‹ Les glas; poèmesChapitre 21 sur 48 · LA PLAINTE DE LA CROIX · texte numérisé non relu

LA PLAINTE DE LA CROIX

La croix s'inclinait vers la tombe Avec des airs d'oiseau blessé.

Pitoyable au mort délaissé, Doucement je la redressai.

« Laisse, dit-elle, si je tombe,

« C'est d'écœurement, sous le poids « Des faux regrets où sont inscrites « Les louanges de vos mérites, « Et dont les larmes hypocrites <( Ont fini par pourrir mon bois. »

YEIST D'AUTOMNE

Vent d'automne qui les emportes, Sois pitoyable aux feuilles mortes Dont le vol de chauve-souris Sans fin ni cesse recommence, Avec des gestes de démence, A zigzaguer dans le ciel gris.

Vent d'automne qui les bouscoles En farandoles ridicules, Vent aux caprices sans remords, Vent d'automne qui les emportes, Sais-tu qu'avec les feuilles mortes S'en vont aussi nos rêves morts?

Ce qui, par toi, roule aux ornières, Ce sont nos amours printanières, Nos serments sous les bois d'été, Nos baisers longs dans les ravines, Et toutes les chansons divines Où nos rêssignols ont chanté.

Vent d'automne, vent qui te venges De traîner l'aile dans les fanges Des sentiers désormais pourris, Vent d'automne qui les emportes Emporte au moins nos feuilles mortes En haut, tout en haut, du ciel gris !

Qu'elles y prennent dans l'espace L'essor du migrateur qui passe, Fuyant l'hiver et son péril.

Vers les ciels bleus, et puissent-elles Nous en revenir hirondelles Quand reviendra le vent d'Avril !

Mais non, vent d'automne, vent triste ! Ta morne cruauté persiste.

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