JEAN-LOUIS D'ERLACH
Fils aîné de Rodolphe, baillif de Morges, et de Catherine de Mùlinen, sa première femme, il naquit à Berne le 30 octobre 1595. A Tàge de 16 ans il était page du prince Christian d'Anhalt, qui l'envoya aux Pays-Bas en le recommandant à Maurice, prince de Nassau-Orange. En 1616 il faisait sa première campagne en Frioul contre l'archiduc Ferdinand comme volontaire du régiment suisse, de Salis au service de Venise. 11 servait en 1617 avec son père dans le régiment de son oncle Antoine d'Erlach au service du duc de Savoie contre l'Espagne. Il rentrait en 1018 au service du prince Christian d'Anhalt, qui le nomma capitaine dans le régiment de cavalerie de son fîls en 1619. Fait prisonnier l'année suivante à la bataille de la Montagne-Blanche près de Prague, il se racheta , leva une compagnie franche au régiment de Siegespé et devint major à Tarmée du margrave Jean-Georges de Brandenburg-Jâgerndorf. Grièvement blessé à la cuisse devant Neuhausel en 4624 , il passait en 1622 au service du prince Christian de BmnswiclL et combattait avec le régiment de Gorski à Hbchst, à Fleums et devant Bergopzoom. Nommé lieutenant-colonel il était de nouveau foit prisonnier à Stadloo en 46S3 et passait au service de Gustave Adolphe qui le plaçait dans son grade à son régiment de gardes allemandes et l'honorait de sa confiance en le diargeant de plusieurs missions importantes. Il fit comme quartier-mattregénéral la campagne de 4685 contre les Polonais en Livonie et en Lithuanie et reprit en 4696 le chemin de son pays. Admis au conseil des^ Deux-Cents , il épousa Marguerite d'Ëriaeh, fille de son parent IQrich, assassiné à Fraubrunnen. Elle loi apporta la seigneurie de Castelen et Gauenstein en Argovie. La Suisse étant alors menacée au nord et à Test par les Impériaux, il fut adjoint en 4629 avec titre de lieutenant-colonel et de Stafdialler du conseil de guerre à Pavoyer François^Louis d'Erlach et mis à la tète de 6000 hommes de milices destinés à couvrir l'Argovie. A cette époque il entrait au Petit Conseil et levait en 1630 au service de France un ré-
gfment de 3000 hommes , à la tête duquel il prenait le fort Barreaux et se distinguait à Ja levée du si( ge de Casai. Mais, décimé par une épidémie, ce corps fut licencié en 1631 à moitié payé. Âu printemps de 1632, Gustave-Adolphe lai offrit une capitulation pour deux régiments d'infanterie allemande, mais la chose o'euk pas de suites. Peu après, d'Erlach se laissait adjoindre comme cosseiller au duc Bernard de Saxe-Weimar auquel il rendait de bons services dans sa campagne d'AUgaa. A la fia de 4633 Berne l'envoyait de nouveau comme colonel et cette fois aveo le titre de lieutenant-général de l'avoyer François-Louis d'Erlach lever des troupes en Argovie et le chargeait d'entrer en négociation avec le rheingrave Othon-Lonis, son ancien colonel au service de Suède. On l'accnsa à cette occasion d'avoir favorisé \tt prise de Rhemfelden p^r ce prince et de s'être entendu avec le maréchal Hom qai assiégea Constance en violant la neutralité. Sur ces entrefoites , le dnc de Eohan lui écrivit qull l'estimait plus que 4000 hommes, Finvita à lui aider à conserver la Valtelme qu'il ' venait de conquérir, et l'attira au service de France avec son r^iment, démarche que le cardinal de Richelieu fit désavouer. Tandis que les cantons Catholiques, encouragés |)ar la victoire de Ndrdiingen, traitaient de nouveau avec l'Espagne, les cantons protestants, refusant de s'aUier av^c la Suède, envoyèrent d'Eriadi et le trésorier Hirzel de Zurich auprès de Louis Xm, dont ils. n'obtinrent rien de positif. En 4637 d'Erlach était chargé pour la troisième fois de couvrir avec 2000 hommes les frontières d'Argovie. Le 14 septembre il donnait au duc Bernard de Saxe-Weimar l'idée de prendre ses quartiers d'hiver dans l'évôché de Bàle que ce prince quittait le 17 janvier 1638 pour passer le Rhin et s'emparer de Seckingen, Waldshut et Lauffenburg, pourvu de munitions de guerre et de bouche par d'Erlach, tandis que les cantons catholiques aidaient aux Impériaux. Chargé d'une mission par Berne, d'Erlach assistait le 18 février à la bataille de Rheinfelden et retournait à Bàle , quand il fut fait prisonnier pour la troisième fois et manqua être jeté dans le Hhin par les soldats de Jean de Werth, mais recouvra sa liberté le 21 , jour où le duc s'emparait de Rheinfelden. Le 28 avril il obtenait non sans peine sa démission des conseils de Berne, tout en conservant son double rang de colonel et de lieutenant-général. L'exaspération des cantons catholiques contre lui contribua à le faire rentrer au service étranger. Le duc Bernard le nomma général-major , le premier après lui; il fît de lui son bras droit et son confident. En mai et juin il l'envoya déjà à Paris pour obtenir de l'argent et des troupes avec lesquelles il siempara des villes forestières et de Brisach, dont la
conquête facilita celle de la haute Alsace. Le 20 décembre il le nomma gouverneur de cette ville et forteresse, ainsi que des garnisons environnantes, Brisach, une dos places les plus fortes de l'époque , dominait le Brisgau et devait servir de point d'appui et de départ à ses vastes entreprises. Pour rintelligence des faits qui vont suivre, nous meDtionnoiis ici que le 27 octobre 1635 Louis XIII s'était engagé à payer an dnc 4 millions pour l'entretien de 12,000 fantassins et de 6000 chevaux, et par un article secret de ce traité , à lui faire avoir en toute souveraineté le landgraviat d'Alsace et le bailliage de Hagenau» puis à lui assarer une pension viagère en fonds de terre , à condition que ce prince le servirait envers et contre tous. Celui-ci devenait ainsi de fait général firançais. A la fin de mars 4639 d*Erlacli était chargé d'obtenir à Paris de nouveaux payements, mais le roi voulait Brisach que le duc entendait garder pour lui. On satisfit à une partie de ses demandes et le 20 avril d'BrIach recevait, mais sans le cacher à .Bernard, une pension annuelle de 42,000 livres. Le 42 juin le dnc insistait sur hi possession -illimitée de FAlsace et demandait celle des places les plus importantes de la haute Bourgogne et de leur territoire. Mais le 8 juillet il mourait assez'subitement, léguant 90,000 écus à d'Erhich et le nonunant un des quatre directeurs (sic) de son armée. Grâce à la force des choses, à la coopération de d*Brlach et à kl politique habile du cardinal de Richelieu , le traité , conclu le 9 octobre à Brisach, faisait passer les conquêtes et l'armée de Bernard à la France, d'ailleurs alliée de la Suède. Le 6 janvier 1640 d'Erlach rendait un ser^ vice a son pays et satisfaisait peut-être une vengeance particulière en faisant arrêter à Rheinfelden le trésorier Frischherz qui fut décapité pour dilapidations. En juillet il enlevait, le château d'Engcn et ravitaillait Hohentwiel. Le 29 il était confirmé dans son gouvernement, prêtait serment à la France entre les mains du maréchal Guébriant et recevait le 20 novembre une nouvelle pension de 18,000 livres, puis une lettre do naturalisation qu'il avait demandée pour lui et sa descendance. Le 28 son gouvernement était étendu aux villes et places de Friburg, Neuenburg, Rheinfelden, Lauffenburg, Thann, Landskron et Seckingen. Tandis que des souverains et souveraines d'Allemagne recouraient à l'ascendant de d'£rlach et suivaient en cela l'exemple de la ville de Barcelone, Richelieu le comblait de distinctions à la cour au commencement de 4644. A cette époque un mouvement insurrectionnel se manifesta parmi les paysans bernois à propos d'un impôt. D'Erlach l'arrêta en faisant une démons^ tratiott armée dans le Frickthal. A la fin de 4643 il s'emparait de Tfitl-
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lingen. Après la mort de Louis XIII et do son ministre, Anne d Autriche et Louis XIV lui écrivirent le 3 décembre 1043 qu'ils comptaient sur lu pour sauver l'armée dite weymarienne alors en pleine dissolution par suite de ses revers. Mais il l'avait déjà ralliée et arrêtait l'ennemi en attendant l'arrivée du maréchal de Turenne. Celui-ci était muni de pleinspouvoirs qui lui subordonnaient d'Erlach comme au roi. Froissé, notre compatriote se retira à Castelen et ne rentra à Brisach que sur les instances de la reine-rcgente , du cardinal Mazarin et de Turenne lui- môme. En octobre 1644 on le nommait colonel d'un régiment de cavalerie ailemande. En 1645 Tureftne était battu pour la seule fois de sa vie à Marienthal. C'est encore à d'Erlach que la cour recourait pour réparer ce désastre. Eenforçant cette armée après la victoire d'Allersheim, il s'emparait de presque tout le margraviat de Baden-Baden et du château de Wildenstein près Thann. En 4647 il levait successivement deux régiments d'infanterie française et allemande, et le 44 décembre il était le premier Suisse qui devint lieutenanl-général en France. Ce décret le plaçait à la tète de l'armée d'Allemagne en l'absence de Tarenne qui l'appelle nn kmme sage dans ses mémoires. Refusant encore de servir sous ce maréchal, il reçut le commandement de 5000 hommes}enr61és par Ini-méme et réunis dans son gouvernement.
 cette époque n était consulté par les plénipotentiaires de France et de Suisse au congrès de Miinster. Le 80 avril 1648 il avait ordre d'assiéger Friburg quand on l'envoya en Luxemburg arrêter la marche victorieuse de l'archiduc Léopold sur la Picardie. Arrivé à temps, il commanda à Lens le corps de réserve du prince de Condé qui le présenta ensuite an roi comme Thomme auquel on devait cette victoire. Le roi lui donna une tabatière d'or enrichie de diamants et la reine d'autres bijoux pour sa famille.
Au commencement de 1649 éclataient les troubles de la Fronde et ici vient le plus grand service que d'Erlach ait rendu à la couronne de France. Il empêcha l'armée d AlIemagne de se laisser séduire par Turenne en faveur du Parlement. Le 16 janvier il recevait Tordre de le remplacer dans son commandement et de le prendre lui-môme mort ou vif. Mais il le laissa échapper par une porte de Spire. Le 47 mars on le dirigea sur la Picardie contre les Espagnols. Mais l'indiscipline et les excès des troupes, qui manquaient de solde, lui firent un violent chagrin. Il en prit une fièvre lentè qui paraît avoir dégénéré en phtisie. Il regagna Brisach dont le gouvernement s'étendait alors du lac de Constance à
Hayence. Il s'y éteignit à l'àge de 55 ans le 26 janvier 1650, après avoir été le plus grand homme que la Suisse ait fourni à l'étranger et le seul qui ait joué un rôle européen. On raconte que trois jours avant sa mort il avait été nommé Maréchal de France en même temps que M. de la Ferté Senneterre. Mais cet acte ne fot pas enregistré. Les uns prétendent qu'il eut encore connaissance de cet avancement qui n'a été le partage d'aucun autre Suisse dans la suite ; les autres disent que non. Le roi l'avait aussi nommé à cette époque un de ses plénipotentiaires au congrès de Nuremberg.
II fut enseveli dans l'église de Schinznach, appartenant à sa terre de Castelen et laissa des biens considérables. Mais sa veuve n*obtint pas les 700,000 livres dûs à son mari, héritage de ses trois filles prodigué pour le service de la France. Elles forent mariées avec les barons de Doringenberg et de Stein et avec le colonel Tatipadel, tous trois Allemands. Son fils étant mort en bas âge, la famille de Jeao- Loais d'Erlach s'éteignit dans ses six frères, dont anam ne laissa d'enfonts mâles.
IVaprës la gravure qai se trouve en tète des Mnoire» hùtariquêB ePMMfiuNK Af. U général ^JBriaak; le portrait original, qui appartient k récole flamande, se trouve chez M. d^Erlach à Hindelbanl:.