ACTE QUATRIÈME
LE MARQins, tressaillant.
Ce jeune homme?
VAUCLIN, trariquillement.
Oui... Marcel, qui est chez moi.
LE MARQUIS
Tu as donné asile à ce... ?
VAUCLIN, de même.
Pourquoi pas? L'homme qui a sauvé (a nièce avait bien 11 droit de veiller sous le même toit qu'elle !
LE MARQUIS
Eh ! quelle reconnaissance lui dois-je, à cet homme? H l'a arrachée de celte fenêtie, c'est vrail Mais n'est-ce pas son fatal amour qui l'y avait poussée !
VAUCLIN,
Es-tu bien sûr que ce soit son amour pour elle, et que ce ne soit pas notre haine pour lui?
LE MARQUIS
Notre haine?
VAUCLIN, le regardant fixement.
Ou ton égoïsme, si tu l'aimes mieux !
LE MARQUIS
Moi?
VAUCLIN.
A moins que tu ne l'appelles dévouement, ce premier mouvement de ton orgueil qui écarte le sauveur, au risque de tuer la malade, et qui l'.ibandonne aux soins d'une Rosalie^, tout au plus capable de la pousser au désespoir !
LE MARQUIS
Vauclin!...
VAUCLIN.
Mais ce manant ose aimer ta nièce ! Cela crie vengeance, n'est-ce pas? Périsse la pauvre enfant! et sauvons l'honneur du Marquisat !... Ou plutôt, car voici la vérité, jouons le salut de ta nièce sur un coup de dé; pourvu qu'il disparaisse à jamais cet être importun, cet ennemi... (a voix basse, mais avec mteniien.) Ce rival!...
LE MARQUIS
Ce rival...?
VAUCLIN.
J'ai dit rical et je le répète! Et si ton cœur, honteux de ce qu'il éprouve, n'a pas encore osé te l'avouer, eh bien, c'est moi qui te l'apprends l Oui, ton l'ival!.., car ce n'est plus le
ioturier, ce n'est plus riionime hostile à tes convictions que tu veux éconduire, c'est l'amoureuv pi'éfrré... qui ruine à jamais ce rêve que tu caressais à ton retour, d'une maison rajeunie, d'une famille nouvelle, d'une femme belle... charmante!...
LE MARQUIS
Vauclin !
VADCLIN, lui saisissant la maJa.
Tu cries! — J'ai touché la plaie!...
LE MARQUIS, avec force.
Ah! tu mens!... et jamais...
Jamais?, .jure-le donc!
LE MARQUIS., avec douleur.
Ah! Vauclin, que tu me fais de mal!...
VAUCLlN, avec cœur.
Jamais trop, si je te guéris!
LE MARQUIS, se redressant.
Ah ! c'est fait, et tu ne me verras pas rougir deux fois de ma folie!...
VAUCLIN.
Folie, tu as bien raison!... La nature a fait une affeciion pour tous les âges, et à qui n'a plus droit aux passions de l'amant, il reste l'amour du père.
LE MARQUIS
Hélas! je n'ai pas de famille, Vauclin '...Et je n'ai pas d'enfants.
VAUCLIN.
Tu as une fille! Aime-la et tu ne seras pas ridicule, car cet amour-là sera toujours de saison!...
LE MARQUIS, avec amertume.
Ah! sans doute, oui; aimons-la comme un père peut aimer safille, et entourons-la de soins et de tendresse, pour qu'un autre plus jeune vienne un jour ou l'autre l'arracher à nos bras!...
VAUCLIN.
Mais l'horrible serait qu'elle y restât, dans nos bras!... et je m'accuse de l'avoir espéré un instant... Quoi ! tu ne comprends pas encore que -nous sommes deux enfants, deux fous, deux maniaques... que depuis huit jours nous cherchons, par de petits moyens puérils et ridicules, à arrêter ce qui ne s'arrête pas! la jeunesse! Et nous croyons lui opposer une barrière de nos mines!... et quand elle nous bouleverse nous et nos plâtras et fait tout voler en poussière... cela nous étonne... Vieilles bêtes!