‹ Les gaz du sang; applications à l'hygiène expérimentaleChapitre 55 sur 90 · EXPERIENCES « IX VITRO · texte numérisé non relu

EXPERIENCES « IX VITRO

rendre ce procédé d'une application plus générale, j'ai essayé de profiter du pouvoir absorbai) I, pour L'oxyde de carbone, du sang de bœuf défi-

Fxcj. 15. — Appareil servant ù l'agitation du sang traversé par un courant Je gaz.

E, éprouvette à pied; A, allonge courbe; </, goupillon servant à détruire la mousse.

briné qu'il est très facile de se procurer dans les abattoirs.

116 ABSORPTION DE l/oXYDE DE CARBONE

Je fais composer dans un gazomètre i5o lilres d'un mélange d'oxyde de carbone et d'air à = — et je fais installer une planche oscillante qui sera mise en mouvement par un petit moteur hydraulique (fig. i5) ; sur la planche horizontale, je fixe une grande éprouvette à pied tubuléeE dont l'ouverture est fermée par un large bouchon de caoutchouc à un trou traversé par l'extrémité d'une allonge courbe dans laquelle on introduit un goupillon g dont la tige est maintenue par un bouchon fermant l'ouverture de l'allonge : je verse dans l'éprouvetle 200 centimètres cubes de sang de bœuf défibriné agité d'abord pour que le liquide soit homogène et filtré sur un linge qui retient la fibrine ; l'éprouvetle et l'allonge sont maintenues par des cordes fixées sur la planche oscillante; au moyen d'un tube de verre fixé au gazomètre et à la tubulure de l'éprouvelte, on fait arriver le mélange titré bulle à bulle dans le sang; il se produit beaucoup de mousse malgré les oscillations de la planche, mais les bulles de gaz qui pénètrent dans l'allonge viennent se rompre contre les crins du goupillon qu'il faut agiter de temps en lemps: le barbolage doit durer une heure; on introduit ensuite le sang qui a fixé un certain volume

ABSORPTION « IN VITBÔ » 1 1 7

d'oxyde de carbone dans un flacon placé à l'extrémité d'une corde ayant 3 ou 4 mèlres de long que l'on fait tourner rapidement dans la cour du laboratoire, pour enlever au sang, par la force centrifuge, toutes les bulles de gaz qu'il renferme : c'est alors qu'on introduit îoo centimètres cubes de sang dans un récipient vide renfermant îoo centimètres cubes d'acide acétique à 8° privé de gaz par l'ébullition : trois expériences faites avec des mélanges titrés différents ont donné les résultats suivants :

Proportions d'oxyde de carbone dans l'air :

5oo i ooo 5 ooo

Proportions d'oxyde de carbone dans le sang :

6cm3 ^cm3 Ocm3,g

Les nombres trouvés comparés à ceux qui ont été obtenus cbez le chien vivant, sont notablement plus petits ; celte différence peut tenir à trois causes :

i° l'expérience d'absorption in vitro au lieu de durer deux heures n'a duré qu'une heure;

2° le sang de bœuf est moins riche en hémoglobine que le sang de chien, sa capacité respiratoire est moindre ;

3° l'absorption de l'oxyde de carbone par le

118 ABSORPTION' DE l'oXYDE DE CARBONE

sang dans les poumons paraît beaucoup plus active que l'absorption par le sang agile dans un flacon.

Bien que l'on puisse doser l'oxyde de carbone dans un mélange gazeux par le procédé que je viens d'indiquer, je préfère utiliser l'animal vivant, mais comme il serait bien difficile dans certains cas de faire transporter un animal opéré, de faire une prise de sang et une extraction des gaz loin du laboratoire, je me suis servi d'un autre procédé qui consiste à faire comprimer l'air confiné à l'aide de la pompe rotative de Golaz dans un récipient métallique de l'Usine à oxygène de Passy que j'ai vidé d'abord à l'aide de la trompe.

Le récipient qui renferme de l'air comprimé à 6 atmosphères est rapporté au Laboratoire, mis en rapport avec le gazomètre dans lequel le gaz se détend ; on fait respirer le contenu du gazomètre à un chien pendant une demi-heure. Dans une expérience faite avec un brasero des gaziers placé dans une salle du contenu de 100 mètres cubes, j'ai fait comprimer l'air confiné pris à l'intérieur par un long tube après deux heures de combustion vive; 100 centimètres cubes de sang de l'animal, qui a respiré pendant une demi-heure l'air de la salle, contenaient

iicm,9(>, d'oxyde de carbone, ce qui indiquait dans l'air confiné une proportion de 74- d'oxyde de carbone.

Sur la présence dans le sang normal de traces de gaz combustible. — Après avoir rail respirer à un chien un mélange d'air et d'oxvde de carbj'ne à un dix millième pendant une demi-heure j'ai trouvé avec le grisoumèlre iBm ,4a d'oxyde de carbone dans 100 centimètres cubes de sang ; ce chiiTre est plus élevé que celui de o,55 qui avait été obtenu par l'analyse à l'aide du protochlorure de cuivre, lorsque j'ai élabli une loi d'absorption de l'oxyde de carbone par le sang (Comptes-rendus de V Académie des Sciences, 1892).

Celle différence, inexplicable lout d'abord, m'a conduit à rechercher si le sang normal ne renfermerait pas de gaz combustible. Pour élucider cette question, j'ai fait une série d'expériences :

Expérience I. — On aspire dans Tarière carotide d'un chien, à l'aide d'une seringue de physiologie, 4; centimètres cubes de sang qui sont injectés dans un récipient vide uni à la pompe à mercure qui a reçu d'abord 100 centimètres cubes d'acide acétique à 8° Baume ; on a fait bouillir cet acide dans un bain d'eau à 1000 et

on a extrait par les manœuvres de la pompe les gaz qu'il contenait; le sang a fourni :

Gaz 2;cm3

Potasse 8

On n'a point absorbé l'oxygène, mais on a fait passer dans le grisoumètre les 8 centimètres cubes de gaz restant additionnés d'air qui ont occupé le volume v de l'ampoule augmenté de 24 divisions, la lecture ayant été faite sans pression; après 4oo passages du courant à travers le fil de platine, le volume s'est réduit à 23 ; donc la réduction a été égale à une division ; il y avait dans le sang une trace de gaz combustible.

Expérience II. — Dans les mêmes conditions, un volume égal à 91 centimètres cubes de sang artériel normal d'un autre animal n'a donné qu'une seule division, ce qui indiquait une quantité de gaz combustible encore plus faible.

Expérience HT. — Il est essentiel d'opérer sur le sang avec de l'acide acétique privé de gaz, car l'introduction de 100 centimètres cubes d'acide acétique à 8° dans le récipient a donné 3cm' ,8 de gaz qui, agités avec de la potasse, ont^laissé 3cm' ,5 de résidu : ce volume restant analysé au

grisoumètre a donné une réduction de 2,8 ; c'élait de l'hvdroffène.

Expérience IV. — Pour me mettre complètement à l'abri de la cause d'erreur qui pourrait tenir à l'introduction de gaz combustible par l'acide acétique, j'ai extrait les gaz du sang directement introduit dans le récipient vide sans addition d'acide :

12G centimètres cubes de sang artériel pris dans la fémorale d'un chien ont donné, à 6o°, une réduclion très faible mais notable, 0,7, ce qui ferait pour 100 centimètres cubes de sang, o,55; dans le môme sang on a fait passer ensuite 100 centimètres cubes d'acide acétique privé de gaz par l'ébullition à l'air libre et on a obtenu une réduction plus grande, 1,4, ce qui correspond à i,n pour 100 centimètres cubes; en totalité, 1,66 pour 100 centimètres cubes de sang : ces résultats feraient supposer que le tiers du gaz combustible du sang serait contenu dans le plasma et les deux tiers dans les globules qui sont détruits par l'acide acétique.

Expérience V. — On fait pénétrer dans le récipient vide 100 centimètres cubes d'acide acétique à 8° privé d'abord de gaz par l'ébullition dans l'air, puis 42 centimètres cubes de sang aspiré dans l'artère fémorale qui ont donné une réduc-

lion égale à 1,8 division du grisou met re ; dans le même récipient vide absolument, sans extraire ni le sang, ni l'acide, on fait passer successivement deux échantillons du môme volume de sang (42 centimètres cubes) qui donnent des réductions de 1,8 et 1,9, c'est-à-dire indiquent des volumes égaux de gaz combustible.

Quel est ce gaz ? En faisant passer après la combustion le contenu de l'ampoule' du grisoumètre dans 3 centimètres cubes d'eau de baryte bien claire, on n'observe, tantôt aucun louche appréciable, tantôt un léger louche, voire même un léger précipité; c'est ou de l'hydrogène ou de l'hydrogène renfermant un peu de carbure; ce qui est certain, c'est que la présence dans le sang d'une trace de gaz combustible ne peut plus être mise en doute.

Calculons pour 100 centimètres cubes de sang ce que la réduction précédente 1,8 représente de gaz, en admettant que ce soit de l'hydrogène pur ;

nous écrivons la proportion — ^= — - , x = 4,0

divisions pour 100 centimètres cubes de sang; mais nous savons que 1 centimètre cube d'hydrogène pure donne au grisou mètre une réduction de 22,8 divisions; une seconde proportion

— « = -f-T) nous donne y — ocm ,19; pour 100

mesure de la quantité de sang 123

centimètres cubes de sang il y a donc à peu près deux dixièmes de centimètre cube d'hydrogène.

Simplification du procédé de mesure de la quantité de sang de Grèhant et Quinquaud. — Mon très regretté collaborateur et ami le docleur Quinquaud, a établi avec moi un procédé de mesure de la quantité de sang chez l'animal vivant à l'aide de l'oxyde de carbone, que l'Acidémie des sciences a bien voulu récompenser; le procédé était fort laborieux et il exigeait au moins deux longues séances de laboratoire: l'emploi du grisoumètre m'a permis de le simplifier, tout en permettant d'opérer avec la même exactitude. Il me suffira d'exposer la série des opérations nécessaires.

i° Sur la tète d'un chien du poids de i8kff,5oo,de forte taille, je fixe avec grand soin une muselière de caoutchouc liée derrière l'occiput et recouverle d'une bande qui applique exactement le caoutchouc sur le museau : les deux chefs sont liés ensuite derrière l'occiput; l'extrémité de la muselière est unie au robinet à trois voies d'une cloche graduée dans laquelle on a introduit 2 litres d'oxygène et 5oo centimètres cubes d'hydrogène pur afin de mesurer par mon procédé le volume des poumons, des fosses nasales, de la cavité buccale et de la muselière ; pour

faire pénétrer le mélange gazeux dans les poumons à la fin d'une expiration, on a réuni le robinet à un tube en T communiquant avec deux soupapes hydrauliques servant l'une à l'inspiration, l'autre à l'expiration; la mesure a duré deux minutes.

2° L'analyse eudiométrique du mélange gazeux homogène a été faite par le procédé de Coquillion : on a transvasé le gaz privé d'acide carbonique dosé par la potasse dans une cloche graduée ordinaire qui a été fermée par un bouchon de caoutchouc à trois trous traversés par deux pinces métalliques réunies par un fil de platine et par un robinet de laiton ; on a eu le soin de mesurer dans la cloche un volume de gaz assez grand pour que l'anse de platine se trouve dans le gaz. La cloche fixée par mon support à coulisse est maintenue plongée dans un bocal plein d'eau, fermeture hydraulique nécessaire dans le cas où le bouchon ne fermerait point parfaitement; on fait passer à travers les pinces un courant de 8 ampères qui fait rougir le fil de platine, enflamme le mélange gazeux formé d'hydrogène, d'oxygène et d'azote, et on mesure la réduction dont les deux tiers représentent l'hydrogène. L'analyse faite dans ces conditions est aussi exacte que l'analyse eudiométrique or-

Page 1