‹ Les gerbes canadiennesChapitre 15 sur 32 · LE PARTI LIBERAL ANGLAIS ET L'IRLANDE · texte numérisé non relu

LE PARTI LIBERAL ANGLAIS ET L'IRLANDE

Il faut remonter jusqu'aux premiers temps de la monarchie constitutionnelle pour trouver le berceau des deux partis qui divisaient l'opinion publique en Angleterre et même au Canada avant la guerre.

Du côté du roi, de la suprématie de sa prérogative et de l'obéissance passive, on voit toujours les torys ou les conservateurs, et du côté de la liberté des droits du parlement et de la tolérance religieuse, k parti whig ou libéral.

Un fait surtout frappe celui qui lit l'histoire de l'Angleterre, c'est, lorsque le parti whig devieni réellement le parti libéral, que les catholiques commencent à respirer et que l'Irlande voit diminuei le poids de ses chaînes.

Depuis George ier jusqu'à nos jours, dans l'espace de près d'un siècle, on voit les chefs du part libéral, les Fox, les Burke, les Grenville, les Gre) et les Russell, lutter contre le fanatisme et les pré jugés du parti tory en faveur du catholicisme et d< l'Irlande. Et c'est précisément parce qu'ils étaien libéraux, c'est-à-dire en faveur de la liberté indivi

lelle et des droits populaires, qu'ils se croyaient >ligés par leurs principes de réclamer pour les tholiques les droits dont jouissaient les protestants. usieurs fois ils exposèrent l'avenir de leur parti bravant les préjugés du peuple et en s'attirant la sgrâce des rois et du clergé d'Angleterre. 11 rait trop long de rapporter les faits qui constent la vérité de cet avancé, mais citons-en quelles-uns.

Longtemps avant la réunion de l'Irlande à l'Aneterre, Fox, l'un des chefs les plus illustres des higs, le fondateur, on pourrait dire, du parti Serai en Angleterre, avait, cherché à faire abolir ielques-unes des lois odieuses qui pesaient sur rlande; mais son éloquence n'avait pu triompher i fanatisme de la majorité.

Après l'union que Pitt avait réussi à faire acpter, en grande partie parce qu'il avait promis de ire d'importantes concessions aux catholiques ce nt encore les whigs et les libéraux qtii plaident la use de la malheureuse Irlande.

Parmi les lois exécrables dont l'Irlande demandait .bolition, mentionnons surtout le serment du test

li lie permettait pas aux catholiques d'entrer dans Parlement anglais \m> faire un acte d'apostasie i d'abjuration, et cet odieux acte de défranchisment qui excluait les catholiques de tout emploi plie et leur refusait toute espèce de grades im- >rtants dans l'année de terre <>u de mer. Les

Irlandais avaient bien le droit de verser leur sang pour la gloire de l'Angleterre, mais comme de simples soldats seulement.

Ce sont ces lois odieuses que Fox, Grey, Grenvilîe et les autres chefs libéraux cherchèrent à faire disparaître. La lutte fut longue et acharnée, car k parti tory ou conservateur considérait ces lois comme le boulevard de l'Eglise et du Trône. Pitt refusa d'accomplir les promesses qu'il avait faites à l'Irlande, et combattit les résolutions que Lord Grenvilîe et Fox proposèrent en 1805 en faveui des catholiques.

Ce fut ensuite le ministère de Lord Grenvilîe quij le premier, entreprit d'émianciper les catholiques et de les faire entrer dans la possession de leurs droits de sujets anglais.

C'est en 1807 que lord Howick proposa, au nom du ministère libéral dont il faisait partie, une résolution ayant pour but de permettre aux soldats catholiques le libre exercice de leur religion. Cette proposition enflamma le fanatisme et fut accueillie par des cris de fureur; elle tua le ministère Grenvilîe et donna le pouvoir au parti tory.

Les chefs libéraux ne continuèrent pas moi la lutte; à chaque session ils revinrent avec requêtes et des résolutions en faveur de l'Irland< et des catholiques. Pendant quinze ans encore, exposèrent les griefs de l'Irlande, et demander dans des discours qui remuèrent le monde enti

que justice lui fût rendue. O'Connell parut et porta les derniers coups à la citadelle du fanatisme. L'opinion était tellement changée, que, pour ne pas tomber, le ministère conservateur du duc de Wellington, qui avait toujours repoussé les demandes des catholiques, accepta en 1828 le bill de L<»rd John Russell, l'un des chefs du parti libéral, lequel abolissait le serment du test, et faisait adopter luimême, l'année suivante, le bill d'émancipation qui ouvrait enfin les portes du Parlement anglais aux catholiques. Afin d'apaiser le parti tory et protestant qui ne pouvait leur pardonner leur changement d'opinion, Peel et Wellington firent adopter par le Parlement des lois qui diminuaient considérablement les avantages que les catholiques avaient obtenus par l'Acte d'émancipation. Ils perdirent complètement le mérite de ce qu'ils avaient fait, en convainquant les catholiques que la crainte seule de perdre le pouvoir les avait aninn

A partir de cette époque jusqu'à nos jours, le

parti libéral continua de lutter en faveur de la liberté religieuse et politique. Sans doute, il n'a pas toujours satisfait complètement les catholiques, lorsqu'il a été au pouvoir, mais c'est grâce a lui (pie la cause de l'Irlande n'a cesse d'être agitée dans

\v Parlement anglais et de gagner du terrain.

C'est un ministère libéral, le ministère de l.ord

Grey, qui, le premier, eu; le courage d'aborder

la question des dîmes et de mettre la main sur les

privilèges odieux dont jouissait la clergé protestant.

Et c'est un ministère libéral, celui de Gladstone, qui a délivré l'Irlande des iniquités auxquelles elle était soumise depuis des siècles, en abolissant l'Eglise établie d'Irlande.

C'est encore un ministère libéral qui, avant, la guerre, faisait adopter par le Parlement un bill accordant à l'Irlande la plupart des libertés qu'elle réclamait depuis si longtemps. Et c'est un premier ministre libéral, Lloyd George, qui, avec l'aide d'un grand nombre de conservateurs, vient de faire adopter par les deux Chambres une loi qui serait saluée comme un triomphe par les Irlandais s'ils avaient comme autrefois des chefs sages et prudents, s'ils n'étaient pas dominés, égarés par des agitateurs qui veulent forcer l'Angleterre à consentir à l'indépendance complète de l'Irlande, à sa séparation du Royaume-Uni. Ils savent pourtant que l'Angleterre ne peut consentir à cette amputation sans décréter sa déchéance, et que conséquemment ils jettent leur malheureuse patrie dans les horreurs d'une guerre civile où elle sera nécessairement écrasée, quand ils pourraient obtenir par la diplomatie à peu près tout ce qu'ils veulent.

Page 1