ACTE I, SCÈNE tV il
M A RI ON, cachant ses yeux.
Non ! au contraire...
LOUIS, cherchant à écarter ses main:*
Je te dis que tu pleures.
MARI ON, de'tournant la tête.
Je vous dis que non, moi !
LOUIS
Marion, je suis un brutal! Ma petite Marion!... donne-moi tes mains !... je t'en prie... C'est plus fort que moi, tu le sais bien... j'ai mal aux nerfs! Je t'en supplie, dis-moi que tu ne m'en veux pas !
(Il se met à genoux devant elle.) MARI ON, même jeu. *
Laissez-moi !
LOUIS
Je ne suis pas méchant!... je t'aime bien... Tu sais que je t'aime! (Avec désespoir.) Est-ce que je ne t'aime pas, voyons?
MARION, faiblement.
Si!
(Elle lui abandonne une main.) LOUIS, tendrement.
Et toi! m'aimes-tu?... dis?
MARION, de même.
Mais oui.
LOUIS
Eh bien, alors, pourquoi pleures-tu?... C'est mon caractère : on ne se change pas... Mais regarde-moi donc!
MARION, se détournant t .njours.
Je ne veux pas... vous êtes trop mauvais!
LOUIS, insistant.
Je t'en prie!
MARION
Non!
LOUIS, même jeu.
Je t'en supplie l
(Il la force à le regarder.) MARION.
Ah ! c'est bien malin! Si tu y mets toute ta force! (Louis lui i.aise
les mains. Marion se laisse faire.) Ah ! c'est égal... je SUIS bien lâche... 'Marion, Louil
il LES GENS NERVEUX
Si tu savais comme j'étais inquiète... et je n'osais rien dire, en* core ! Enfin, sans en avoir l'air, j'ai soufflé à ta mère d'envoyer le concierge au Ministère. On a répondu qu'on t'avait vu la veille, et voilà comment j'ai été rassurée. Mais il était temps, va... j'étais si tourmentée! si triste!
LOUIS, loi tenant les deux mains. .
Heureusement qu'il n'y paraît pas; tu es fraîche et rose comme...
MARION, piquée.
Hein !... Vous me le reprochez?
LOUIS, riant.
Moi?... Ah! par exemple!
MARION
C'est-à-dire qu'il fallait tomber malade pour vous plaire, n'est-ce pas?
LOUIS, vivement.
Ah! pauvre mignonne! toi malade! (un peu railleur.) Mais enfin tu m'avoueras bien que, sans tomber malade... on ne perd pas de vue pendant huit jours les personnes qu'on aime... sans y laisser un peu de ses couleurs...
MARION
En tous cas, il vaut mieux les garder ainsi que de les perdre comme vous... au jeu.
LOUIS
Il ne s'agit pas de moi !
MARION
Il fallait perdre l'appétit, le sommeil, n'est-ce pas?
LOUIS
Mais non...
MARION, s'excitant de plus en plus.
Je devais me consumer lentement dans le désespoir et dans les larmes...
LOUIS
Du tout...
11 aurait fallu me couvrir de cendres, me frapper la poitrine et m'arracher les cheveux, n'est-ce pas, pendant que vous vc is amusiez...