ROSALIE, MARGUERITE
ROSALIE
Pauvre mignonne!— Voyez dans quel état ils la mettent avec leurs finesses !
MARGUERITE, revenant à elle.
Madame I... Marcel... où êtes-vous?...
ROSALIE
Il est parti 1
MARGUERITE, repoussant sa main.
Parti! Voulez-vous encore me tromper, madame?
ROSALIE
Moi?
MARGUERITE
Oui ! Une fois déjà vous m'avez menti... mon parrain me l'a dit!...
ROSALIE, exaspérée.
J'ai menti!... j'ai menti... Ce monstre a osé vous dire que j'étais capahle de mentir... quand c'est eux qui s'entendent pour vous tromper et pour vous faire croire à un amour qui n'est qu'une comédie I
MARGUERITE
Une comédie!... l'amour de Marcel!
ROSALIE
Mais c'est un jeu concerté entre eux... pour vous donner satisfaction comme aux enfants malades. — Eh bien, moi, came révolte, ces choses-là! Pour qui donc est-ce qu'ils vous prennent? pour une fille sans religion, donc, qui n'est pas capable
d'offrir à Dieu ses petits chagrins... comme moi, qui depuis trente ans n'ai jamais pu épouser une seule de mes inclinations et qui lui olfre tout cela en masse. Mais il faut ça, ma fille... c'est une mortification! il faut ça pourlebien de l'âme!
MARGUERITE
Marcel ne m'aime pas !... lui que j'entends encore t... lui qui vient à l'instant!...
ROSALIE
Mais par charité, par pitié!...
MARGUERITE, avec un cri de douleur.
Par pitié!.,. Assez! assez!... madame! Laissez-moi!...
ROSALIE
Oui, oui! c'est fini!... Ce n'est rien!... Pauvre mignonne! la
mettre dans cet état !... (Montrant le poing au docteur dans le vide.) Oh !
le païen! J'ai menti! Ah ! si je le trouve !... Mais c'est toi qui mens, monstre d'homme! mais c'est vous tous! tous!... qui mentez pour nous tromper! mais qui ne me tromperez jamais, moi, jamais! jamais!...
(Elle sort magnifiquement.'