ACTE PREMIER
M OR ISS ON, repliant la lettre.
Voilà, monsieur mon fils, sur quoi je comptais vous demari. der des explications à déjeuner.
II lïNn I , gaiement.
Eh bien, papa, oui, c'est vrai!
MORISSON
Une femme mai'iée!
HENRI
Bail! un mari plus âgé qu'elle, et un mariage de raison!
Bel argument!
HENRI
D'ailleurs, je ne l'ai jamais vu, ce mari ! Je ne le connais pas! il ne compte pas!..
MORISSON, à part, avec satisfaction.
Il a du Richelieu, ce gamin-!à! (Haut.) Et celte jeune sœur?
HENRI, vivement.
Oh! charmante, la jeune sœur!
MORISSON
Et vous la courtisez aussi ?
HENRI
Elle le mérite bien.
MORISSON
Sans l'aimer?
HENRI
On aime toujours assez une femme pour lui faire la cour, surtout une cour chaste et discrète comme celle-là!
MORISSON
Et tout cela pour servir votre coupable passion!...
HENRI, gaiement.
Oh bien, papa, si nous en venons aux gros mots!... Passion!... Peste! comme tu y vas! Rétablissons les faits; je rencontre une femme aimable, vertueuse, mais ennuyée... Elle
me voit... donc, elle m'adore, c'e.>t fatal! Tu n'es pas là, j'ou blie de me défendre; et nous VLiilà chevauciiant tous deux gentiment dans le pays de Tendre!... Bonn? fortune, galanlerie, amour, tout ce que tu voudras!... mais passion!... pas encore!... ^ttends encore un pci, pai^a.
MO RIS SON
Que j'attende quoi?
HENRI
Qu'elle ait couronné ma flamme!
MORISSOX, vivement.
Oh! elle n'a pas?... il n'y a pas?...
HENRI, rinterrompant.
Mais non!... Au mo:nent où nos affaires prenaient la meilleure tournure, une lettre suîjite du mari les rappelle... Elles partent... et je reviens du Tendre, ayant versé à la première cînpe...
MO RIS SON
Et depuis, plus de nouvelles?...
HENRI
Ah! si... Je sais oîi elle est!
Où ça?
HENRI
A la campagne, aux environs de Paris... dans les terres du mari.
OÙ tu es allé?
HENRI
Ma foi, non!... Je me suis dit : «Je la reverrai plus tard à Paris; en attendant, mettons-nous au vert!...» Et c'estalorsque nons avons exploré tous les environs, pour trouver une maison de campagne à ton gré...
MORISSON
Dans un pays qui te convint...
AGTK PREMIER. H
HENRI
Et celui-ci, réunissant toutes les qualités requises de pittoresque, d'hygiène... d'agréable voisinage...
MORISSON
Tu m'as fait acheter ici.
HF.NRI.
Et nous y voilà tous deux, loin des passions^..,
MOR ISS ON.
Enfin, je respire... Grâce à Dieu,, c'est resté toul platonique.
HENRI
Jusqu'ici!...
MORISSON
Et pour toujours! Je préviendrais plutôt le mari.
HENRI
Oh! ça!...
Oh! ça!... je le ferais,... libertin!...
H i: N R I , riant.
C'ert ta faute, papa! Pourquoi m'as-tu fait si beau?
MORISSON
Ce n'est pas une raison ...
HENRI
Aimerais-tu mieux qu^' ma ^ue n'inspirât aux femmes que du mépris?
MORISSON
Mâtin!... Qu'est-ce qu'il leur faudrait donc, alors?
HENRI, câlinant.
Eh bien, alors, sache-leur gré d'apprécier ton chef-d'œuvre il son juste prix...
MORISSON,- avec satisfaction.
Ah ! scélérat !
HENRI
Et remercie-moi de me montrer digne de tous les dons que je dois à ta munificence paternelle...
n NOS BONS VILLAGEOIS.
IIORISSON.
Garnement I
HENRI
Par l'heureux emploi que j'en sais faire!...
MORISSON, l'embrassant.
Monstre, va!... a-t-il de l'esprit I...
HENRI
Là-dessus, je vais chercher mon chapeau... et je reviens te prendre pour déjeuner.
MORISSON
Envoie le poisson.
• HENRI
C'est convenu... (n se sauve.)