‹ Les garnisons de la barrière dans les Pays-Bas autrichiensChapitre 13 sur 56 · LE LOGEMENT DES GARNISONS · texte numérisé non relu

LE LOGEMENT DES GARNISONS

Le traité du 30 janvier 1716 sur les logements militaires. — Le logement des aumôniers. — Controverse. — Le lecteur wallon à Furnes. — Réclamation du Magistral. — Décision du Conseil privé. — Exigences des officiers hollandais. — Intervention du Résident. — Les fournitures.

La question des logcmenls a fait l'objet d'un traité ' signé à Anvers le 30 janvier 1716, mais l'exécution donne lieu à maints tiraillements « parce que ceux de l'État-major prétendent que quelques personnes de la garnison soient logées sur un pied plus considérable que celui qui leur compelte - ».

Tout n'a pas été prévu dans ce règlement de 1716, et notamment rien n'a été stipulé au sujet du logement dont jouiront les aumôniers calvinistes.

Le Résident Van Assendelft soutient que les minisires des régiments hollandais doivent être logés comme les capitaines, et leurs lecteurs comme des lieutenants ^. Mais c'est une opinion qui ne s'apptiie sur aucun lexle formel, une « pure nouveauté », dit le Magistrat de Termonde *.

L'affaire est délicate parce qu'elle touche aux dissidences d'ordre religieux, et l'on marche sur un terrain brûlant. On fera des objections sur le nombre des aumôniers, et les magistrats catholiques le trouveront naturellement excessif. Le bourgmestre de Namur n'admet pas les trois aumôniers qui accompagnent la troupe; il ne consent à payer le logement que pour

1 Règlement pour le logement et le comportement des troupes des Étals-Génératix des Provinces- Unies, qui doivent être de garnison dans les villes de la Barrière. {Placards de Flandre, IV, 1641-1646.1

'^ Dépêche adressée par le Magistrat de Namur à la Gouvernante générale le 12 mai 4738. (Archives du Royaume à Bruxelles. Jointe des terres contestées, cart. S5/gg.)

3 Voir sa dépêche du 2 octobre 1730. (Ibidem, Secrétairerie d'Etat et de guerre, registre DCCLVIII, f"' 45-48.)

4 « Il y a dans Termonde un chapelain des troupes autrichiennes catholiques, logé par la ville comme l'aumônier protestant des troupes hollandaises, sur le même pied. On ne peut exiger davantage. » (Rapport du Magistrat de Termonde, Ibidem.)

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deux, à raison de dix (lorins par mois '. A Furnes, la commune se refuse à solder les Irais (riiabilalion d'un lecteur wallon qu'elle déclare inutile puisque la garnison se compose exclusivement de soldats hollandais; on soupçonne d'ailleurs ce |)ersoimage de s'établir à Furnes pour y ouvrir une école protestante, « ce qu'il a bien soin de relicer », et ce qui serait « contre l'intérêi de la religion catholique romaine, contre les intérêts de Sa Majesté, et contre les lois du pais '^ » .

Le Conseil privé, et après lui le Ministre plénipotentiaire, donna raison au Magistrat de Furnes'^, et l'on écrivit au Résident kinschot que sa demande « sembloit frivole et inadmissible ». Il y a aussi des contestations perpétuelles entre les états-majors et les autorités communales parce que les officiers trouvent les logements assignés « indécents »; ils veulent obtenir une indemnité qui leur permette de se loger chez l'habitant d'une manière pluf^ confortable. Les villes, de leur côté, défendent leur caisse avec énergie, ei les discussions durent, sans trêve, dans toutes les places.

A Tournai, cela commence au lendemain du traité, et dès l'abord le ton est singulièrement acrimonieux. En 1709, les soldais, au lieu de se loger dans les casernes qui leur sont destinées, s'emparent de vive force de l'hôpital Delplanque, en chassent les religieuses et s'établissent aussi dans l'hospice des aliénés, dit Tour des sots *. Les Prévôts et jurés s'emportent

• Il fait remarquer que les aumôniers catholiques ne reçoivent comme indemnité de loge ment que 50 sols par mois. (Archives du l{oyaume ù tiruxelies. Secrétairerie d'Étal et de guerre, registre UCCLIX, f"' 154-166.)

2 Ibidem. Conseil privé, registre aux consultes, l.,III, P" 21G-2I6.

^ « Dans la conjoncture (jue |)ar un liruil vulgaire ce lecteur viendroit tenir sa résidence h Furnes, en vue d'y tenir une école française, eu égard que cela n'occasionneroit pas seulement un scandai public, mais enlraineroit j)ar-dessus ce des inconveniens très préjudiciables i'i notre Sainte Heligion ut très dangereux |)our le salut des imes des bons sujets de Sa Majesté, à laquelle par conséquent il importe de prévenir des suites si nuisibles en écartant les vues cf[uivo(|U('S du ministre Berteux. » ^lbidem.^

■* HoviiiiLANT, LXWIV, "IW-tW. - Ibidem, !2il()-'J!>l. La correspoiuhuuc du comte d'Albemarle avec le Magistrat esl d'un Imi |iliis (|iic vit ; il parle de « ro|)iniiitreté maligne du Magistral », de sa « mauvaise loi exlravaganlc », de son « verbiage ridicule »; les casc^rncs sont lellenK^nl rem|)lics d«! vermines, de vilainics et de puanteurs (|ue ce serait une honte de vouloir faire entrer un otiicier dans un pareil trou ». ... » L'esprit malin du Magistral ne peut citer un seul passage du règlement sans le châtrer et falsifier. »

contre les récriminalions de rÉtat-major '. Plus lard, ils déplorent que les sacrifices pécuniaires considérables auxquels la ville s'est prêtée n'aient pas désarmé l'opposiiion -, cl le marquis de Prié reconnaît le bien-fondé de leurs doléances. Dans une dépêche adressée le 22 mai 1722 aux Étals-Généraux, il constate que le logement des officiers, s'ajoutanl aux « voyes de fait pratiquées conlinuellemenl par ceux de la garnison », est «ne ruine pour les finances communales; aussi la ville se trouve-t-elle dans l'impuissance de fournir sa part des aides et subsides, el même de payer les renies de ses emprunts ^.

Ces difficultés durent aussi longtemps que l'occupation ', et il y a recrudescence chaque fois qu'un nouveau titulaire prend possession du comman-

1 « il nous est 1res doloreux de voir la requête (des officiers hollandais) remplie d'expressions si violentes, si calomnieuses, si injurieuses, si peu sincères, et conceue en des termes si généraux qui font paroistre qu'on a affecté d'obmettre les véritables faits el circonstances qui manifesteroient l'intégrité et la justice de notre conduitte... Les officiers se sont oubliez si avant qu'ils ont proféré plusieurs termes injurieux, insultans et invectivans... il est à craindre des désordres infinis qui ne peuvent avoir d'autre but que pour aigrir et animer les membres du Magistrat les uns contre les autres, de fomenter des cabales pernicieuses, d'occasionner des procès et des disputes frayeuses à la ville. » (Signé! De Pape, d'Hallebast, de Galonné, Duquesne, Schijnckele, VVerbrouck, Dury, Van Rode, Hoverlant, de Vissery de Beaulieu, de Cartillier, Vernois, Malotau, Le Pan. (Archives du Royaume à La Haye. Brussel, Gewone brieven, 1716.) — Voir aussi Archives communales de Tournai, registre des Consaux, 171S, f°' 3S à 42; id. 54.

2 « C'est un fait très certain que le logement des capitaines et de leurs subalternes dans les auberges et maisons bourgeoises a coûté à la ville plus que ce qu'il auroit coûté si les dits officiers avoient esté logez dans les pavillons, comme il est stipulé et accordé par l'article 24 de la capitulation. »... (Dépêche adressée par le Magistrat de Tournai au Ministre plénipotentiaire le 27 janvier 1720. Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'État el de guerre, registre DCCLVI, f" 63.)

■i « Les officiers ne prétendent plus loger dans les pavillons, et la ville a donc dû payer leur logement dans des auberges et maisons bourgeoises. Cette double dépense est une surcharge des plus criantes, et la ruine des impôts, causée par les fraudes et la violence des garnisons de la place et de la citadelle ont mis la dite ville non seulement dans l'impuissance de fournir aux aides et subsides, mais aussi hors d'état de pouvoir payer les rentes assignées sur ses revenus... La ville a fait à La Haye de longues sollicitations...' qui n'ont produit d'autres efiéts jusqu'à présent que celuy d'achever d'abinier la ville par ce surcroît de faux frais. » {Dépêche adressée aux États-Généraux par le marquis de Prié le mai 1722. Ibidem, registre DCCLVll, f°» 20-23. - Voir ibidem, f»= 197, 204-222, 226-227.)

4 Ibidem, registre DCCLVIII, f°' 4 44.

dément \ Après le siège de 474S, la ville, à bout de ressources, se trouva dans rimpossibiiilé absolue de payer, et le trésor public dut intervenir. Les indemnités de logement subirent une légère diminution, car, à la suite de la guerre de la Succession d'Autriche, les finances de rÉial se trouvèrent aussi dans un élat précaire. Cette réduction donna lieu à des réclamations sans fin "^, et cependant les subventions n'étaient pas aussi mesquines que les Hollandais se plaisaient à le dire ^

1 Voir, par exemple, les réclamations du prince de Hesse-Pliilippsthal en 1749. Ce n'est pas seulement aux autorités communales qu'il en veut, mais aussi au Ministre plénipotentiaire ; « Le duc (Charles de Lorraine) et M. de Grompipen (sic) sont bien incliné, mais M. de liolta toujours à ne se détacher point des espaices. » (Archives du Royaume à La Haye. Brussel, Diverse brieven, 1743-n49-175L)

- Le Résident des Provinces-Unies s'est entremis, mais sans grand succès, la ruine des finances communales n'étant que trop réelle. Les négociations se prolongent après la paix d'Aix-la Chapelle pendant près de six années. Le 27 janvier 1754, Van Haren adresse aux États-Généraux une longue dépêche où il rap|)elle ses innombrables démarches : « W. Ed. Gest. zal uit al het bovengemelde, hoop ik, overtuigt zijn dat ik aile mogelijko devoiren heb aangewend om den heere Prince van Hesse Philipsdal en de overige militaire beampten van den Staat te Doornik plaisier te doen, en regt te doen genieten omirent het geene men haar alhier zoo chicaneus en onvindelyk heeft beknibbeld, maar dat het niet in myn vermogen is geweest daerin te reusseeren. De M. de Botta aande eene kant, ende raad van finantie, beslaande uit lieden van weinig valeur, en nog minder genegenheid jegens de Republijcq, hebben dit hier te lande aan zoo vaste keelenen geklonken, dat de weg van Weenen alleen open is gebleven. » (Archives du Royaume à La ttaye. Brussel. Secreele brieven, 1749-1772.)

3 Liste comme létal-major de Touniay

a élé pajé

pour son logement avant le dernier .^iège (174!)).

Liste des payemens que la cour de Uruxelles

a résolu de Taire il létal-major de Tournay pour son logement.

Logé.

Gouverneur.

Florins 600.

orins 1,000.

Commandant.

oOO.

Grand- major.

Premier .\ide-major.

Deuxième Aide-major.

Troisième Aide-major.

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