‹ Les ganaches; comédie quatre actesChapitre 14 sur 238 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

URBAIN

J'ai ûîné en ville, papa.

FEOilENTEL.

OÙ ça, en ville ?

URBAIN

Chez une dame qui me veut du bien.

FROMENTEL, grommelant et remettant une bûche au f^'u.

Une dame... Ta blanchisseuse?

URBAIN

Ce n'est pas une blanchisseuse; c'est la cafetière du café du Commerce, (a Bariiiôn.) Une femme... Je vous ferai voir ça... Elle s'appelle Clotilde!...

(11 remonte et va s'adosser à la cheminée.)

FROMENTEL, après avoir cherché du côté de BariUon, à qui il s'adresse d'abord, retrouvant Urbain à U cheminée.

Je t'en donnerai, moi, des cafetières... Regardez-moi ça *... Quelle mine!... C'est échiné !... c'est^ courbé!...- c'est vert-degi'isl... et ça n'a pas vingt ans!... Où as-tu passé la nuit dernière, grand vaurien ?

URBAIN

Oh! je suis rentré hier au soir à dix heures, papa.

FROMENTEL

Ce n'est pas vrai, garnement ! A dix heures et demie, j'ai regardé ton trou à 'a serrure, et ta cheville n'était pas dans le trou !

URBAIN

Oh! par exemple!

FROMENTEL

Ulle n'était pas dans le trou !...

Eh bien, je l'ai oubliée, quoi! (Quittant U cheminée pour aller à Baril-

lon.) C'est trop bète aussi! Est-ce qu'ils n'ont pas imaginé de percer dix trous à la porte, en dedans, autant que d'habilants dans la maison: à chacun son trou, avec un petit morceau de bois pendu à côté, pour boucher son trou en rentrant; et quand toutes les chevilles sont dans tous les trous, c'est que tout le monde est rentré et qu'on peut tirer les verrous... Est-ce assez ridicule, une invention pareille, au dix-neuvième siècle!

* Barillon, Fromentel, Urbain.

FROMENTEL *

De mon temps, monsieur, on ne découchait jamais»

URBAIN, remonlant.

Oui! je t'en moque!

(Il va à la table de whist et fait un lansquenet pendant ce qui suit.)

FROMENTEL, descendant, à Birillon **,

Mais voilà lajeunesse d'aujourd'hui, monsieur! Et on favorise ces choses-là. Ça entre dans leurs idées! Ils sont contents!... Ils se frottent les mains!. . Ils se disent : «Le fils Frouientel ne rentre pas !... Bon! encore un garnement doni nous ferons ce que nous voudrons... »

BARNXON.

Vous croyez qu'ils en feront quelque chose?

FROMEXTEL.

Oh! je n'en sais rien; moi, je n'ai jamais pu rien en faire!

BARILLON

Bah !... Il a du pain sur la planche;, et avec vos rentes!...

Oui, parlons-en, de mes renies Vous n'avez pas de rentes, \ous!... Vous êtes hien heureux!... Vous n'êtes pas ohligé de jouir de la vie... Moi, je jouis de la vie... (mousse.) C'est amusant!

BARILLON

Occupez-vous,... Le jardinage, la culture...

FROMENTEL, grommelant.

Eh bien! oui, je cultive des ananas dans la serrel...

BARILLON

Eh bien?

FROMENTEL

Eh bien, il vient quelque chose qui ressemble à des carottes!... II n'y a plus de culture, monsieur!... La terre est épuisée!...

BARILLON

Pourtant, la campagne!

FROMENTEL

Mais il n'y a plus de campngne, monsieur! — Où voyez-vous la campagne?... H n'y a plus que des villes!...

• Barillon, Urbain, Fromentel.

♦* Urbain, Barillon, Fromentel.

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