‹ Les ganaches, comédie en quatre actesChapitre 114 sur 116 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

îjAIIGUERITE, sans Pécouter.

Ah! vous voyez bien!... et que vous n'avez pas été vingt fois, car jB me rappelle tout maintenant,... sur le point de me crier : « Mais on vous trompe!... Tout cela est faux !... »

MARCEL

Oui... oui !... Mais...

MARGUERITE

Ail ! VOUS voyez donc bien que vous ne m'aimez pas et que vous mentiez !

MARCELj avec chaleur.

Eh bien, non, je ne mentais pas! non! quand je vous criais : « Je vous aime !... » Et comment cet amour m'est venu, ou plutôt comment il s'est révélé, je ne saurais le dire ; mais j'étais si ému de vous entendre et de vous voir !... votre amour si pur, si simple, si tendre!... rayonnait sur moi... il me pénétrait de toutes parts... il m'enivrait !... Ah ! cela ne s'exprime pas, Marguerite, cela se sent!... 11 y a là quelque chose de divin! le mensonge devenait peu à p'eu vérité; la vérité, lumière; la lumière, éblouissement... J'étais ravi, confondu, en extase !... Je vous aimais, je vous adorais !... et je le jurais du fond de l'âme, comme je jure encore que je t'aime et que je t'adore !

MARGUERITE, qui s'est retouroce vers lui à mesure qu'il parle, après Tavoir regardé, avec élan

Ah î je vous crois !

MARCEL

Enfin ! Ah ! maintenant, vous êtes à moi, et je les défie de nous séparer!...

MARGUERITE

Nous séparer!...

MARCEL

Oui, ouil le Marquis m'a défendu tout espoir; mais qu'importe!

MARGUERITE, le repoussant.

Qu'importe?... Qu'espérez-vous donc, Marcel? Que je vous suivrai... Que je consentirai, moi aussi, à braver leur défense et à fuir avec vous... Ah î jamais **!

(Elle s'éloigne de lui.)

MARCEL

Mariçuerite!

• Marcel, Marguerite.

•* Marguerife, Marcel.

!r38 LES GANACHES.

MARGUERITE

Jarriais!

MARCEL

Mais vous, Marguerite, mais vous êtes libre ! Vous êtes seule !

MARGUERITE

Seule! moi?... Est-ce que vous ne voyez pas que partout, partout où je suis, je parle et j'agis pour deux : pour moi et pour celle qui n'est plus!... Quand je suis entrée dans cette maison, je l'ai juré! ils l'ont chassée, maudite! je veux qu'ils riionoreht et qu'ils la regrettent... Et c'est moi qui la ferais maudire et détester davantage ! Aii! je ne veux pas qu'on dise: « La mère savait si mal ses devoirs qu'elle n^a pas su les apprendre à son enfant!... » Mais je veux que partout l'on s'écrie^ et dans cette maison plus haut qu'ailleurs: « Vous voyez bien que c'était une honnête femme, celle qui de son enfant a su faire une honnête fille I »

MARCEL, avec admiration.

Ah! samte vertu!... Ame vaillante et belle!... Je l'ai dit, que vous étiez la voix de ma conscience...

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