MARGUERITE, LE MARQUIS
LE MARQUIS, venant sur la pointe du pied la surprendre par derrière.
A quoi pensez-vous là, petite sournoise?
MARGUERITE, cachant la carie.
Ah! mon oncle! vous m'avez fait peuri
LE MARQUIS
Je ne crois pas ceh, par exemple : je ne suis pas encore à faire peur, (a Marguerite, qui l'embrasse.) Vous voycz bien quc je ne vous fais pas peur!
MARGUERITE
Vous avez bien dormi ?
LE MARQUIS
Penh!... le sommeil s'en va! Mais vous-même, chère enfant, déjà levée, à huit heures, en plein hiver? — Dieu! la mine florissante! Mais vous n'êtes plus la même aujourd'hui!... l'œil brillant^ le teint onimé!... Qu'y a-t-il donc?
MARGUERITE, embarrassée.
Mais rienî... rien!... Seulement, je me suis un peu occupée ce matin...
LE MARQUIS *
A quoi?
MARGUERITE, vivement, pour cacher son trouble, et allant déposer la carte sur le secrétaire.
Mais à mille choses !... J'ai fait ranger votre cabinet, qui était dans un affeux désordre ;j'ai fait épousseter tous vos livres, qui étaient blancs de poussière...
Tu as fuit cela?
MARGUERITE
Avec Bourgogne, oui !
LE MARQUIS
Tu as décidé Bourgogne à ranger mon cabinet?
• Marguerite, le Marquis.
MARGUERITE
Mais oui!
LE MARQUIS
Voilàun jour à marquer d'une croix blanche! — Car il est un peu maniaque, Bourgogne, je ne sais pas si tu Tas remarqué ?... Jl est môme insupportable, Bourgogne!
MARGUERITE
Mais il vous aime tant !
LE MARQUIS
Eh! c'est bien ce qui me gêne! Le moyen de renvoyer un homme qui est né dans cette maison, et qui nous sert depuis l'âge de quatorze ans, sans gages!... Ce qui me coûte beaucoup
plus cher!... (a Marguerite, qui regarde du côlé de la fenêtre.) A qUOi pCnSCS-
tu donc?..,
MARGUERITE
Mais à ce que vous me dites ! J'ai ma petite tête aussi, moi, et nous changerons tout cela.
LE MARQUIS
Vous avez déjà commencé, chùre enfant!... La maison n'est plus la môme! Elle était triste, humide, et voici qu'elle a pris, je ne sais comment, un air de fête!...
MARGUERITE
C'est bien facile! — Un peu plus de lumière dans la chambre et trois fleurs dans un vase...
LE MARQUIS
Non, ma belle, non ! — Ce pâle soleil n'y est pour rien! ni ces fleurs prdes comme lui ! — C'est votre jeunesse qui se joue sur to.it cela comme un rayon d'avril et qui fait tout resplendir autour d'elle! Vous êtes venue par un soir d'hiver chez de vieux garçons tristement accroupis autour de leur feu!... Vos yeux étaient pleins d'éclairs, vosmains élaient pleines de roses, si bien que le peu de joie qui nous restait encore au fond, tout au fond du cœur, s'est mis à battre de l'aile pour vous suivre; et nous voilà tous fringants et tous fiers d'un éclat nouveau qui nous enchante et qui n'est que le reflet de vos regards et de vos sourires.
MARGUERITE
Et comme il n'y aurait plus pour moi de sourires sans votre douce et tendre affection, vous voyez bien que c'est encore à vous qu'il faut en r ippoilcr tout riionncur.