‹ Les ganaches; comédie quatre actesChapitre 170 sur 238 · ACTE TROISIËME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIËME

LE DAnOX.

Ah!Io3 filles rageaient bien... une surtout... la petite Grinbu!... Elle avait des yeux, comme ça!...

GENEVIÈVE

Aimable jeune personnel

LE BAnoN. Oui, et joli bonhomme, le père!

GnANDMÉNIL.

Vous êtes donc toujours mal avec lui?

LE BAnON.

Avec Grinchu?... Nos rapports sont un peu tendus... Ce m?tin, j'ai failli le jeter à l'eau,... et, avant-hier, je lui ai fait faire sur la roule la plus jolie culbute...

GENEVIÈVE

Oh ! mais je ne connais pas ça!

LE BARON

C'est que j'ai commis mon crime dans l'ombre de la nuit...

GENEVIÈVE

Ah! mais il faut nous conter ça, baron. Contez tout do suite... Contez -ite.

LE BARON, riant.

Ah Me conter n'est rien, il fiillait le voir... Vous savez, monsieur Grandménil, qu'on transforme le chemin vicinal n"6 en route départementale?...

GRANDMÉNIL

Oui : c'est un élargissement do trois mètres.

LE BARON

Justement... Or, le chemin en question longe à droite uns terrasse ombragée d'arbres séculaires ; à gauche, un simple champ de betteraves... La terrasse est à moi... les betteraves sont à Grinchu... A la dernière séance du conseil, l'agent voyer nous déroule deux plans... L'un élargit la roule, en mordant sur moi; l'autre, en rognant sur Grinchu. Je n'ai pas

besoin de vous dire que toutle conseil, sauf Boutillé, se récrie sur la magnifique conception du projet qui abat mes beaux arbres et qui respecte religieusement les betteraves... Je fais en viiin remarquer que le second tracé est, de tous points, le seul logique, le seul avantageux... Plus j'insiste... plus mes coquins se font fêle de mon déplaisir. On vote, je suis battu, j'enrage; mais je sors en me disant : « Gredins'... vous n'avez pas de quoi m'exproprier. Il faut attendre que mon mur s'écroule... Il est à meulières et à mortier de chaux. Je tomberai!... vous tomberez!... et il ne tombera pas!... »

En effet, s'il est en bon état!...

LE BARON

Oui. Mais ce raisonnement-là,... mes drôles le font de leur côté... Et, la nuit suivante, chaque maraîcher tournant ma terrasse, avec sa charrette, pour aller aux halles... bing!.. un coup de moyeu dans l'angle du mur... El, au retour de Paris... bing!... un second coup!... Vingt charrettes pour aller, vingt pour revenir; total : quarante coups de bélier dans la nuit. Le mur, ébranlé, se lézarde, s'effondre... On m'avertit... J'attends la nuit, et silencieusement je fais camper à la pointe du mur une borne monstrueuse... Puis, le cigare aux lèvres, j'observe... — Vers minuit, bruit de grelots... Qui nous arrive?... C'est Grinchu, qui, du plus loin, lâchant la bride ii son bidet, prend son élan pour détacher à la muraille un effroyable renfoncement.... Il arrive... se précipite.... bing!... sur la borne!... les traits volent en éclats!... Et voilà ma charrette sur le dos, les légumes au diable, et Grinchu cabriolant sur le tout, les quatre fers en l'air!... J'ai passé un joli quart d'heure!...

GENi: VlîiVE.

Ils n'ont pas recommencé?

LE BAUON'.

Us ne peuvent plus... la borne!... Je triomphe.

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