ACCUMULATION DE L'ACIDE CARBONIQUE
un premier récipient à baryle. J'avais composé tout d'abord un mélange d'oxygène et d'acide carbonique dans les proportions indiquées, dont le volume total était égal à 3oo litres ; j'ai fait respirer le mélange à l'aide d'une muselière de caoutchouc et de soupapes à eau ; en 29 minutes, l'animal a fait circuler 3oo litres à travers ses poumons, j'ai injecté dans un second ballon à baryte 21 grammes de sang artériel ; j'ai fait la section du bulbe et j'ai détaché les deux muscles couturiers et une portion du droit antérieur de la cuisse, formant un poids total de iogr,3: les muscles ont été plongés dans un troisième récipient à baryte et ont été dissous en deux heures à ioo°.
J'ai obtenu les résultats suivants :
100 grammes de sang normal renfermaient 37e111' ,4 d'acide carbonique ;
100 grammes de sang partiellement intoxiqué en renfermaient 70 centimètres cubes ;
100 grammes de muscle en renfermaient 72cm".
Ainsi 100 grammes de sang contenaient en plus 32em ,6 d'acide carbonique, 100 grammes de muscle contenaient en plus 34cm ,0 d'acide carbonique.
Il est évident que cette accumulation dans le sang et dans les tissus d'un gaz qui doit être éli-
ANESTUKSIE PAR l'.\CIDE CARBONIQUE 93
miné par les poumons peut être nuisible et dangereuse, et il parait certain que la mort arrive souvent quand l'acide carbonique s'accumule dans les tissus, les poumons ne pouvant plus remplir ou remplissant mal leur fonction éliminalrice essentielle.
J'ai fait encore une au Ire expérience pour essa)'er d'élucider un phénomène que j'ai signalé dans mon livre intitulé : Les poisons de l'air, la mort d'un animal qui arrive fréquemment à la suite d'une anesthésie prolongée par l'acide carbonique.
On peut faire respirer à des animaux de l'acide carbonique à forte dose, pour produire l'anesthésie qui a été si bien étudiée par PaulBert ; j'emploie souvent pour anesthésier les lapins un mélange de 5 volumes d'air, 5 volumes d'acide carbonique et 1 volume d'oxygène, mélange à 45 %> d'acide carbonique, renfermant en outre i8,5 d'oxygène.
Pour composer ce mélange en grande quanti ;é, je me sers maintenant du gazomètre de laiton que j'ai décrit et dans lequel j'introduis à plusieurs reprises 5o litres d'air, 5o litres d'acide carbonique fournis par un appareil de Sainte- Claire Deville et Debray et îo litres d'oxygène, le gaz est envoyé dans un grand sac de caout-
chouc ; on évite ainsi l'emploi de l'eau qui dissoudrait une certaine quantité d'acide carbonique; Je sac de caoutchouc peut contenir 33o litres de mélange.
Expérience IV. — Chez un lapin dont la température était égale à 3q°,75, j'ai fait respirer le mélange gazeux à 3 heures etj'ai trouvé à5 heures la température rectale descendue à 36°. J'ai enlevé la muselière, l'œil était complètement insensible ; l'animal placé sur une table est resté couché sur le flanc, la respiration s'est accélérée et la sensibilité de la cornée était revenue à 5h2m
5h4m, l'animal relève la tète et la Jaisse retomber.
5h6m, des mouvements convulsifs ont lieu, Tanimal crie, la respiration devient agonique, la cornée est de nouveau insensible.
5hSm, les mouvements respiratoires sontdyspnéiques et accompagnés de petits cris ; les mouvements périslaltiques de l'intestin apparaissent, les yeux sont saillants.
5h9m, arrêt de la respiration, mort.
5hiom, les pupilles sont très dilatées.
5hl5m, on prend dans la veine cave inférieure avec une seringue unie à un trocart a robinet n grammes de sang qui est injecté dans un ballon récipient à baryte ; 10 grammes de mus-
DOSAGE DE L'OREE 05
clos de la eu Use sont dissous dans l'eau de baryte à ioo°.
Les analyses des solutions faites le lendemain ont donné <jocm',y d'acide carbonique pour 100 grammes de sang et i3o centimètres cubes d'acide carbonique pour 100 grammes de muscle.
Ces résultats me paraissent intéressants: quand un animal a respiré longtemps un mélange contenant une forte proportion d'acide carbonique, 45 °/0, il existe dans les muscles et dans le sang à peu près la même quantité d'acide carbonique, mais, dans la période qui suit une aneslbésie prolongée, quand la sensibilité est revenue, je trouve que la proportion d'acide carbonique diminue beaucoup plus vite dans le sangquedans les muscles; ainsi ce gaz est fixé d'une manière plus solide dans les éléments anatomiques et cette rétention du poison gazeux est sans doute la cause de la mort.
Dosage de l'urée Procédé de Gréhant. —
Mon procédé est fondé sur la propriété que possèdent les vapeurs nilreuses de décomposer l'urée en volumes égaux d'acide carbonique et d'azote ; on recueille à l'aide d'une pompe à mercure la totalité des gaz qui résultent de la décomposition et qui renferment toujours en ou-
90 PROCÉDÉ DE GRÉHANT
tre une certaine quantité de bioxyde d'azote : l'acide carbonique est absorbé par la potasse, le bioxyde d'azote par agitation avec une solution concentrée de sulfate de protoxyde de fer, l'azote reste.
Un centimètre cube d'acide carbonique ou d'azote ramené sec à o° et à la pression de 760 millimètres, représente 2mg,683 d'urée pure.
La préparation de mon réactif qui diffère de celui de Millon se fait à froid ; on verse dans un tube à essai de l'acide nitrique pur et un globule de mercure qui se dissout dans l'acide en donnant du bioxyde d'azote qui est retenu par l'acide et on obtient une liqueur verte très active.
On fait passer par aspiration dans un tube (fîg. i3) auquel on a soudé un tube plusieurs fois recourbé en forme de M et portant un robinet de verre, la solution d'urée dans l'eau distillée ; après avoir immergé le récipient dans l'eau bouillante, on extrait complètement les gaz du liquide de manière à obtenir le vide absolu, puis on laisse ou on fait refroidir la solution et on introduit le réactif par aspiration ; des gaz se produisent en abondance, on les recueille dans une cloclie pleine de mercure. •*
Ce dont il faut se garder, c'est d'agir sur une trop grande quantité d'urée, car on obtiendrait
DOSAGE DE L UREE
de trop grands volumes de gaz qu'il faudrait recueillir dans une série de cloches; l'analyse deviendrait 1res laborieuse. L'expérience a monlré
l'iij 13. — Appareil de Gréliant servant au dosage de l'urée.
que ces volumes de gaz, acide carbonique ou azote, sont proportionnels aux poids d'urée.
Pour extraire l'urée du sang, 26 centimètres cubes de ce liquide suffisent :
Grbhant — Les Gaz du San? 7
98 EVAPORAïioN A BASSE TEMPERATURE
On ajoute 5o centimètres cubes d'alcool et on attend 24 heures que la coagulation soit complète, on soumet à la presse sur un linge et dans mes anciennes expériences je faisais évaporer l'extrait alcoolique directement au bain-Marie, la capsule de porcelaine était placée sur l'eau bouillante: mais maintenant, j'évapore à la température de 4o°-
Peu de temps avant sa mort si prématurée, le Dr Quinquaud avait reconnu un fait très important : si l'on évapore dans une capsule de porcelaine une solution alcoolique d'urée provenant du sang ou des tissus, à la température de 1000, avant d'obtenir la dessication complète, une notable proportion d'urée se décompose et fournit du carbonate d'ammoniaque : il en résulte que le dosage par mon procédé donne des chiffres trop faibles.
I Expérience. — Pour reproduire la démonstration du fait découvert par Quinquaud, je dissous deux grammes d'urée pure dans 20 centimètres cubes d'eau et je verse la solution dans un ballon récipient qui est uni à la pompe à mercure ; on fait le vide à la trompe et on l'achève par les manœuvres de la pompe, le récipient étant immergé dans l'eau maintenue bouillante.
En maintenant ouvert le robinet delà pompe,
DÉCOMPOSITION DE L.'uRÉE PAR LA CHALEUR 99
on obtient une distillation du liquide qui vient se condenser dans la chambre barométrique et que l'on recueille dans un entonnoir fixé audessus du robinet ; j'ai recueilli dans 8 tubes à essai les produits de la distillation fractionnée, les cinq premiers tubes n'ont donné avec le réactif de Nessler aucune coloration, tandis que les trois derniers ont donné une coloration acajou caractéristique de la présence de l'ammoniaque, mais des précipités peu abondants ; c'est donc à la fin seulement de la distillation que se produit la dissociation de l'urée et sa transformation partielle en carbonate d'ammoniaque.
Lorsque la distillation est terminée, l'urée apparaît à l'état solide sur les parois intérieures du ballon; j'introduis de nouveau 20 centimètres cubes d'eau distillée dans le récipient et je recommence la distillation, j'obtiens alors 8 échantillons de liquide qui, cetle fois, précipitent tous abondamment le réactif de Nessler, la transformation de l'urée en carbonate d'ammoniaque est beaucoup plus active ; en répétant plusieurs fois cette expérience, peut-être obtiendrait-on une transformation complète.
Le réactif de Nessler se prépare d'une manière très simple : on dissout du biiodure de mercure dans une solution d'iodure de potassium ou de