ACTE III, SCÈNE I
MARION
Eh bien, oui, là!... Il est fâché, sans doute.
CÉSAR
C'est peut-être bien un peu ta faute aussi,
MARION, se retounant vivement.
Ma faute?
CÉSAR, reculant.
Eh! ne me mange pas! mais c'est qu'il paraîtrait qu'hier soir...
Tiens, je voudrais bien t'y voir, toi, si tu crois que c'est amusant d'attendre quelqu'un une semaine entière, et quand il arrive et qu'on est bien contente, de recevoir des reproches et de vilaines paroles, (pleurant presque.) Eh bien, voilà ce qui m'arrive tous les jours.
CÉSAR
Tu l'attends tous les jours pendant une semaine ? Mais c'est affreux, ça !
MARION
Mais non. Ah! qu'il est donc taquin!
(Elle se met à rire tout en pleurant et cache son visage aur l'épaule de César.) CÉSAR, la berçant comme un petit enfant.
Nous ne sommes pas nerveuse non plus... non... (u lui caresse lei theveux.) c'est le petit chat.
LUCIE
Que tu es donc sotte de pleurer comme celai
MARION, de même.
Eh bien! c'est plus fort que moi, là !
CÉSAR
Voyons... sais-tu ce qu'il faut faire, la Mariette, quand il viendra te chercher querelle?
MARION, relevant la lête en s'essnyant les yeux.
Oui, voyons, qu'est-ce qu'tf faut faire?
CÉSAR
11 faut accueillir sa méchante humeur... sans lui faire l'hon-
• Lucie assise, César, Marioo, Placide assise sur la causeuse.
neur de la remarquer, et, en trois leçons, je te promets le calme plat!
MAIUON.
Oui, mais s'il est trop plat?
CÉSAR
Ah! que veux-tu, je t'indique le meilleur procédé... celui que je recommande à Lucie, si je m'avise jamais d'avoir mal aux
nerfs quand elle Sera ma femme, (il passe à Lucie et va pour l'embrasser, Marioo se penche et regarde, César s'arrête et dit à Marion : ) Eh bien?
MARlON.
Ah! c'est bien! c'est bien, je m'en vais.
(Elle remonte vers Placide.) CÉSAR, à Lucie.
N'est-ce pas, petite cousine, que tu seras ma femme?
LUCIE, embarrassée et jouaut avec sa tapisserie.
Mais...
CÉSAR, lui baisant le front.
Va, tope là, mademoiselle Lucie! et je te jure que tu seras heureuse! Je sais bien, chère enfant, que j'aurais dû y mettre un peu plus de mystère et de cérémonie... Mais que veux-tu? entre parents... Ainsi je t'ai aimée d'abord comme une gentille petite sœur, puis comme une charmante cousine, puis comme une belle jeune fille... voici que je commence à t'aimer comme celle qui doit être ma femme... cela s'est fait peu à peu... un jour l'un, un jour l'autre, sans y penser... C'est bourgeois, c'est vulgaire, c'est pot-au-feu!... mais c'est comme cela. Si bien que si tu me disais : « Décidément, mon cousin, j'ai réfléchi... c'est non!» Eh bien!... (s'aitendnssant.) Voilà! c'est bête, un homme qui pleure... mais voilà.
LUCIE, vivement.
Mais c'est oui, c'est oui!
CÉSAR, essuyant une larme.
Eh bien!... c'est égal... il faut que cela sorte! (ciiangeaut de ton.) C'est cette petite fille avec ses nerfs!
MARION
Moi!
PLACIDE
Ah! oui, mademoiselle, vous en avez des nerfs!