‹ Les gisements de mercure de Californie;Chapitre 26 sur 41 · II. — Historicpie · texte numérisé non relu

II. — Historicpie

L'étymologie arabe du mot Almaden (la mine) pourrait faire croire que la découverte des mines de mercure de cette région n'est pas antérieure à la domination des Maures en Espagne. Mais la tradition leur attribue une origine beaucoup plus ancienne et fait remonter jusqu'aux Phéniciens leur première exploitation. Il est dans tous les cas certain que les Romains les connaissaient. Théophraste (522 avant J. -C.) affirme qu'on employait et tenait en grande estime le cinabre dur et de grain fin qui venait d'Espagne, et Pline raconte que ce cinabre provenait du pays appelé Sizaponensis. D'autres historiens naturalistes et géographes assurent qu'entre toutes les mines de cinabre connues des anciens, la plus fameuse était celle du pays Sizaponensis (Almaden), appréciée au plus haut point pour la pureté de son cinabre, et unique i ce point de vue dans tout l'empire romain. On sait qu'on transportait d'Almaden à Rome le cinabre ou pierre-métal dans des caisses parfaitement conditionnées, et qu'à chaque voyage on en chargeait ainsi lo.ooo livres.

On ignore , à la vérité, quel était exactement l'usage de ce minerai, et l'on a tout lieu de croire que les applications devaient être moins nombreuses qu'elles ne le sont aujourd'hui. Il est certain toutefois qu'on le purifiait, par une sorte de préparation mécanique, sans doute, et qu'il servait à la fois aux peintres, comme couleur, aux dames romaines, comme fard. Pline dit, toutefois, qu'on le brûlait et le lavait, ce qui semble indiquer qu'on en retirait le mercure.

2l4 MINES ET USINES D'ilLMADEN.

De toutes façons, les falsifications qu'on en faisait en y mêlant du minium d'Espagne (de la côte de Garthagène et de Linarès probablement) montrent que, dès cette époqife, c'était une marchandise d'une haute valeur.

Le mot de Sizapone, généralement employé dans les anciennes chroniques, pour désigner la région où se trouve aujourd'hui Almaden, ne laisse pas de doute sur le point d'où les Romains faisaient venir le cinabre. On a découvert, d'ailleurs, dans les vieux travaux, de nombreux restes de l'antiquité , et notamment un assez grand nombre de monnaies romaines.

Mais l'exploitation des mines d' Almaden ne commença à prendre une extension considérable que lorsque la découverte de l'Amérique eut ouvert à leurs produits un large débouché pour le traitement des minerais d'argent. Jusque-là , les mines d' Almaden , suivant les vicissitudes du sol où elles se trouvaient, changèrent plusieure fois de propriétaire, soit à la suite de conquêtes, soit par l'effet de dons royaux. Ainsi, en 1 161, le roi Alphonse VIÏI partage entre le comte Nuno et les chevaliers de Calatrava les villes et mines de Ghillon et d'Almaden. Au xiv* siècle, les mines payent une dîme à l'archevêque de Tolède. De 1499 a i5i2, c'est de nouveau le trésor roy^-l qui les fait exploiter à son compte.

La production annuelle à cette époque ne dépassait pas 23.000 kilogrammes de mercure. Aussi le trésor, embarrassé par plusieurs dettes qu'il avait contractées envers les banquiers allemands Fugger, se décida-t-il à leur abandonner, en i525, les produits des maîtrises de Santiago, Calatrava, Alcantara, les herbages et mines d' Almaden pour trois années. Mais, à l'expiration de ce terme, le contrat fut renouvelé et les mines restèrent entre les mains des Fugger ou Fucares, jusqu'en i563. A cette dernière date, ils furent entièrement chargés de F exploitation moyennant livraison annuelle au trésor d'unequantité

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de mercure, qui varia depuis 46 jusqu'à 200 tonnes. La situation resta la même jusqu'en 1624*

On ne sait pas au juste quel fut le produit des mines pendant les trente-huit premières années (i525-i563) de l'administration des Fugger; dans les 61 autres (i562- 1624) le produit annuel moyen fut de i4o tonnes de mercure.

En 1625, le contrat de Fugger fut prorogé pour vingt ans, avec l'obligation de fournir chaque année au trésor, à Séville, 184 tonnes de mercure et 6.900 kilogrammes de vermillon.

En 1646, on recommença à exploiter pour le compte du trésor {Real Hacienda), avec un administrateur qui eut la même juridiction que les comtes Fugger, et sous la haute surveillance du conseil des finances. Il dépendit plus tard, d'octobre 1708 à janvier 1717, d'un conseil spécial, la Junta de Azogues; puis de 1717a 1735 du conseil ou Junta de Tndia. En 1735, par arrêté de Don José Goruego y Ybarra, fut établi un tribunal dit Surintendance générale du mercure^ chargé de trancher toutes les questions relatives aux mines d'Almaden.

La surintendance conserva ces prérogatives pendant plus d'un siècle, jusqu'en i845 : elle perdit alors ses attributions générales et judiciaires pour ne conserver que des fonctions administratives, que le surintendant exerce encore aujourd'hui.

La collection des documents conservés aux mines d'Almaden donne quelques détails sur l'exploitation des mines d'Ahnaden depuis la fin du xv* siècle.

A la manière des Romains qui, généralement, en Espagne, employaient une série de foncées verticales ou puits, à petite distance les uns des autres, on pratiquait à cette époque, dans les filons, un grand nombre d'excavations

Il6 MINES ET USINES D*ALMADEN.

connues sous les noms : de San Sébastian , Mineta Àlta, Mineta Baja, Zurriaga^ Gontramina Ântigua, Mina del Pozo, etc., assez mal ordonnées, ei paraissant se trouver dans le voisinage du puits actuel de San Âquilino.

L'ancienne mineduPozo, abandonnée entie iSgoet 161 5, était arrivée, dit-on, à une profondeur de 209 mètres ; à ce niveau elle finit par n'être plus exploitable, à cause de l'élévation des frais et des difficultés de l'épuisement et du soutènement. On croit même que la profondeur des travaux atteignit, en certains points, s5o mètres et leur étendue 5oo mètres.

On se dirigea alors, à partir de la mine ancienne, vers la mine actuelle du Pozo (on appelle ainsi la partie ouest des filons d'Almaden et surtout les filons de San Pedro y San Diego).

En septembre 1697, on découvrit des échantillons de cinabre dans une maison près du Castilîo del Retamar^ au haut du bourg d'Almaden ; on y ouvrit la même année xin puits nommé San Antonio, et l'on arriva à la fin de 1698 à du minerai massif. Cette partie a reçu le nom de mine del Castilîo.

On commença, en lyoS, le travers-bancs du 1" étage, appelé socavon del Castilîo : à 207 mètres de son entrée, il rencontra le puits San Antonio, en 1706.

On employait à cette époque des esclaves pour faire l'épuisement à bras des mines ; le soutènement était réalisé au moyen d' étais en bois.

En 1755, un incendie se déclara dans la mine, les bois brûlèrent pendant 3o mois; il y eut d'immenses désordres, de nombreux accidents ; la mine, enfin, fut inondée et son avenir sérieusement compromis. On appela alors d'Allemagne quelques ingénieurs, qui réussirent à remettre, à peu près, l'exploitation en état, vers 1760. En 1791, fut établie, pour l'épuisement, la machine à vapeur de Watt, dont nous avons parlé précédemment, et

. MINES ET USINES D ALMADEN. iïj

quû, en 1876, était encore la seule machine à vapeur

d'Almaden.

Ters 1800, r ingénieur des mines, Don Diego Larranaga,

proposa et fit adopter la méthode d'exploitation actuelle.

Les travaux atteignaient à cette époque, en i8o3, une profondeur de 200 mètres. On voit donc qu'en 76 ans, ils ne sont descendus que de go mètres environ, et cependant ils ont fourni des quantités de mercure considérables, comme le fait voir le tableau suivant par lequel nous terminerons ce travail.

Ëtat des quantités de mercure fournies par les mines d'Almaden, de 1564 à 1875.

Années. Poids en tonnes.

1672-1673 i88,4io

Total de 1664211700. . . . 17.863,730 i7.863%72o OU en moyenne par année. . i3oS39i

1709-1726 3.689, 12/ii

1726-1729 néant

A reporter. . . 7.393,689

Il8 MINES ^ USINES d'aLMADëN.

Années. Poids en tonnes.

Report 7.393,589

Total de i7oo~i8oo« . . . 42,i49,5oi

OU en moyenne par année 42i',495

i8oo-i8o5 . 3.129,055

i8o5i8io • . . . 2.548,825

i8io-i8i5 1.755,275

1865-1870 5.587,5ast

De 1800-1875 60.166,579

OU en moyenne par année 8o2S2i8

La production depuis trois siècles a été^ en résumé :

De i564-i70o i7.865*,72o

1700-1800 43. i49>5oi

Total depuis 1 564. . . 120. 179^,600

MINES ET USINES d'âLMADEN. II9

Quant à la valeur de cette énorme quantité de mercure, elle est assez difficile à apprécier. Le prix du mercure atteignait 12 à i5 francs le kilogramme avant la découverte des mines de Californie , New- Almaden et autres. A 12 francs le kilogramme, la valeur créée aurait été de 1.440 millions de francs. Aux cours actuels, 6 francs environ, elle représenterait encore la somme de 720 millions de francs. Ces chiffres sont assez éloquents pour n'avoir besoin d'aucun commentaire.

TABLE DBS MATIÈRES.

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1** PARTIE. — Description géologique des gîtes d' Almaden. 7 a 49

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