‹ Les ganaches; comédie quatre actesChapitre 128 sur 238 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

M OR ISS ON, repliant la lettre.

Voilà, monsieur mon fils, sur quoi je comptais vous demari. der des explications à déjeuner.

II lïNn I , gaiement.

Eh bien, papa, oui, c'est vrai!

MORISSON

Une femme mai'iée!

HENRI

Bail! un mari plus âgé qu'elle, et un mariage de raison!

Bel argument!

HENRI

D'ailleurs, je ne l'ai jamais vu, ce mari ! Je ne le connais pas! il ne compte pas!..

MORISSON, à part, avec satisfaction.

Il a du Richelieu, ce gamin-!à! (Haut.) Et celte jeune sœur?

HENRI, vivement.

Oh! charmante, la jeune sœur!

MORISSON

Et vous la courtisez aussi ?

HENRI

Elle le mérite bien.

MORISSON

Sans l'aimer?

HENRI

On aime toujours assez une femme pour lui faire la cour, surtout une cour chaste et discrète comme celle-là!

MORISSON

Et tout cela pour servir votre coupable passion!...

HENRI, gaiement.

Oh bien, papa, si nous en venons aux gros mots!... Passion!... Peste! comme tu y vas! Rétablissons les faits; je rencontre une femme aimable, vertueuse, mais ennuyée... Elle

me voit... donc, elle m'adore, c'e.>t fatal! Tu n'es pas là, j'ou blie de me défendre; et nous VLiilà chevauciiant tous deux gentiment dans le pays de Tendre!... Bonn? fortune, galanlerie, amour, tout ce que tu voudras!... mais passion!... pas encore!... ^ttends encore un pci, pai^a.

MO RIS SON

Que j'attende quoi?

HENRI

Qu'elle ait couronné ma flamme!

MORISSOX, vivement.

Oh! elle n'a pas?... il n'y a pas?...

HENRI, rinterrompant.

Mais non!... Au mo:nent où nos affaires prenaient la meilleure tournure, une lettre suîjite du mari les rappelle... Elles partent... et je reviens du Tendre, ayant versé à la première cînpe...

MO RIS SON

Et depuis, plus de nouvelles?...

HENRI

Ah! si... Je sais oîi elle est!

Où ça?

HENRI

A la campagne, aux environs de Paris... dans les terres du mari.

OÙ tu es allé?

HENRI

Ma foi, non!... Je me suis dit : «Je la reverrai plus tard à Paris; en attendant, mettons-nous au vert!...» Et c'estalorsque nons avons exploré tous les environs, pour trouver une maison de campagne à ton gré...

MORISSON

Dans un pays qui te convint...

AGTK PREMIER. H

HENRI

Et celui-ci, réunissant toutes les qualités requises de pittoresque, d'hygiène... d'agréable voisinage...

MORISSON

Tu m'as fait acheter ici.

HF.NRI.

Et nous y voilà tous deux, loin des passions^..,

MOR ISS ON.

Enfin, je respire... Grâce à Dieu,, c'est resté toul platonique.

HENRI

Jusqu'ici!...

MORISSON

Et pour toujours! Je préviendrais plutôt le mari.

HENRI

Oh! ça!...

Oh! ça!... je le ferais,... libertin!...

H i: N R I , riant.

C'ert ta faute, papa! Pourquoi m'as-tu fait si beau?

MORISSON

Ce n'est pas une raison ...

HENRI

Aimerais-tu mieux qu^' ma ^ue n'inspirât aux femmes que du mépris?

MORISSON

Mâtin!... Qu'est-ce qu'il leur faudrait donc, alors?

HENRI, câlinant.

Eh bien, alors, sache-leur gré d'apprécier ton chef-d'œuvre il son juste prix...

MORISSON,- avec satisfaction.

Ah ! scélérat !

HENRI

Et remercie-moi de me montrer digne de tous les dons que je dois à ta munificence paternelle...

n NOS BONS VILLAGEOIS.

IIORISSON.

Garnement I

HENRI

Par l'heureux emploi que j'en sais faire!...

MORISSON, l'embrassant.

Monstre, va!... a-t-il de l'esprit I...

HENRI

Là-dessus, je vais chercher mon chapeau... et je reviens te prendre pour déjeuner.

MORISSON

Envoie le poisson.

• HENRI

C'est convenu... (n se sauve.)

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