvement des travaux. Plus tard d'autres expériences seront faites dans les grands percementsencore en projet» comme la troisième traversée des Alpes au Simplon, celles de l'Himalaya, du Gaucase, des Gordillères, et d'autres encore dont le besoin se fera sentir à mesure que les relations commerciales des peuples prendront
un accroissement plus considérable. £n réunissant tous les faits acquis dans ces travaux, on pourra établir avec certitude les lois qui jusqu'à présent ne sont point encore complètement sorties du domaine de la spéculation.