LE BROYAGE
É | tout f Le rouissage est bon, Au fond de la coudraie, nür. | Sur un grand chariot, transportez chanvre et lin, | Dans l'alcôve, tout près du ruisseau cristallin, 1 L'échafaud s'étendra comme une sombre raie. j | Que l'on entende au loin les échos de la braie. ; Le chanvre a son arome ct l'œil, son feu malin. À { Prenez garde. Le bœuf tombe sous le merlin, | Et, sous un doux regard, l'homme que rien n'effraie. | La coupe du ruisseau vous offre sa liqueur ; | Le vent murmure doux c ume un chant de félibres : 1 Un sourire, un baiser attendent Je vainqueur. se, | Broyez, filles, garçons, de vos mains de gens libres, É
Pour voiler votre épaale, un lin aux blanches fibres, Un chanvre parfumé pour lier votre cœur.
SONNETS RUSTIQUES
RE
LE FOSSOYAGE
Jusque sous les chevron
s les grains sont entassés Le
S rudes paysans se courbent sur la bêche, Car ils ne chôment pas. Il fau L'automne,
t qu'on se dépêche, les beaux jours sont si vite passés.
Et tous, poitrine à nu, jusqu'aux genoux chaussés,
Ceux-ci d’un front soumis, ceux-là d'un air revêche, Pour voir sécher en mai la terre humide et fraiche,
Ils creusent, maintenant, rigoles et fossés.
Et dans un autre Champ que la mort fertilise, Un champ planté
de croix, tout auprès de l’église, Il est e
n même temps, un autre fossoyeur.
Fixant le sol bénit de ses regards funèbres, Il creuse lentement ces chemins de ténèbres
Par où tous — eux et lui — s'en iront au Seigneur.
SONNETS RUSTIQUES 149